Jérusalem le dix huit juin deux mil
quatorze à sept heures quarante cinq, heure israélienne.
Voyage en Iran
Sur le départ
Anne Anne,
Savoir comme vas-tu ?
Non pas, pour le savoir, mais pour le
sentir. Sentir à travers les mots et les lettres, voire au-delà.
Il est difficile d'écrire. Je m'aperçois
en écoutant encore et encore la radio et les conférences, mon attirance pour
l'oralité. J’ai l’impression de mieux comprendre, en écoutant. Il y a une
sympathie qui se crée à suivre le rythme d'un discours, et à savourer la
musicalité de la voix de l’orateur.
Malgré que j'aie été un grand lecteur, à
l'heure actuelle, j'ai l'impression de n'avoir pas su lire. J’ai été gêné par
la vitesse de ma lecture provoquée par un surplus d’électricité dans mon
cerveau. Écouter me permet de ralentir ce rythme. En brisant l'habitude de lire
vite, l’écoute me donne le sentiment de comprendre.
Je m'applique à relire les courriels que
je t'envoie. Relire est la magie de l'écriture. Ecouter, réécouter grâce aux
moyens nouveaux, me permet de comprendre sans effacer la différence entre
l’écrit et l’oral.
Voir, écouter, entendre, c'est dans
cette « mer » que je me débats.
Je devrais pouvoir affiner cette
réflexion ?
Le départ vers la Perse.
Après ces préparations hâtives, Serge et
moi avons pris la route. Je ne me souviens pas du trajet, mais de l'arrivée au
pied des montagnes suisses.
Je devais escalader la montagne, ayant
prévu que le trajet devait être droit, pensant arriver plus vite en Perse, pour
le commencement du festival de musique se tenant à Persépolis.
Je n'avais pas pris en compte que le
monde est fait de hauts et de bas, de vallées et de montagnes, de terre et de
mer.
Pour escalader cette montagne, la moto « Java »
que j'avais achetée n'a pas eu la force de supporter le poids de nos deux corps
et de nos bagages. Je fus obligé de demander à Serge de descendre et de courir,
s'il pouvait, à côté ou derrière la moto.
Malgré tous les efforts que Serge
déployait pour ne pas se laisser distancer, j'étais obligé de l'attendre. Notre
voyage a été ralenti, mais nous avons pu entrer en Italie en traversant le
tunnel du Mont-Blanc. Je rappelle que nous étions dans une inconscience totale
de l'importance et des difficultés de ce voyage.
J'étais porté par le seul désir
d'arriver en Iran le plus vite que possible pour retrouver Djamchid Chémirani qui
avait été appelé pour participer et jouer dans le festival avec son maître
Hossein Téherani.
Je peux illustrer ce voyage par quelques
photos qui ont été prises par Malie, une photographe parisienne dont j'ai fait
la connaissance dans le campus de l'université où nous étions logés. C'était à
Shiraz.
Persépolis est un lieu historique à
quelques kilomètres de Shiraz, où une grande partie des événements musicaux se déroulaient.
Je raconterai plus tard l'entrée en Iran après avoir traversé la Turquie et le
court séjour à Téhéran.
Malie est toujours une amie qui m'écrivait
beaucoup (moins en ce moment).
Je reçois quelques mots d’elle par
courriel de temps en temps, depuis qu'elle a retrouvé mon adresse.
J'ai connu Malie Létrange avant qu'elle
ne change l'orthographe de Mali en Malie.
Je garde en réserve cet épisode pour le
fil des rencontres amicales et affectives.
Arrivés à Venise, sous la pluie, nous
avons trouvé un endroit pour monter notre tente et nous reposer deux jours
avant de prendre la route pour la Yougoslavie.
Nous avons visité Venise. Pour moi,
c'était la première fois. J'ai du y retourner par la suite mais je dois
fouiller dans ma mémoire quelles furent les visites.
De Venise, sommes-nous passés à Trieste
pour arriver en Yougoslavie où il me reste le souvenir d'une route longue et de
la mort évitée.
En effet, cette route était infestée de
camions. La conduite automobile des habitants des contrées que nous traversions
s’étant dégradée au fur à mesure que nous avancions vers l'est, j'ai failli
avoir un accident en voulant doubler un camion. Je ne sais par quel miracle,
j'ai pu éviter notre mort atroce.
Nous dormions sur les bas-côtés des routes, quelques fois
sous la tente quand nous avions la force de la dresser, quelques fois
directement à même le sol.
Au réveil, nous étions surpris, car,
arrivés en pleine nuit sans lampe pour éclairer l'endroit qui se présentait à
nous et que nous ne choisissions pas à cause de notre épuisement, nous nous
sommes trouvés dans des situations invraisemblables, comme par exemple, être réveillés
parmi les chèvres et leurs crottes.
J’essaye de faire monter de mes
souvenirs la manière et les lieux où il était possible de nous nourrir.
Est – ce que cette traversée en ligne
droite a pris un jour ou plus avant d'arriver en Bulgarie ?
Je regarderai plus tard une carte
géographique pour raviver et vérifier mes souvenirs !
L'entrée en Bulgarie sera l'objet du
prochain courriel que j'espère le plus tôt possible.
AnneAnne,
Je t'envoie une pensée grande et
profonde entourée d'une amitié chaleureuse.
Ychaï.
P.S.
J'ai envie d'écrire ces courriels en
deux parties, une partie qui serait comme un journal de mes journées et l’autre
partie de mes voyages.
Une envie et un projet qui, comme tous
les projets, pourraient se transformer selon mon humeur.
C'est à écrire, (c'est à dire), je me
laisse la liberté de me contraindre et de ne pas suivre mes contraintes.
La correction automatique me fait perdre
le peu de savoir que j'avais de l'orthographe.
A bientôt.
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