lundi 20 juin 2016

3 juin 2014 Roger 2

Le voyage pour l'Italie.

Jérusalem le trois juin deux mil quatorze à dix sept heures quarante huit, heure israélienne.

AnneAnne, pour la chaleur de l'amitié.
AnneAnne, non pas une répétition mais un renforcement.

Ne pas laisser les doigts s'engourdir. Arriver ensuite à écrire sur le voyage vers la Hongrie. Voyage qui a bifurqué vers l'Italie.
S'être levé plus au moins du bon pied.
Avoir quand même bu du café (« à la mode turque », n'ayant plu de café pour la cafetière italienne).
 N'avoir pas tenu sa promesse de ne plus boire de café.
 Ne  pas avoir  pu s’empêcher de courir acheter le meilleur café : Rainforest, Kosher Rabbinate café, American and East African Arabica, présentés dans des petits tonneaux de bois. Ces petits tonneaux sont jolis à recycler pour y mettre à germer mes haricots rouges, livrés par la coopérative des danseurs eurythmiques de l'école Orpheus se trouvant dans mon studio.
Essayer de rassembler mes émotions et de canaliser le cours de mes pensées.
Se rappeler ce qui a pu se passer dans la nuit.
Être triste de ne pas se souvenir de ses rêves.
Ne pas être allé au studio.
Essayer de faire des crêpes sans bière à moitié mangeables.
Être heureux pour ton épaule gauche, ce qui t'a permis d'écrire un long courriel.
Avoir encore un peu exagéré avec le café.
N'avoir que très peu parlé parce que le téléphone a sonné une fois.
Avoir obsessionnellement voulu finir de mettre mes archives dans des feuilles de plastique trop minces et difficiles à ouvrir.
Avoir pensé ce travail fini pour pouvoir entreprendre la deuxième étape, mais encore avoir trouvé des dossiers dans le fond d'une armoire…
Content quand même d'avoir rempli dix neuf classeurs, huit grands, cinq moyens et huit petits.
Avoir pensé à faire des photos pour te les envoyer…  
Penser à te dire que la jeune femme sur la photo est Sylvie, la femme de Dadou. La photo avec le jeune homme au café est la photo de Daniel, le seul et dernier enfant de David, qui l'a conçu avec Sylvie.
Vouloir écrire que sur l’une des photos à la terrasse du café « le Saint-Claude », à ta droite donc à la gauche de la photo, on voit un peu la tête d'André Hajdu. 
Avoir eu peur de ne pas trouver ce qui venait d'être écrit, ayant voulu relire les questions que tu posais…
Le statut protégé était une loi au temps du Protectorat, qui donnait certains avantages mais pas la nationalité.
Avoir pris pour nom d'artiste, Roger Ychaï au lieu de Roger Bénichou. La société des droits d'auteurs envoyait l'argent de mes droits sur le compte d'un autre guitariste qui s'appelait Bénichou.
Bénichou reste le nom écrit sur la carte d'identité.
Vouloir envoyer des sites où Roger Ychaï figure en tant que compositeur interprète.
Si tu le veux bien, le voyage en Italie à la suite…

Le voyage en Italie
Roger avait réussi à convaincre Iona et Dadou de voyager, dans sa « quatre chevaux » Renault, vers la Hongrie, pour visiter les Erdely, les grands amis d'André Hajdu.
Miki avait été le chef scout d'un groupe au sein duquel Hedi se trouvait aussi. André Hajdu a raconté que Hedi a été son amie. Roger écrira cette histoire dans un prochain courriel.
Nous sommes partis en direction de Budapest, en passant par la Suisse. Nous avions parcouru plus de six cent kilomètres. Quand je regardais dans le rétroviseur, le visage de Iona s'assombrissait au fur et à mesure que les kilomètres qui nous séparaient de la Hongrie diminuaient.
Après quelques temps, Dadou m'annonça qu'ils préféreraient descendre sur l'Italie car l'idée de la Hongrie sans soleil les rendait nerveux. Ils seraient plus heureux sur les plages italiennes. Nous sommes arrivés à Rimini. Je ne me souviens ni pourquoi, ni comment. Roger a dormi dans la voiture. Il ne sait pas où le couple Nahmias a dormi.
Nous avons visité le nord de l'Italie avec une Iona de plus en plus excitée. Dadou a demandé à apprendre à jouer aux échecs. Dadou et Roger ont commencé leurs parties pendant que Iona se dorait au soleil comme toutes les jeunes femmes de cette époque.
David s'étant révélé un étudiant exceptionnel, il a très vite surpassé son professeur, qui ne supportant pas être vaincu, a transformé les règles du jeu. Dadou s'en étant aperçu, il y eu un petit froid.
Le couple Dadou – Iona avait donné la garde de leurs enfants pour être libres de voyager.
Iona faisait monter la tension. Malgré cela, le voyage a continué.
Cette tension rendait le conducteur triste et nerveux, celui-ci n'ayant jamais supporté de sentir une tension entre les individus.
Les parents de Roger, n'avaient, jamais devant leurs enfants, fait de scène de ménage. Ils avaient présenté l'image d'un couple uni.
Roger Emile n'avait pas de bases pour supporter cette situation.
Dans l’enfance, il a imaginé que sa mère dirigeait le ménage et prenait toutes les décisions.
Ce n’est que plus tard, au moment proche de la mort de son père, qu’il a compris son erreur d’interprétation et senti combien le couple de ses parents était uni.
Il pense avoir mis soixante ans pour comprendre combien sa mère avait eu plus d’amour pour lui.
Est – ce encore une erreur d’interprétation de penser à l’heure actuelle que la lutte entre sa mère et lui venait qu’elle lui témoignait plus de considération que son frère et sa sœur.

Est – ce encore fantasmer que penser avoir avancé, sans savoir vers où !
Avant de fermer ce courriel pour Anne,
A bientôt, le cœur encore heureux d'avoir reçu un courriel avec de meilleures nouvelles. Il voudrait ajouter en PS, que l’application d'argile avec des bandages bien faits, permet non seulement la guérison avec patience, mais aussi de resserrer les liens personnels avec le soignant.
Roger, que son épaule gauche fait souffrir depuis plus de cinq mois, ne peut se guérir, faute de partenaire. Celui – ci pouvant aider à faire tenir les applications. Sa souffrance se double par la solitude et l'impossibilité comme tous les solitaires de pouvoir atteindre son dos.
Roger pense à toi, il pense au courriel à venir. Penser pour lui, c'est pouvoir essayer de mémoriser le flux de réponses à tes questions et le reste qui vient avec.
C'est avoir à faire un dessin dans son imagination pour tisser en tenant tous les fils dans une main et dans l'autre la fourchette en argent lourd qui sert à aplatir les fils sur la trame. C'est ainsi que Hedi Tarjan tissait.
C'est aussi sonder sa mémoire, descendre dans le puits sans lampe à son front tout en n'étant pas sûr de la corde et du seau.

Ychaï, de loin de près avec son amitié.


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