AnneAnne,
Je lance mon cri. Ce cri est le chant de ce
matin. Je cabriole et fais le grand écart entre (toujours le entre) le minaret
et la tour de Notre-Dame.
Une pirouette en avant et en arrière. Saluer
le lever du jour avec un saut périlleux au dessus du vide.
Le vide entre les lettres.
Jérusalem le dix huit mai deux mil quatorze
à sept heures, heure israélienne.
AnneAnne,
Quand, vers les
années mil neuf cent soixante – soixante et un, je faisais (« faire »
et non « être ») le veilleur de nuit à l'hôtel « Studia »,
boulevard Saint – Germain, je fis le pari avec un étudiant américain habitant
l'hôtel, de sauter dans la Seine. Je ne me rappelle pas l’origine de la
discussion qui nous fit arriver à ce défi.
Il y a des photos du pont. Chercher le nom exact du pont.
Nous sommes allés
sur le pont, qui traversait la rivière du quai de la rive gauche, arrivait
devant le grand portail de la cathédrale Notre – Dame. Debout sur le parapet, j'ai
plongé, les bras en avant comme l'enfant bon nageur que j'avais été. Je n'avais
pas calculé la hauteur entre le pont et l'eau. Après avoir fait quelques saltos,
je suis tombé sur le dos dans une eau noire remplie de rats et de détritus.
Malgré la douleur
intense, j'ai atteint la rive, je suis remonté sur la berge. Cet étudiant et
moi, avons encore refait cet exploit plusieurs fois devant la foule qui
s'était amassée.
Ce devait être la
demi-journée. Nous sommes rentrés à l'hôtel, fiers de nous, dans nos habits
trempés.
Jusqu'aujourd'hui,
je ne comprends pas le but de ce pari et la folie passée dans ma tête pour
proposer un tel acte à cet étudiant.
Quelles ont été
les raisons qui m'ont poussé à faire cet acte et pourquoi cet étudiant a
accepté ce pari ?
J'ai rencontré,
travaillant dans cet hôtel, un voyageur venant de Montevideo avec qui je partageais
ma passion pour Marcel Proust.
Nous avons décidé
de partir pour Combray (Illiers) passer quelques jours. J’ai conduit la voiture
« deux-chevaux » Citroën, voiture que mes parents nous avaient
offerte et que je partageais avec mon frère.
La seule auberge
qui existait, où nous logions était restée comme au temps de « la Tante
Léonie ».
Il n’y avait pas
d’eau courante, seulement un broc d'eau dans une cuvette pour se laver dans la
chambre.
Je ne connaissais
cette façon de se laver que par mes lectures. Je ne savais pas comment me laver
les dents car je n’avais connu que le lavage de dents à l’eau courante.
J'ai enfin trouvé
la solution en trouvant un robinet d'eau dans la courette de cette auberge.
Ce n'était pas un
pèlerinage, mais un beau séjour dans le profond d'une France sortie d'un livre,
avec un séjour avec un ami exotique et musicien, violoncelliste aimant Proust.
Nous avons correspondu mais les lettres se sont raréfiées ; je n'ai ni oublié
cet ami, ni ce voyage.
J'ai retrouvé une
lettre de lui en ordonnant mes archives.
Durant cette
période de veilleur de nuit, j'ai rencontré d'autres personnes et j’ai vécu
d’autres aventures.
A tout à l'heure, Anne.
Ychaï
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