Jérusalem le cinq juin deux mil quatorze
à vingt et une heures cinquante cinq, heure israélienne.
Anne Anne,
Voici…
Ouvrir les yeux en cherchant à rattraper
se rêves.
Sentir son corps pour savoir si l'on a
rien oublié pendant son sommeil.
Vérifier que le corps bouge et peu à peu
s'asseoir sur le lit de la bonne manière.
Rester sur l'idée d'écrire pour toi le
voyage en Hollande, en mil neuf cent soixante dix, sur ma moto Java, deuxième
ou troisième main, achetée en mil neuf cent soixante dix, pour partir en Perse
avec Serge, mon élève de guitare.
Jeter ses souliers en les enlevant
librement pour oublier les rigueurs d'une éducation sévère.
Ne plus ranger ni souliers, ni vêtements,
pour retrouver la joie de l'enfance.
Lécher son assiette pour faire croire
qu'elle est lavée.
Improviser tout les jours de nouveaux
plats.
Chercher à jeûner avant de faire les
analyses de sang pour ne pas se faire engueuler par le médecin traitant à cause
du taux élevé de cholestérol (cent cinquante).
Être obsédé à chercher à écrire
(décrire, t'écrire) toute mes aventures pour te faire rire.
Le petit voyage en mil neuf cent
cinquante six à Sarrebruck, en Allemagne, avec une autorisation de mon père
pour sortir du territoire français, pour visiter amoureusement une jeune fille
connue à l'université de Strasbourg où elle apprenait le français.
Cela n'a pas marché, l'amour n'avait pas
traversé la frontière.
Strasbourg.
Le désespoir qui forçait la créativité
en traînant sur les berges des canaux, ayant sauté le mur de la pension Blum,
inventait des chansons, paroles et musiques, oubliées depuis.
Achever presque, d'avoir rempli plus de
deux cent sacs plastiques très minces de papiers d'archives, qui remplissent
vingt dossiers similaires aux dossiers qui remplissent les caves des services
de police.
Être content malgré ce travail mécanique
et détesté.
Avoir l'impression que cela aide à la
chronologie.
Être triste de toutes les phrases
passées dans la tête et oubliées.
Se rappeler d'avoir un petit carnet dans
la poche.
N'avoir jamais pu tenir un journal plus
de deux jours.
Savoir que rien n'est fini et ne peut se
finir.
N'en être pas très sûr.
Se faire masser pour tenir le coup.
Suivre les conseils de France Guillain
pour les bains dérivatifs et les poches de gel.
Traitement magnifique pour les pays
chauds.
Être le plus souvent nu (dans son
appartement) à suivre…
Mil neuf cent soixante dix.
Après le voyage en Iran. Essayer de
raconter le voyage avec Loulou en Hollande pour voir Rembrandt.
Voyage en Iran.
Retour en France par le bateau jusqu’à
Marseille. La moto Java cent vingt cinq centimètres cube ayant dérapé sur du
gravier dans un virage, sur la route vers la Turquie, revenant de Perse avec
Serge.
Serge était un élève mélangé qui est
passé à la guitare électrique, ayant abandonné la guitare classique après ce
voyage à Persépolis qui l'avait traumatisé. Il est rentré par la suite dans son
île en finissant par suivre un autre maître « Rasta ».
J’ai pu récupérer la moto, après une
restauration généreusement assurée par ma famille proche habitant Marseille. La
sœur de ma mère ayant vu son neveu préféré revenir avec une balafre au dessous
de l’œil provoquée par la glissade de la moto et recousue dans un hôpital turc,
l’a retapée.
Ce qui se passait dans cet hôpital a
effrayé les deux passagers de la moto qui se sont enfuis, réussissant avec
leurs derniers sous (centimes) à prendre le train pour Istanbul.
Voyant que le narrateur a dévié de la
route vers la Hollande, il promet dans un autre courriel de reprendre le récit
du voyage de retour en France via la Grèce par le bateau.
Après quelques mois, il décida avec
Loulou, de faire un voyage en Hollande avec cette moto, qui avait eu un autre
accident à Paris où le conducteur avait eu un choc à la poitrine. L'appel de la
peinture hollandaise était si fort que la route fut prise en s'étant assuré de
quelques haltes et hébergement en Belgique et en Hollande.
Malheureusement, nous eûmes des déboires
dans cette première nuit, la moto ayant encrassé sa bougie. Le conducteur et
son passager n'ayant aucune connaissance en mécanique, furent obligés de
s’arrêter. Recherchant, en frappant aux portes, une hospitalité qui leur fut
refusée brutalement par les gens du nord, ils furent obligés de dormir sur une
charrette penchée.
Une vraie charrette de paysan, dont les
brancards étaient posés sur le sol. Le cheval n'était pas là, sûrement dormait
– il dans son écurie au chaud. Ces brancards posés ainsi donnaient à la
charrette cette position glissante qui, avec le froid, rendit le sommeil
quasiment impossible.
Cette nuit dans le nord et le froid
ainsi que l'inhospitalité des habitants n'ont pas refroidi leur ardeur pour
poursuivre leur chemin vers la Belgique.
La Belgique où une amie de Roger les
attendait.
Roger avait connu Liliane en Hongrie en
mil neuf cent soixante sept. Elle suivait des études de sculpture et avait reçu
une bourse d'études en Hongrie à l’époque où Roger se trouvait aussi à
Budapest.
Ils s'étaient rencontrés dans un café au
bord du Danube, Roger ayant entendu dans la voix de Liliane s’exprimant en
hongrois pour commander son café, un accent français.
Cet accent charmant lui avait donné le
courage d'aborder cette jeune artiste dont il était tombé amoureux. Mais, par
sa maladresse, cela n'a pas été réciproque. Ils ont toutefois gardé les
meilleures relations du monde.
Je pense approfondir la description de cette
relation quand j’aborderai mon année d'études musicales à Budapest.
AnneAnne, je souffle avec ardeur sur ce courriel
pour qu'il te parvienne plus vite.
P.S.:
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