lundi 20 juin 2016

5 juillet 2014 Roger 1

Essaie de finir le voyage en Iran.

Jérusalem le cinq juillet deux mil quatorze à seize heures quinze et comme toujours à heure israélienne.

AnneAnne,

Tes petits courriels me font toujours plaisir, mais quand je lis que tu souffres des tes deux épaules, cela me désole.
Pour ma part, j'ai décidé de commencer une cure d'argile pour mon épaule gauche dont l’état ne s’améliore pas. Je te donnerai au fur à mesure les résultats.
La ou les cures doivent durer vingt et un jours et si l'on veut continuer il faut faire un arrêt d'une semaine.
J'espère que j'ai répondu à tes demandes de connaissance des personnages sur les photos que j'ai envoyées. Je m'excuse pour mon manque de clarté et aussi pour mon manque de virtuosité informatique.
J'ai envie de relire tous nos courriels. J'ai pensé à tout enregistrer « disk on key » et le porter dans un service qui le mettrait sur papier, me donnant ainsi avec la possibilité de méditer sur ces écrits et le courage de la correction.
J'ai assez de photos pour illustrer mes histoires. J'aimerais les inclure à leur place dans les textes que je t'envoie.
Est-ce un rêve ?
Et si je rêve, je sais que grâce à ma patience, mes rêves se sont presque toujours réalisés.
Je vais essayer de décrire la traversée des deux déserts pour arriver à Persépolis. 

De Tabriz à Téhéran, il nous a fallu, Serge, l'australien et moi, deux jours de voyage.
Le paysage de ce nord-ouest de la Perse, très verdoyant, était magnifique.
J'étais entre la concentration de tenir ma conduite et l'admiration pour les couleurs et les formes qui remplissaient mes yeux. Je devais veiller à ce que cela ne me fasse pas dévier de la route.
Le soir, ce bleu turquoise typiquement iranien se manifestait en passant de la clarté lumineuse à une profondeur de ton, qu’inconsciemment je place dans mes couleurs.
Les deux plus beaux bleus du ciel, pour moi, sont le ciel iranien et le ciel du pays où j'habite en ce moment.
Nous sommes enfin arrivés à la capitale, ville grouillante, bruyante, qui me semblait être comme une fourmilière. Après bien des détours, nous avons trouvé un hôtel, dans ce qui semblait être le centre ville.
L'hôtel étrange que l'on nous avait indiqué, était rempli de voyageurs, la plupart occidentaux et post-soixante-huitards. Toutes les chambres étaient occupées et la langue principale était l'anglais. L'odeur générale extérieure était l'odeur des pneus, car nous étions dans un quartier où se trouvaient les réparateurs de voitures et les garages.
L'odeur générale à l'intérieur de l'hôtel était l'odeur intense du « haschisch ».
Nous avons fait de courtes amitiés et appris (en théorie, sans mettre en pratique), comment envoyer en Europe des kilos de haschisch ou des grammes d'opium en remplaçant les intérieurs de poupées et d'oursons, par de la marchandise interdite.
Djamchid m'avait donné l'adresse et le numéro de téléphone de la maison de son père qui se trouvait à Chemiran, en banlieue.
Un nouveau problème s'est présenté à moi quand j'ai voulu lui téléphoner, les cadrans et numéros de téléphones iraniens étaient écrits en chiffres iraniens.
J'étais donc obligé, pour chaque numéro, de compter sur le cadran circulaire, où était la place de chiffre que je devais composer.
N'oublie pas que les téléphones anciens avaient un cadran circulaire. Je ne sais pas si tu as connu ce téléphone noir, imposant, se tenant comme une statue sacrée dans une place d'honneur, en principe dans le salon, sur un haut guéridon. 
La sonnerie se trouvait sur un mur, une petite cloche avec un petit marteau qui la frappait électriquement et dont la sonnerie rendait étonnamment hystérique.
J'ai enfin réussi à communiquer avec Monsieur Chemirani père. Comme il ne parlait aucune langue européenne, ce fut une conversation laborieuse, mais fructueuse, car nous fumes invités à résider chez lui, comme son fils lui avait recommandé.
Nous nous sommes donc empressés de partir de l'hôtel, où pendant deux nuits nous avons vécu dans les extases provoquées par les odeurs du haschisch.
J'étais vierge de toute fumée, sauf celle de mon addiction sans frein au tabac, à cette époque les gauloises.
Après deux ou plus d'heures de recherche, nous sommes arrivés dans ce beau village au nord de Téhéran.

Nous avons été accueillis comme des rois, par un petit monsieur d'une grande gentillesse et d’une grande amabilité. La cour, comme beaucoup de « patio » orientaux, étaient garnie de rosiers. Du jasmin entourait une pièce d'eau pour rafraîchir l’atmosphère. Après nous avoir conduit dans nos chambres, nous avons pu nous laver (après l'absence de propreté de ce voyage sans eau) dans une salle de bains grande, spacieuse, où tout le sol carrelé était construit pour servir de douche, pas comme en occident où la douche est un petit endroit où l'on se cogne les coudes pour essayer de se laver de haut en bas.

Il semble que c'est à cet endroit que le texte a disparu et que mon neveu a retrouvé hier soir.

AnneAnne, porte-toi bien.

Ychaï

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