lundi 20 juin 2016

5 juin 2014 Roger

Jérusalem le cinq juin deux mil quatorze à vingt et une heures cinquante cinq, heure israélienne.

Anne Anne,
Voici…
Ouvrir les yeux en cherchant à rattraper se rêves.
Sentir son corps pour savoir si l'on a rien oublié pendant son sommeil.
Vérifier que le corps bouge et peu à peu s'asseoir sur le lit de la bonne manière.
Rester sur l'idée d'écrire pour toi le voyage en Hollande, en mil neuf cent soixante dix, sur ma moto Java, deuxième ou troisième main, achetée en mil neuf cent soixante dix, pour partir en Perse avec Serge, mon élève de guitare.
Jeter ses souliers en les enlevant librement pour oublier les rigueurs d'une éducation sévère.
Ne plus ranger ni souliers, ni vêtements, pour retrouver la joie de l'enfance.
Lécher son assiette pour faire croire qu'elle est lavée.
Improviser tout les jours de nouveaux plats.
Chercher à jeûner avant de faire les analyses de sang pour ne pas se faire engueuler par le médecin traitant à cause du taux élevé de cholestérol (cent cinquante).
Être obsédé à chercher à écrire (décrire, t'écrire) toute mes aventures pour te faire rire.
Le petit voyage en mil neuf cent cinquante six à Sarrebruck, en Allemagne, avec une autorisation de mon père pour sortir du territoire français, pour visiter amoureusement une jeune fille connue à l'université de Strasbourg où elle apprenait le français.

Cela n'a pas marché, l'amour n'avait pas traversé la frontière.

Strasbourg.
Le désespoir qui forçait la créativité en traînant sur les berges des canaux, ayant sauté le mur de la pension Blum, inventait des chansons, paroles et musiques, oubliées depuis.

Achever presque, d'avoir rempli plus de deux cent sacs plastiques très minces de papiers d'archives, qui remplissent vingt dossiers similaires aux dossiers qui remplissent les caves des services de police.
Être content malgré ce travail mécanique et détesté.
Avoir l'impression que cela aide à la chronologie.
Être triste de toutes les phrases passées dans la tête et oubliées.
Se rappeler d'avoir un petit carnet dans la poche.
N'avoir jamais pu tenir un journal plus de deux jours.
Savoir que rien n'est fini et ne peut se finir.
N'en être pas très sûr.
Se faire masser pour tenir le coup.
Suivre les conseils de France Guillain pour les bains dérivatifs et les poches de gel.
Traitement magnifique pour les pays chauds.
Être le plus souvent nu (dans son appartement) à suivre…
Mil neuf cent soixante dix.
Après le voyage en Iran. Essayer de raconter le voyage avec Loulou en Hollande pour voir Rembrandt.

Voyage en Iran.
Retour en France par le bateau jusqu’à Marseille. La moto Java cent vingt cinq centimètres cube ayant dérapé sur du gravier dans un virage, sur la route vers la Turquie, revenant de Perse avec Serge.
Serge était un élève mélangé qui est passé à la guitare électrique, ayant abandonné la guitare classique après ce voyage à Persépolis qui l'avait traumatisé. Il est rentré par la suite dans son île en finissant par suivre un autre maître « Rasta ».
J’ai pu récupérer la moto, après une restauration généreusement assurée par ma famille proche habitant Marseille. La sœur de ma mère ayant vu son neveu préféré revenir avec une balafre au dessous de l’œil provoquée par la glissade de la moto et recousue dans un hôpital turc, l’a retapée.
Ce qui se passait dans cet hôpital a effrayé les deux passagers de la moto qui se sont enfuis, réussissant avec leurs derniers sous (centimes) à prendre le train pour Istanbul.
Voyant que le narrateur a dévié de la route vers la Hollande, il promet dans un autre courriel de reprendre le récit du voyage de retour en France via la Grèce par le bateau.
Après quelques mois, il décida avec Loulou, de faire un voyage en Hollande avec cette moto, qui avait eu un autre accident à Paris où le conducteur avait eu un choc à la poitrine. L'appel de la peinture hollandaise était si fort que la route fut prise en s'étant assuré de quelques haltes et hébergement en Belgique et en Hollande.
Malheureusement, nous eûmes des déboires dans cette première nuit, la moto ayant encrassé sa bougie. Le conducteur et son passager n'ayant aucune connaissance en mécanique, furent obligés de s’arrêter. Recherchant, en frappant aux portes, une hospitalité qui leur fut refusée brutalement par les gens du nord, ils furent obligés de dormir sur une charrette penchée.
Une vraie charrette de paysan, dont les brancards étaient posés sur le sol. Le cheval n'était pas là, sûrement dormait – il dans son écurie au chaud. Ces brancards posés ainsi donnaient à la charrette cette position glissante qui, avec le froid, rendit le sommeil quasiment impossible.
Cette nuit dans le nord et le froid ainsi que l'inhospitalité des habitants n'ont pas refroidi leur ardeur pour poursuivre leur chemin vers la Belgique.
La Belgique où une amie de Roger les attendait.
Roger avait connu Liliane en Hongrie en mil neuf cent soixante sept. Elle suivait des études de sculpture et avait reçu une bourse d'études en Hongrie à l’époque où Roger se trouvait aussi à Budapest.
Ils s'étaient rencontrés dans un café au bord du Danube, Roger ayant entendu dans la voix de Liliane s’exprimant en hongrois pour commander son café, un accent français.
Cet accent charmant lui avait donné le courage d'aborder cette jeune artiste dont il était tombé amoureux. Mais, par sa maladresse, cela n'a pas été réciproque. Ils ont toutefois gardé les meilleures relations du monde.
Je pense approfondir la description de cette relation quand j’aborderai mon année d'études musicales à Budapest.

AnneAnne, je souffle avec ardeur sur ce courriel pour qu'il te parvienne plus vite.

P.S.:

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