Jérusalem le seize juin deux mil
quatorze à dix neuf heures quarante cinq, heure israélienne.
AnneAnne,
Je suis curieux de savoir si tu es
rentrée de ton séjour dans la nature et de savoir si tu te sens bien.
Ma promesse de raconter mon voyage en
Iran en mil neuf cent soixante neuf tiendra si je ne prends pas de chemin de
traverse aujourd'hui.
J'ai appris certains détails de
l'adolescence de Dadou à Tunis. Je lui ai demandé de m’en raconter à nouveau lors
de mon voyage en février dernier.
Dadou écrivait des poèmes, achetait des
fleurs au petit marchand ambulant, prenait tout le stock, entourait chaque
fleur avec un poème écrit par lui ou par un autre poète, se postait à l'entrée
du lycée de jeunes filles à l'heure de la sortie des classes et offrait ses
fleurs entourées d'un poème aux jeunes filles qui le souhaitaient.
Ces actions ont duré un certain temps. Le
temps que les dirigeants de l'école lui demandent de ne plus continuer.
Il avait commencé à travailler dans une
banque en tant que guichetier. Au bout d’un certain temps il venait à la banque
pieds nus. Un jour, le directeur de la banque le convoque dans son bureau. Le
discours de Dadou a tellement surpris le directeur que non seulement, il n'a
pas été licencié, mais ce même directeur l'envoya à ses frais consulter un
psychiatre.
Ces petites histoires pour te faire
sentir le charme et la puissance de la parole de Dadou. Je ne me souviens pas
de tous les petits détails qu'il me raconta en Février.
Il connaissait et pouvez chanter toutes
les chansons de Brassens ; son fils Daniel a hérité de ce don.
Ma rencontre avec Djamchid Chemirani,
deux mois avant l'été mil neuf cent soixante neuf.
Elève du professeur Tran Van Khé,
j’étais au courant de tous les concerts de musique orientale qui se donnaient à
Paris. A cette époque, la musique orientale n'était pas à la mode. Monsieur
Tran Van Khé me signala un concert de musique persane donné par deux musiciens
venant d’Iran qui seraient accompagnés par le zarb de Djamchid.
Djamchid Chemirani enseignait dans ce
centre de musique orientale et vivait à Pris depuis quelques années.
Il avait rencontré sa femme, Élisabeth,
à Téhéran. Le père de sa femme enseignait la géologie à l'université et
s'occupait de sols pétroliers.
J'ai rencontré les parents de Zabou
plusieurs fois. Ils ont acheté une maison dans les Alpes Maritimes pour leur
retraite et, ainsi, ont contribué à l'installation des Chem's dans cette région.
J'ai été fasciné dans ce concert par le
jeu de mains de Djamchid, sa concentration, la beauté et la variété des
sonorités. Mes yeux ne pouvaient se détacher de son tambour et se remplissaient
de la beauté de son attitude.
Ce concert se tenait dans un appartement
privé et la scène était une table.
Ce trio jouait une musique que je n'avais
jamais entendue. Cela me fit oublier toutes les autres musiques et à ce moment,
j'entendais dans leurs jeux et leurs façons d’interpréter, la réponse à une intuition
de ce que je cherchais. Un comportement intègre où l'art et la vie étaient
liés.
J'ai été parler à Djamchid à la fin du
concert, dans un état second. Je lui ai demandé si je pouvais être son élève.
Il me donna son numéro de téléphone. Deux
jours après, je l'ai rencontré dans l'appartement des parents de sa femme où
Élisabeth, surnommée Zabou, Mariam et Keyvan habitaient. Les parents étaient
encore en Iran.
Djamchid a accepté de m'enseigner le
zarb à condition que j’aille acheter l'instrument en Iran.
Longtemps après, j'ai appris de sa
bouche avoir été son seul élève à qui il avait fait cette demande étrange.
Il n'a pas su me répondre pourquoi il a
formulé cette demande, et pourquoi seulement à moi.
Avec ma folie et mon enthousiasme, j'ai
réussi à convaincre Serge, un de mes élèves, de voyager avec moi.
J’ai acheté une moto d'occasion Java en
deuxième main. Ce sont des motos tchécoslovaques très lourdes qui servaient à
l’armée pendant la Seconde Guerre Mondiale, de petites cylindrées cent vingt
cinq centimètres cube.
Je ne savais pas conduire de moto, mais mon
permis de conduire était valable pour les motos de cette puissance.
Quelques jours après avoir accompli les
formalités et réuni les papiers nécessaires, nous étions sur la route. J'ai
appris seul à conduire ce monstre.
Tout au long du voyage, Serge n'a jamais
appris à conduire cette moto, jusqu’à ne pas savoir pas enlever la clé de
contact. Ce garçon basané dont les parents étaient venus des Îles, grand et bien
bâti, ajoutait son poids avec celui des bagages et une guitare, sur mes bras
qui tenaient le guidon. Cela faisait en tout une pression de plus de cent
kilos. Ce voyage a formé mes muscles et mes épaules. J'avais une vague
connaissance de la route et du nombre de kilomètres à accomplir, ayant acheté
une carte pour m'aider.
Je n'ai jamais compris le fonctionnement
des cartes de géographie. J'allais à l'aveuglette mais avec une forte intuition
et l'envie d'arriver en Iran.
L'inquiétude de mes parents et de mes amis
était au plus haut degré, devant une décision si rapide et le manque de
préparation de ce périple.
Mon enthousiasme me portait et aplanissait toutes les difficultés,
comme les exploits que je faisais dans ma plus jeune enfance. Cela fera l’objet
d'autres récits ; je me sens comme le narrateur des « mille et une
nuits » !
Je n'ai pas la force de raconter ma
journée. Je remets à plus tard la suite de ce voyage en Iran qui fut le plus
marquant de mes voyages.
AnneAnne,
J'ai commencé un mono diète de compote
de pommes qui durera une semaine pour préparer la semaine de lavage au café. Je
suis tombé sur une émission très intéressante sur France Culture à propos des
vertus thérapeutiques du jeûne. Cela m'inspire.
Passe une bonne nuit avec des rêves de montagnes
et d'eau, de lacs et de forêts.
J'ai
derrière mes yeux le calme de peintures chinoises.
Je laisse la nuit préparer la suite.
Reçois l'expression de mon amitié,
amitié toujours vive et lumineuse.
Ychaï.
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