Le voyage pour l'Italie.
Jérusalem le trois juin deux mil
quatorze à dix sept heures quarante huit, heure israélienne.
AnneAnne, pour la chaleur de l'amitié.
AnneAnne, non pas une répétition mais un
renforcement.
Ne pas laisser les doigts s'engourdir. Arriver
ensuite à écrire sur le voyage vers la Hongrie. Voyage qui a bifurqué vers
l'Italie.
S'être levé plus au moins du bon pied.
Avoir quand même bu du café (« à la
mode turque », n'ayant plu de café pour la cafetière italienne).
N'avoir
pas tenu sa promesse de ne plus boire de café.
Ne
pas avoir pu s’empêcher de courir acheter le meilleur
café : Rainforest, Kosher Rabbinate café, American and East African Arabica,
présentés dans des petits tonneaux de bois. Ces petits tonneaux sont jolis à
recycler pour y mettre à germer mes haricots rouges, livrés par la coopérative
des danseurs eurythmiques de l'école Orpheus se trouvant dans mon studio.
Essayer de rassembler mes émotions et de
canaliser le cours de mes pensées.
Se rappeler ce qui a pu se passer dans
la nuit.
Être triste de ne pas se souvenir de ses
rêves.
Ne pas être allé au studio.
Essayer de faire des crêpes sans bière à
moitié mangeables.
Être heureux pour ton épaule gauche, ce
qui t'a permis d'écrire un long courriel.
Avoir encore un peu exagéré avec le
café.
N'avoir que très peu parlé parce que le
téléphone a sonné une fois.
Avoir obsessionnellement voulu finir de
mettre mes archives dans des feuilles de plastique trop minces et difficiles à
ouvrir.
Avoir pensé ce travail fini pour pouvoir
entreprendre la deuxième étape, mais encore avoir trouvé des dossiers dans le
fond d'une armoire…
Content quand même d'avoir rempli dix
neuf classeurs, huit grands, cinq moyens et huit petits.
Avoir pensé à faire des photos pour te
les envoyer…
Penser à te dire que la jeune femme sur
la photo est Sylvie, la femme de Dadou. La photo avec le jeune homme au café
est la photo de Daniel, le seul et dernier enfant de David, qui l'a conçu avec
Sylvie.
Vouloir écrire que sur l’une des photos
à la terrasse du café « le Saint-Claude », à ta droite donc
à la gauche de la photo, on voit un peu la tête d'André Hajdu.
Avoir eu peur de ne
pas trouver ce qui venait d'être écrit, ayant voulu relire les
questions que tu posais…
Le statut protégé était une loi au temps
du Protectorat, qui donnait certains avantages mais pas la nationalité.
Avoir pris pour nom d'artiste, Roger
Ychaï au lieu de Roger Bénichou. La société des droits d'auteurs envoyait
l'argent de mes droits sur le compte d'un autre guitariste qui s'appelait
Bénichou.
Bénichou reste le nom écrit sur la carte
d'identité.
Vouloir envoyer des sites où Roger Ychaï
figure en tant que compositeur interprète.
Le voyage en Italie
Roger avait réussi à convaincre Iona et
Dadou de voyager, dans sa « quatre chevaux » Renault, vers la Hongrie,
pour visiter les Erdely, les grands amis d'André Hajdu.
Miki avait été le chef scout d'un
groupe au sein duquel Hedi se trouvait aussi. André Hajdu a raconté que
Hedi a été son amie. Roger écrira cette histoire dans un prochain courriel.
Nous sommes partis en direction de
Budapest, en passant par la Suisse. Nous avions parcouru plus de six cent
kilomètres. Quand je regardais dans le rétroviseur, le visage de Iona
s'assombrissait au fur et à mesure que les kilomètres qui nous séparaient de la
Hongrie diminuaient.
Après quelques temps, Dadou m'annonça
qu'ils préféreraient descendre sur l'Italie car l'idée de la Hongrie sans
soleil les rendait nerveux. Ils seraient plus heureux sur les plages
italiennes. Nous sommes arrivés à Rimini. Je ne me souviens ni pourquoi, ni
comment. Roger a dormi dans la voiture. Il ne sait pas où le couple Nahmias a
dormi.
Nous avons visité le nord de l'Italie
avec une Iona de plus en plus excitée. Dadou a demandé à apprendre à jouer aux
échecs. Dadou et Roger ont commencé leurs parties pendant que Iona se dorait au
soleil comme toutes les jeunes femmes de cette époque.
David s'étant révélé un étudiant
exceptionnel, il a très vite surpassé son professeur, qui ne supportant pas
être vaincu, a transformé les règles du jeu. Dadou s'en étant aperçu, il y eu
un petit froid.
Le couple Dadou – Iona avait donné la
garde de leurs enfants pour être libres de voyager.
Iona faisait monter la tension. Malgré
cela, le voyage a continué.
Cette tension rendait le conducteur
triste et nerveux, celui-ci n'ayant jamais supporté de sentir une tension entre
les individus.
Les parents de Roger, n'avaient, jamais
devant leurs enfants, fait de scène de ménage. Ils avaient présenté l'image
d'un couple uni.
Roger Emile n'avait pas de bases pour
supporter cette situation.
Dans l’enfance, il a imaginé que sa mère
dirigeait le ménage et prenait toutes les décisions.
Ce n’est que plus tard, au moment proche
de la mort de son père, qu’il a compris son erreur d’interprétation et senti
combien le couple de ses parents était uni.
Il pense avoir mis soixante ans pour
comprendre combien sa mère avait eu plus d’amour pour lui.
Est – ce encore une erreur d’interprétation de
penser à l’heure actuelle que la lutte entre sa mère et lui venait qu’elle lui
témoignait plus de considération que son frère et sa sœur.
Est – ce encore fantasmer que penser avoir
avancé, sans savoir vers où !
Avant de fermer ce courriel pour Anne,
A bientôt, le cœur encore heureux
d'avoir reçu un courriel avec de meilleures nouvelles. Il voudrait ajouter en PS,
que l’application d'argile avec des bandages bien faits, permet non seulement
la guérison avec patience, mais aussi de resserrer les liens personnels avec le
soignant.
Roger, que son épaule gauche fait
souffrir depuis plus de cinq mois, ne peut se guérir, faute de partenaire. Celui
– ci pouvant aider à faire tenir les applications. Sa souffrance se double par
la solitude et l'impossibilité comme tous les solitaires de pouvoir atteindre
son dos.
Roger pense à toi, il pense au courriel
à venir. Penser pour lui, c'est pouvoir essayer de mémoriser le flux de
réponses à tes questions et le reste qui vient avec.
C'est avoir à faire un dessin dans son
imagination pour tisser en tenant tous les fils dans une main et dans l'autre
la fourchette en argent lourd qui sert à aplatir les fils sur la trame. C'est
ainsi que Hedi Tarjan tissait.
C'est aussi sonder sa mémoire, descendre
dans le puits sans lampe à son front tout en n'étant pas sûr de la corde et du
seau.
Ychaï, de loin de près avec son amitié.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire