Jérusalem, le vingt sept juin deux mil
quatorze à seize heures, heure israélienne.
Reprise
Anne Anne,
J'espère que tu vas bien, que le
changement a soulagé ton épaule ?
Cette exposition a pris mon énergie et
je n'ai pas pu écrire. J'ai démonté le tableau mardi. Je me suis reposé. A
présent je constate combien il est difficile de reprendre les fils.
Je reprends l'histoire du voyage en Iran
sur l'autoroute en Yougoslavie. Voyage durant lequel nous avions presque failli mourir.
Nous étions bloqués à la frontière entre
la Yougoslavie et la Bulgarie, les autorités bulgares ne nous laissant pas
entrer pour je ne sais quelle raison. Je n'était pas le seul dans cette
situation, un motard australien qui faisait le tour du monde (sa moto était un
moto neuve et puissante) et des français en « deux chevaux », avaient
également été arrêtés pour les mêmes raisons obscures.
Après des heures d'attente, une jeune
fille qui délivrait les visas et à qui je plaisais, me fit comprendre que
j'aurais la permission d'entrer dans le pays avec ma carte d'artiste à
condition de traverser le pays sans y passer la nuit, ni le visiter.
Je profitai de cette ouverture
miraculeuse, pour créer un groupe d'artistes composé de ce motard australien et
de ces français qui ont ainsi pu profiter de cette aubaine.
Nous avons commencé à rouler ensemble
sur la route menant à la capitale, quand j'entendis le bruit d'un hélicoptère
qui nous survolait et qui surveillait si nous suivions les consignes.
J’étais enthousiaste à l’idée d’aller en
Iran, de rencontrer Djamchid Chémirani et d'entendre, de voir les programmes du
Festival. J'ai donc réussi en communiquant cet enthousiasme à convaincre ces
personnes dont je ne me souviens pas les noms, de continuer le voyage pour
assister au festival de Persépolis.
Après la sortie de Bulgarie et l'entrée
en Turquie, les français continuèrent leur chemin. Le motard australien resta
avec nous. J'ai gardé une photo où il est assis sur sa moto.
Nous avions eu le droit de nous arrêter
pour nous restaurer dans un café de la capitale. J'ai pu constater en demandant
des renseignements dans la rue pour trouver un café restaurant, combien les
gens avaient peur de parler à des étrangers à cause de la police politique.
Le pays était très pauvre. J'ai
pu observer, dans cette traversée rapide, la différence de richesse
marquante entre les pays que nous avions traversés. Parmi ces pays, la Bulgarie
a été à mes yeux, le pays le plus pauvre mais aussi le plus opprimé dans
ce régime communiste.
J'avais connu et vu la pauvreté lors de
mes séjours en Hongrie, venant de Paris, où l'abondance des grands magasins
nous avait fait oublier le manque.
En faisant les courses dans les petites
épiceries avec mon amie Zsuzsi (prononcer « Jougi »), la femme de
Miki Erdely, j'ai vu que l'on pouvait acheter quelques pommes de terre, moins
qu’un kilo, ainsi que seulement cent grammes de café.
Les hongrois et moi, aimions beaucoup
les « expressos ». Le café venait de Cuba, était, à l'époque des
années soixante six, meilleur qu'en France.
Dans cet établissement bulgare, le café
était moins bon, pour ne pas écrire « dégueulasse », que
les « expressos » hongrois. Il n'y avait presque rien à manger.
C'était un endroit où il fallait se
servir soi-même, sous surveillance rapprochée, payer à une caissière qui
vérifiait très soigneusement le peu d'argent bulgare que l'on nous avait permis
de changer. Choqués par cette ambiance, nous avons écourté cette pause et
sommes repartis, toujours escortés par cet hélicoptère qui ne nous a quitté qu'à
la frontière turque.
J'ai gardé un mauvais souvenir de la
Bulgarie. J'avais connu comment était la vie pendant le pouvoir communiste en
Hongrie, pays pauvre mais apparemment plus riche que la Bulgarie.
Nous étions heureux de passer en
Turquie. A un kilomètre de distance, la vie était différente.
AnneAnne,
En me relisant, j'ai l'impression que
mon courriel d'aujourd'hui n'a pas beaucoup d'humour.
Pour recharger la batterie du rire et du
sourire, je vais faire une sieste.
La dure chaleur est arrivée hier et
s'accentuera demain. Mon propriétaire a fait installer des conditionneurs d'air
mais je ne sais pas me servir des manettes automatiques. J'ai recours aux
ventilateurs de plafond qui me rappellent les films sur l'Afrique, surtout celui
avec Bogart qui se passe à Casablanca. Pour l'instant, je ne me souviens pas du
titre de ce film.
Où en est l'installation des batteries
électroniques de campagne pour Internet ?
Quand aurai-je le plaisir de te lire et
d'avoir de tes bonnes nouvelles ?
Mes amitiés profondes et chaleureuses.
Ychaï.
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