Jérusalem le quatre
juin deux mil quatorze à dix sept heures dix, heure israélienne.
ANNE
ANNE Anne Anne AN NEAnne,
Avoir passé la
journée dans une ville vide pour cause de fête où les quelques personnes qui
ont le courage de sortir (il fait horriblement chaud) sont habillées de blanc
et portent des plats de gâteaux (blancs aussi, gâteaux au fromage), pour
célébrer le Don du Livre (je crois).
Avoir passé
trois heures, après avoir découvert, cachées, dans l'armoire de la chambre
servant de rangement, celle avec la porte qui donne sur le balcon, à trier et à
lire les lettres d'André, nombreuses et illisibles, écrites en « pattes de
mouche », les lettres de Miki Erdely et Szuszi attendant ma venue à
Budapest, des lettres de Burt Krancer, le cinéaste qui est devenu rabbin, une
lettre magnifique de Pierre Ubaud, mon professeur de français venant de
Marseille en tant que militaire faisant son service dans l'enseignement, trois
petites lettres de Hedi, une lettre de mon frère répondant à mes questions sur
une grande amie, Geneviève, s'étant suicidée en ayant appris qu'elle était
enceinte d'un ami de mon frère.
Je dois regarder
les autres lettres et me préparer au rangement de ces lettres après leur
lecture attentive.
J’ai retrouvé
l'adresse exacte de l'hôtel avenue Mac-Mahon grâce à une enveloppe envoyée par
André.
Une promesse
d'hier de continuer à écrire sur les voyages.
Avoir pensé à
écrire sur le retour en France par Strasbourg, avec Miki Erdely, toujours dans
cette « quatre chevaux », en juin soixante huit.
Avoir choisi de
t'écrire au lieu d'aller au studio.
Attendre que la
chaleur tombe, (peut-être), pour descendre (peut-être peindre ou seulement
jeter de la couleur).
Retour en
France avec Miki Erdély.
La première
année d'étude en Hongrie, grâce à une bourse française qui m’avait été refusée
deux fois, s'est terminée en juin soixante huit. Il était prévu que je fasse
une deuxième année, dans l’académie Franz Liszt. Je décidai de précipiter mon
retour en France.
Miki Erdély, ayant
enfin reçu son passeport, se décida à voyager dans la « quatre chevaux »
Renault. J’avais, avec les enfants de Miki Erdély et Szuszi, entièrement peint
et recouvert d’œuvres de leur imagination. L'arrivée à la frontière et le
passage pour l'Autriche fut relativement facile malgré une inspection détaillée,
provoquée par l'incompréhension artistique des douaniers aussi bien hongrois
qu'autrichiens.
Miki Erdély,
ayant été invité à participer à une exposition à Koln (Cologne comme l'eau de
Cologne). Nous sommes arrivés devant le palais des expositions. Cette arrivée
fut extrêmement et allègrement accueillie par les avant-gardistes participant à
cette exposition. Ils considéraient la « quatre chevaux » Renault comme
un chef-d’œuvre de l'avant-garde franco-hongroise. Ils la soulevèrent et la
placèrent sur un podium, qui se trouvait devant l'entrée monumentale de ce
palais dédié aux arts.
Ce fut un remarquable accueil avec un
inconvénient majeur. La voiture servait de chambre à coucher pour Roger qui fut
obligé de dormir entouré de personnes venues admirer la voiture.
Miki Erdély avait été hébergé par Joseph
Beus. Nous avons commencé le lendemain, dans la pièce qui nous avait été
réservée, à organiser l’œuvre conçue par Miki Erdély. Il était déjà considéré
dans son pays comme le Pape de l'avant-garde.
Son idée était de construire un mur de
briques au milieu de cette pièce, avec pour mortier du miel au lieu de ciment.
Ce fut un succès, mais une malédiction
pour les personnes préposées au nettoyage des sols.
Dans la pièce d'à côté, Joseph Beus
jetait des bâtons de la taille d'un manche de hache, avec au bout une boule de
cire, dans un coin de la pièce. Cet amas de bâtons eut aussi un grand succès, Joseph
Beus, étant célèbre en Allemagne. Après quelques jours de ces succès, nous
avons repris la route, les artistes participants regrettant le départ de ma
« quatre chevaux ».
Le voyage vers la France se poursuivit.
Nous étions arrivés à la frontière entre l'Allemagne et la France.
Une longue queue de voitures s’étendait approximativement
sur deux kilomètres. Elles attendaient patiemment le contrôle pour passer en
France.
Je n’étais pas au courant de l’actualité
et des évènements de mai soixante – huit. A cause d’eux, les inspections
étaient devenues extrêmement sévères. Ne comprenant pas bien le hongrois, Roger
n'avait pas été informé de la révolution étudiante. Il n’avait eu que quelques
échos par Miki.
Roger a été pendant de longues années à
côté de l'actualité. L’actualité ne l’intéressait pas. Il vivait dans un rêve. Ne
trouvant pas le besoin de comprendre la notion de ce que peut être l'Histoire
et la chronologie. Il n'avait pas saisi la gravité de la situation, ni
l'angoisse des responsables de la Sûreté de l'Etat Français. Avec son
inconscience et sa témérité habituelles, il doubla sans vergogne la file de
deux kilomètres devant les visages éberlués des habitants des véhicules. Il arriva
devant les postes de douaniers qui n'en croyaient pas leurs yeux devant tant
d'audace, et devant l’œuvre d'art qu'était cette voiture.
Nous fûmes interrogés pendant seize
heures, Miki Erdély ne parlant que quelques phrases de la langue française
qu'il maniait avec sa virtuosité de poète. Roger, obligé, sans boire et sans
manger, de traduire le « franco-hongrois » de Miki Erdély devant des
personnes n’ayant aucune conscience que les langues sont nombreuses et diverses.
Les autorités nous relâchèrent enfin. A
cause du manque de nourriture et de boisson, nous avions beaucoup décliné et
étions pâles. L’ardeur des autorités à nous questionner nous avait beaucoup
fatigués.
Roger ne se rappelle pas (encore)
comment la fin du voyage se poursuivit, ni comment ils furent restaurés.
AnneAnne,
L'amitié me pousse à vouloir connaître
l'état de ton épaule et à te prier de ne pas faire trop d'efforts en attendant
les résultats des cataplasmes. Je conseille à ton soignant de se renseigner sur
« Wiki », pour apprendre à faire les bandages d'épaule. Ce sont des
endroits difficiles même pour les professionnels, mais, si le bandage est bien
fait, il laisse le fonctionnement intégral de la personne qui le porte.
Je rappelle qu'il doit être porté deux
heures maximum, que l'argile doit être encore humide au moment du retrait, que
je peux écrire d'autres précisions si tu as oublié mes conseils antérieurs,
qu'il faut, pour que le traitement porte ses fruits, mettre deux cataplasmes
par jour. Si tu veux le porter la nuit, il est possible de ne pas prendre en
compte le séchage de l'argile, et de dormir. Il faut se rappeler que ce petit
cataplasme doit être appliqué un peu au dessous du nombril pour l'évacuation
des toxines. Je n'ai pas encore trouvé de moyen de faire tenir le bandage à cet
endroit. J'ai utilisé un slip suffisamment serré pour que le cataplasme tienne.
Anne Anne,
Je prépare le prochain voyage ou une
autre évènement.
Comment écrire mon amitié et ta présence
? Et cette énergie que tu donnes et qui voyage.
Ychaï.
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