dimanche 19 juin 2016

18 mai 2014 Roger


AnneAnne,
Je lance mon cri. Ce cri est le chant de ce matin. Je cabriole et fais le grand écart entre (toujours le entre) le minaret et la tour de Notre-Dame.
Une pirouette en avant et en arrière. Saluer le lever du jour avec un saut périlleux au dessus du vide.
Le vide entre les lettres.

Jérusalem le dix huit mai deux mil quatorze à sept heures, heure israélienne.

AnneAnne,

Quand, vers les années mil neuf cent soixante – soixante et un, je faisais (« faire » et non « être ») le veilleur de nuit à l'hôtel « Studia », boulevard Saint – Germain, je fis le pari avec un étudiant américain habitant l'hôtel, de sauter dans la Seine. Je ne me rappelle pas l’origine de la discussion qui nous fit arriver à ce défi.
Il y a des photos du pont. Chercher le nom exact du pont.
Nous sommes allés sur le pont, qui traversait la rivière du quai de la rive gauche, arrivait devant le grand portail de la cathédrale Notre – Dame. Debout sur le parapet, j'ai plongé, les bras en avant comme l'enfant bon nageur que j'avais été. Je n'avais pas calculé la hauteur entre le pont et l'eau. Après avoir fait quelques saltos, je suis tombé sur le dos dans une eau noire remplie de rats et de détritus.
Malgré la douleur intense, j'ai atteint la rive, je suis remonté sur la berge. Cet étudiant et moi,  avons encore refait cet exploit plusieurs fois devant la foule qui s'était amassée.
Ce devait être la demi-journée. Nous sommes rentrés à l'hôtel, fiers de nous, dans nos habits trempés.
Jusqu'aujourd'hui, je ne comprends pas le but de ce pari et la folie passée dans ma tête pour proposer un tel acte à cet étudiant.
Quelles ont été les raisons qui m'ont poussé à faire cet acte et pourquoi cet étudiant a accepté ce pari ?
J'ai rencontré, travaillant dans cet hôtel, un voyageur venant de Montevideo avec qui je partageais ma passion pour Marcel Proust.
Nous avons décidé de partir pour Combray (Illiers) passer quelques jours. J’ai conduit la voiture « deux-chevaux » Citroën, voiture que mes parents nous avaient offerte et que je partageais avec mon frère.
La seule auberge qui existait, où nous logions était restée comme au temps de « la Tante Léonie ».
Il n’y avait pas d’eau courante, seulement un broc d'eau dans une cuvette pour se laver dans la chambre.
Je ne connaissais cette façon de se laver que par mes lectures. Je ne savais pas comment me laver les dents car je n’avais connu que le lavage de dents à l’eau courante.
J'ai enfin trouvé la solution en trouvant un robinet d'eau dans la courette de cette auberge.
Ce n'était pas un pèlerinage, mais un beau séjour dans le profond d'une France sortie d'un livre, avec un séjour avec un ami exotique et musicien, violoncelliste aimant Proust. Nous avons correspondu mais les lettres se sont raréfiées ; je n'ai ni oublié cet ami, ni ce voyage.
J'ai retrouvé une lettre de lui en ordonnant mes archives.

Durant cette période de veilleur de nuit, j'ai rencontré d'autres personnes et j’ai vécu d’autres aventures.

A tout à l'heure, Anne.

Ychaï


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