Cher Ychaï,
Excuse mon silence.
L. parlant de sa maladie, de ce
qu'il a ressenti à toutes ses consultations, ces tests qui lui ont fait prendre
conscience qu'il est pris en otage par une maladie qui le détruit.
Ca fait longtemps que
j'attendais ça, mais je n'avais pas imaginé une minute que je ne saurais pas le
gérer. J'ai toujours été surprise de la facilité avec laquelle, sans effort, je
vivais avec toutes ces maladies autour de moi, sans être atteinte par
l'angoisse.
Le fait de mettre des mots sur
ce qu'on sait, les enfonce à coup de marteau, et ça recommence dès qu'on y
pense, c'est à dire tout le temps. J'ai imprimé, comme on dit. J'en ai
perdu le sommeil.
Le seul moyen c'est de me
détacher du virtuel et vivre la vraie vie.
Tu seras l'exception qui
confirme la règle, parce que je suis émerveillée de ce qui se passe en toi et
entre nous, presque à notre insu. Comme si nous avions ouvert des portes l'un
chez l'autre, sans le faire exprès, et que nous voilà devant des films du
passé, qu'il faut regarder et leur trouver une place.
Pour l'instant, je me sens
incapable d'écrire, mais c'est comme si j'écrivais entre tes lignes.
Il y a des choses qui émergent
et qui finiront par tomber sur la feuille, comme un fruit desséché que j'ai
voulu laisser continuer sa propre vie, sans moi, mais qui est resté
accroché à mon arbre. Ca fait peur parce qu'il y a de la violence dans les
sentiments. Mais ça le détachera peut-être en douceur.
Ca bouillonne en fait, je m'en
rends compte.
Nous avons derrière nous des
vies, chacun des vies qui se sont succédées, et qu'on a vues comme des pages
tournées, alors qu'elles se sont construites les unes sur les autres,
prenant racine sur ce qu'on a mis de côté.
Etre 2 à explorer ces terrains
minés, me rassure.
Pour le classement, il ne faut
pas voir ça comme des tiroirs à remplir en les prenant l'un après l'autre.
La spontanéité doit rester la
règle.
C'est après qu'on range, plus
tard qu'on reliera les fils entre eux, et plus tard encore qu'on cherchera nos
fils croisés.
Je t'écrirai plus longuement
demain.
Je t'ai lu une seule fois, et je
dois le faire plus lentement et relire.
Mais là, il faut que je sois
« chez moi ». « At home », vivre le réel.
Anne
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