Essaie de finir le voyage en Iran.
Jérusalem le cinq juillet deux mil quatorze à seize heures quinze
et comme toujours à heure israélienne.
AnneAnne,
Tes petits courriels me font toujours plaisir, mais quand je lis
que tu souffres des tes deux épaules, cela me désole.
Pour ma part, j'ai décidé de commencer une cure d'argile pour mon
épaule gauche dont l’état ne s’améliore pas. Je te donnerai au fur à mesure les
résultats.
La ou les cures doivent durer vingt et un jours et si l'on veut
continuer il faut faire un arrêt d'une semaine.
J'espère que j'ai répondu à tes demandes de connaissance
des personnages sur les photos que j'ai envoyées. Je m'excuse pour mon
manque de clarté et aussi pour mon manque de virtuosité informatique.
J'ai envie de relire tous nos courriels. J'ai pensé à tout
enregistrer « disk on key » et le porter dans un service qui le
mettrait sur papier, me donnant ainsi avec la possibilité de méditer sur ces
écrits et le courage de la correction.
J'ai assez de photos pour illustrer mes histoires. J'aimerais les
inclure à leur place dans les textes que je t'envoie.
Est-ce un rêve ?
Et si je rêve, je sais que grâce à ma patience, mes rêves se sont
presque toujours réalisés.
Je vais essayer de décrire la traversée des deux déserts pour
arriver à Persépolis.
De Tabriz à Téhéran, il nous a fallu, Serge, l'australien et moi,
deux jours de voyage.
Le paysage de ce nord-ouest de la Perse, très verdoyant, était
magnifique.
J'étais entre la concentration de tenir ma conduite et
l'admiration pour les couleurs et les formes qui remplissaient mes yeux. Je
devais veiller à ce que cela ne me fasse pas dévier de la route.
Le soir, ce bleu turquoise typiquement iranien se manifestait en
passant de la clarté lumineuse à une profondeur de ton, qu’inconsciemment je
place dans mes couleurs.
Les deux plus beaux bleus du ciel, pour moi, sont le ciel iranien
et le ciel du pays où j'habite en ce moment.
Nous sommes enfin arrivés à la capitale, ville grouillante,
bruyante, qui me semblait être comme une fourmilière. Après bien des détours,
nous avons trouvé un hôtel, dans ce qui semblait être le centre ville.
L'hôtel étrange que l'on nous avait indiqué, était rempli de
voyageurs, la plupart occidentaux et post-soixante-huitards. Toutes les
chambres étaient occupées et la langue principale était l'anglais. L'odeur
générale extérieure était l'odeur des pneus, car nous étions dans un quartier
où se trouvaient les réparateurs de voitures et les garages.
L'odeur générale à l'intérieur de l'hôtel était l'odeur intense du
« haschisch ».
Nous avons fait de courtes amitiés et appris (en théorie, sans
mettre en pratique), comment envoyer en Europe des kilos de haschisch ou des grammes
d'opium en remplaçant les intérieurs de poupées et d'oursons, par de la
marchandise interdite.
Djamchid m'avait donné l'adresse et le numéro de téléphone de la
maison de son père qui se trouvait à Chemiran, en banlieue.
Un nouveau problème s'est présenté à moi quand j'ai voulu lui
téléphoner, les cadrans et numéros de téléphones iraniens étaient écrits en
chiffres iraniens.
J'étais donc obligé, pour chaque numéro, de compter sur le cadran
circulaire, où était la place de chiffre que je devais composer.
N'oublie pas que les téléphones anciens avaient un cadran
circulaire. Je ne sais pas si tu as connu ce téléphone noir, imposant, se
tenant comme une statue sacrée dans une place d'honneur, en principe dans le
salon, sur un haut guéridon.
La sonnerie se trouvait sur un mur, une petite cloche avec un
petit marteau qui la frappait électriquement et dont la sonnerie rendait
étonnamment hystérique.
J'ai enfin réussi à communiquer avec Monsieur Chemirani père. Comme
il ne parlait aucune langue européenne, ce fut une conversation laborieuse,
mais fructueuse, car nous fumes invités à résider chez lui, comme son fils lui
avait recommandé.
Nous nous sommes donc empressés de partir de l'hôtel, où pendant
deux nuits nous avons vécu dans les extases provoquées par les odeurs du haschisch.
J'étais vierge de toute fumée, sauf celle de mon addiction sans
frein au tabac, à cette époque les gauloises.
Après deux ou plus d'heures de recherche, nous sommes
arrivés dans ce beau village au nord de Téhéran.
Nous avons été accueillis comme des rois, par un petit monsieur
d'une grande gentillesse et d’une grande amabilité. La cour, comme beaucoup de
« patio » orientaux, étaient garnie de rosiers. Du jasmin entourait
une pièce d'eau pour rafraîchir l’atmosphère. Après nous avoir conduit dans nos
chambres, nous avons pu nous laver (après l'absence de propreté de ce voyage
sans eau) dans une salle de bains grande, spacieuse, où tout le sol carrelé
était construit pour servir de douche, pas comme en occident où la douche est
un petit endroit où l'on se cogne les coudes pour essayer de se laver de haut
en bas.
Il semble que c'est à cet endroit que le texte a disparu et que
mon neveu a retrouvé hier soir.
AnneAnne, porte-toi bien.
Ychaï
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