lundi 20 juin 2016

18 juin 2014 Roger 1

Jérusalem le dix huit juin deux mil quatorze à sept heures quarante cinq, heure israélienne.

Voyage en Iran
Sur le départ

Anne Anne,

Savoir comme vas-tu ?
Non pas, pour le savoir, mais pour le sentir. Sentir à travers les mots et les lettres, voire au-delà.
Il est difficile d'écrire. Je m'aperçois en écoutant encore et encore la radio et les conférences, mon attirance pour l'oralité. J’ai l’impression de mieux comprendre, en écoutant. Il y a une sympathie qui se crée à suivre le rythme d'un discours, et à savourer la musicalité de la voix de l’orateur.
Malgré que j'aie été un grand lecteur, à l'heure actuelle, j'ai l'impression de n'avoir pas su lire. J’ai été gêné par la vitesse de ma lecture provoquée par un surplus d’électricité dans mon cerveau. Écouter me permet de ralentir ce rythme. En brisant l'habitude de lire vite, l’écoute me donne le sentiment de comprendre.
Je m'applique à relire les courriels que je t'envoie. Relire est la magie de l'écriture. Ecouter, réécouter grâce aux moyens nouveaux, me permet de comprendre sans effacer la différence entre l’écrit et l’oral.
Voir, écouter, entendre, c'est dans cette « mer » que je me débats.
Je devrais pouvoir affiner cette réflexion ?

Le départ vers la Perse.
Après ces préparations hâtives, Serge et moi avons pris la route. Je ne me souviens pas du trajet, mais de l'arrivée au pied des montagnes suisses.
Je devais escalader la montagne, ayant prévu que le trajet devait être droit, pensant arriver plus vite en Perse, pour le commencement du festival de musique se tenant à Persépolis.
Je n'avais pas pris en compte que le monde est fait de hauts et de bas, de vallées et de montagnes, de terre et de mer.
Pour escalader cette montagne, la moto « Java » que j'avais achetée n'a pas eu la force de supporter le poids de nos deux corps et de nos bagages. Je fus obligé de demander à Serge de descendre et de courir, s'il pouvait, à côté ou derrière la moto.
Malgré tous les efforts que Serge déployait pour ne pas se laisser distancer, j'étais obligé de l'attendre. Notre voyage a été ralenti, mais nous avons pu entrer en Italie en traversant le tunnel du Mont-Blanc. Je rappelle que nous étions dans une inconscience totale de l'importance et des difficultés de ce voyage.
J'étais porté par le seul désir d'arriver en Iran le plus vite que possible pour retrouver Djamchid Chémirani qui avait été appelé pour participer et jouer dans le festival avec son maître Hossein Téherani.
Je peux illustrer ce voyage par quelques photos qui ont été prises par Malie, une photographe parisienne dont j'ai fait la connaissance dans le campus de l'université où nous étions logés. C'était à Shiraz.
Persépolis est un lieu historique à quelques kilomètres de Shiraz, où une grande partie des événements musicaux se déroulaient. Je raconterai plus tard l'entrée en Iran après avoir traversé la Turquie et le court séjour à Téhéran.
Malie est toujours une amie qui m'écrivait beaucoup (moins en ce moment).
Je reçois quelques mots d’elle par courriel de temps en temps, depuis qu'elle a retrouvé mon adresse.
J'ai connu Malie Létrange avant qu'elle ne change l'orthographe de Mali en Malie.
Je garde en réserve cet épisode pour le fil des rencontres amicales et affectives.
Arrivés à Venise, sous la pluie, nous avons trouvé un endroit pour monter notre tente et nous reposer deux jours avant de prendre la route pour la Yougoslavie.
Nous avons visité Venise. Pour moi, c'était la première fois. J'ai du y retourner par la suite mais je dois fouiller dans ma mémoire quelles furent les visites.
De Venise, sommes-nous passés à Trieste pour arriver en Yougoslavie où il me reste le souvenir d'une route longue et de la mort évitée.
En effet, cette route était infestée de camions. La conduite automobile des habitants des contrées que nous traversions s’étant dégradée au fur à mesure que nous avancions vers l'est, j'ai failli avoir un accident en voulant doubler un camion. Je ne sais par quel miracle, j'ai pu éviter notre mort atroce.
Nous dormions sur les bas-côtés des routes, quelques fois sous la tente quand nous avions la force de la dresser, quelques fois directement à même le sol.
Au réveil, nous étions surpris, car, arrivés en pleine nuit sans lampe pour éclairer l'endroit qui se présentait à nous et que nous ne choisissions pas à cause de notre épuisement, nous nous sommes trouvés dans des situations invraisemblables, comme par exemple, être réveillés parmi les chèvres et leurs crottes.
J’essaye de faire monter de mes souvenirs la manière et les lieux où il était possible de nous nourrir.
Est – ce que cette traversée en ligne droite a pris un jour ou plus avant d'arriver en Bulgarie ?
Je regarderai plus tard une carte géographique pour raviver et vérifier mes souvenirs !

L'entrée en Bulgarie sera l'objet du prochain courriel que j'espère le plus tôt possible.

AnneAnne,
Je t'envoie une pensée grande et profonde entourée d'une amitié chaleureuse.
Ychaï.
P.S.
J'ai envie d'écrire ces courriels en deux parties, une partie qui serait comme un journal de mes journées et l’autre partie de mes voyages.
Une envie et un projet qui, comme tous les projets, pourraient se transformer selon mon humeur.
C'est à écrire, (c'est à dire), je me laisse la liberté de me contraindre et de ne pas suivre mes contraintes.
La correction automatique me fait perdre le peu de savoir que j'avais de l'orthographe.
A bientôt.

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