lundi 20 juin 2016

8 juillet 2014 Roger

Suite du séjour à Ispahan

Jérusalem le huit juillet deux mil quatorze à dix sept heures dix neuf à l’heure israélienne.

AnneAnne,

Il semblerait que ce peu de repos pris cet après-midi, m’a permis de faire remonter quelques forces.
Je suis en train d'éplucher les agendas que je suis heureux d'avoir gardés. Ils me permettent de préciser les dates dans mes tableaux chronologiques. Je pensais avoir fini avec toutes mes archives, mais je me suis rappelé qu'il y a encore une malle en fer qu'il me reste à ouvrir et à fouiller. J’espère y pêcher des informations. 
J'ai trouvé des noms, dans les agendas, que j'avais oubliés. Ils me permettront de rétablir beaucoup de points et de rencontres.

Séjour à Ispahan
La ville est d'une beauté parfaite, avec une lumière très pure et ce bleu turquoise qui me touche profondément.
Le toit où nos lits étaient placés dominait la place principale rectangulaire de la ville. J'ai regardé longuement les gens qui marchaient, s’arrêtaient pour discuter où qui s'intéressaient aux marchandises proposées par les échoppes. Je sentais, à leur manière de marcher, la vraie différence entre Téhéran et cet oasis entre deux grands déserts qu’était Ispahan.
C'était un endroit que je quittais à regret. Pourtant, généralement, je ne regrette pas beaucoup de villes. Je ne suis pas nostalgique.
Nous avons repris la route le lendemain. Les kilomètres défilaient sur un paysage poussiéreux de pierres et de broussailles. Le seul événement qui a brisé cet ennui est la crevaison d'un pneu. Prenant mon courage à deux mains, seul, car Serge ne m'aidait pas beaucoup, j'essayais de comprendre comment démonter la roue pour placer les rustines.
J'ai réussi, mais après quelques mètres, le pneu s'est dégonflé. Je n'avais pas remis les rayons dans le bon ordre.
Mon ardeur à vouloir arriver à ce festival et revoir Djamchid a provoqué des miracles.
Serge croyait déjà mourir de soif, notre imprévoyance ne nous ayant pas fait pensé à emporter de l'eau. Tout d’un coup surgit une voiture. Depuis plusieurs heures, je n'avais pas rencontré ni voitures, ni chameaux, ni camions.
La voiture s'est arrêtée. Serge, mourant de peur, est resté auprès de la moto.
J'ai pris la roue de la moto et les sauveurs m'ont déposé dans un garage qui se trouvait dans un village à trente kilomètres. J'ai eu la chance de trouver une autre voiture qui m'a déposé où Serge m'attendait. La nuit commençait à tomber. Je me suis dépêché de remettre la roue tout en étant très étonné de moi-même et de mon habilité de mécanicien. Je n'avais jamais changé de roue de ma vie ; j'avais su faire du vélo sans en posséder personnellement mais n'avait pas eu d'ennuis de crevaisons.
Je ne me souviens plus de la suite et de la fin de la traversée du deuxième désert. Je ne me souviens plus où nous avions dormi, mangé, et bu. Je me souviens de l'arrivée fabuleuse dans ce deuxième oasis, Shiraz, de ma joie et de mon cri d'être encore en vie pour ce festival, après quatre mille kilomètres de route en tenant dans mes bras la vie de Serge, son poids, le poids des bagages et de la moto (en gros plus de cent cinquante kilogrammes qui m'ont donné des gros muscles aux épaules et aux bras).

Serge, mon élève charmant, était un métis de mère blanche colonialiste et de père guadeloupéen noir marxiste. Il était né à Paris, ses parents ayant fui l'esclavage des îles.

Je fais une petite pause. Je reprendrai le récit du retour plus tard.

AnneAnne,
Je t'imagine à la campagne de mon imagination, avec de l'herbe verte et charnue, des pommiers en fleurs, des pruniers, les branches chargées de fruits rouges et juteux ployant jusqu'à terre. Des vaches dans les prés, beuglant et agitant leurs cloches. Les paysans calmes et chantant des chansons provençales avec leurs charrettes revenant des champs sur les chemins caillouteux et poussiéreux.
Toi, accoudée à la fenêtre, attendant le coucher du soleil, avec ta main droite sur ton épaule gauche.
Une bonne nuit.
Est-ce que tu suis le débat enragé des ANPR (A Ne Pas Rater) à propos d’Alain ?
Une bonne soirée sans douleurs.
Ton ami reconnaissant qui t’es gré de ta présence et de tes lectures.

Ychaï

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