lundi 20 juin 2016

4 juin 2014 Roger

Jérusalem le quatre juin deux mil quatorze à dix sept heures dix, heure israélienne.

ANNE ANNE Anne Anne AN NEAnne,

Avoir passé la journée dans une ville vide pour cause de fête où les quelques personnes qui ont le courage de sortir (il fait horriblement chaud) sont habillées de blanc et portent des plats de gâteaux (blancs aussi, gâteaux au fromage), pour célébrer le Don du Livre (je crois).
Avoir passé trois heures, après avoir découvert, cachées, dans l'armoire de la chambre servant de rangement, celle avec la porte qui donne sur le balcon, à trier et à lire les lettres d'André, nombreuses et illisibles, écrites en « pattes de mouche », les lettres de Miki Erdely et Szuszi attendant ma venue à Budapest, des lettres de Burt Krancer, le cinéaste qui est devenu rabbin, une lettre magnifique de Pierre Ubaud, mon professeur de français venant de Marseille en tant que militaire faisant son service dans l'enseignement, trois petites lettres de Hedi, une lettre de mon frère répondant à mes questions sur une grande amie, Geneviève, s'étant suicidée en ayant appris qu'elle était enceinte d'un ami de mon frère.
Je dois regarder les autres lettres et me préparer au rangement de ces lettres après leur lecture attentive.
J’ai retrouvé l'adresse exacte de l'hôtel avenue Mac-Mahon grâce à une enveloppe envoyée par André.
Une promesse d'hier de continuer à écrire sur les voyages.
Avoir pensé à écrire sur le retour en France par Strasbourg, avec Miki Erdely, toujours dans cette « quatre chevaux », en juin soixante huit.
Avoir choisi de t'écrire au lieu d'aller au studio.
Attendre que la chaleur tombe, (peut-être), pour descendre (peut-être peindre ou seulement jeter de la couleur).

Retour en France avec Miki Erdély.

La première année d'étude en Hongrie, grâce à une bourse française qui m’avait été refusée deux fois, s'est terminée en juin soixante huit. Il était prévu que je fasse une deuxième année, dans l’académie Franz Liszt. Je décidai de précipiter mon retour en France.
Miki Erdély, ayant enfin reçu son passeport, se décida à voyager dans la « quatre chevaux » Renault. J’avais, avec les enfants de Miki Erdély et Szuszi, entièrement peint et recouvert d’œuvres de leur imagination. L'arrivée à la frontière et le passage pour l'Autriche fut relativement facile malgré une inspection détaillée, provoquée par l'incompréhension artistique des douaniers aussi bien hongrois qu'autrichiens.
Miki Erdély, ayant été invité à participer à une exposition à Koln (Cologne comme l'eau de Cologne). Nous sommes arrivés devant le palais des expositions. Cette arrivée fut extrêmement et allègrement accueillie par les avant-gardistes participant à cette exposition. Ils considéraient la « quatre chevaux » Renault comme un chef-d’œuvre de l'avant-garde franco-hongroise. Ils la soulevèrent et la placèrent sur un podium, qui se trouvait devant l'entrée monumentale de ce palais dédié aux arts.
Ce fut un remarquable accueil avec un inconvénient majeur. La voiture servait de chambre à coucher pour Roger qui fut obligé de dormir entouré de personnes venues admirer la voiture.
Miki Erdély avait été hébergé par Joseph Beus. Nous avons commencé le lendemain, dans la pièce qui nous avait été réservée, à organiser l’œuvre conçue par Miki Erdély. Il était déjà considéré dans son pays comme le Pape de l'avant-garde.
Son idée était de construire un mur de briques au milieu de cette pièce, avec pour mortier du miel au lieu de ciment.
Ce fut un succès, mais une malédiction pour les personnes préposées au nettoyage des sols.
Dans la pièce d'à côté, Joseph Beus jetait des bâtons de la taille d'un manche de hache, avec au bout une boule de cire, dans un coin de la pièce. Cet amas de bâtons eut aussi un grand succès, Joseph Beus, étant célèbre en Allemagne. Après quelques jours de ces succès, nous avons repris la route, les artistes participants regrettant le départ de ma « quatre chevaux ».
Le voyage vers la France se poursuivit. Nous étions arrivés à la frontière entre l'Allemagne et la France.
Une longue queue de voitures s’étendait approximativement sur deux kilomètres. Elles attendaient patiemment le contrôle pour passer en France.
Je n’étais pas au courant de l’actualité et des évènements de mai soixante – huit. A cause d’eux, les inspections étaient devenues extrêmement sévères. Ne comprenant pas bien le hongrois, Roger n'avait pas été informé de la révolution étudiante. Il n’avait eu que quelques échos par Miki.
Roger a été pendant de longues années à côté de l'actualité. L’actualité ne l’intéressait pas. Il vivait dans un rêve. Ne trouvant pas le besoin de comprendre la notion de ce que peut être l'Histoire et la chronologie. Il n'avait pas saisi la gravité de la situation, ni l'angoisse des responsables de la Sûreté de l'Etat Français. Avec son inconscience et sa témérité habituelles, il doubla sans vergogne la file de deux kilomètres devant les visages éberlués des habitants des véhicules. Il arriva devant les postes de douaniers qui n'en croyaient pas leurs yeux devant tant d'audace, et devant l’œuvre d'art qu'était cette voiture.
Nous fûmes interrogés pendant seize heures, Miki Erdély ne parlant que quelques phrases de la langue française qu'il maniait avec sa virtuosité de poète. Roger, obligé, sans boire et sans manger, de traduire le « franco-hongrois » de Miki Erdély devant des personnes n’ayant aucune conscience que les langues sont nombreuses et diverses.
Les autorités nous relâchèrent enfin. A cause du manque de nourriture et de boisson, nous avions beaucoup décliné et étions pâles. L’ardeur des autorités à nous questionner nous avait beaucoup fatigués.
Roger ne se rappelle pas (encore) comment la fin du voyage se poursuivit, ni comment ils furent restaurés.


AnneAnne,
L'amitié me pousse à vouloir connaître l'état de ton épaule et à te prier de ne pas faire trop d'efforts en attendant les résultats des cataplasmes. Je conseille à ton soignant de se renseigner sur « Wiki », pour apprendre à faire les bandages d'épaule. Ce sont des endroits difficiles même pour les professionnels, mais, si le bandage est bien fait, il laisse le fonctionnement intégral de la personne qui le porte.
Je rappelle qu'il doit être porté deux heures maximum, que l'argile doit être encore humide au moment du retrait, que je peux écrire d'autres précisions si tu as oublié mes conseils antérieurs, qu'il faut, pour que le traitement porte ses fruits, mettre deux cataplasmes par jour. Si tu veux le porter la nuit, il est possible de ne pas prendre en compte le séchage de l'argile, et de dormir. Il faut se rappeler que ce petit cataplasme doit être appliqué un peu au dessous du nombril pour l'évacuation des toxines. Je n'ai pas encore trouvé de moyen de faire tenir le bandage à cet endroit. J'ai utilisé un slip suffisamment serré pour que le cataplasme tienne.

Anne Anne,

Je prépare le prochain voyage ou une autre évènement.
Comment écrire mon amitié et ta présence ? Et cette énergie que tu donnes et qui voyage.

Ychaï.

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