AnneAnne,
Les feuilles
« A quatre » ont commencé à se rejoindre, pas en les collant, comme
je l'avais imaginé au début, mais avec du papier collant en rouleau.
Sur les
quatre premières feuilles, j'ai pu calculer que sur la longueur, il y aurait
les années qui vont de mil neuf cent quarante et un jusqu'en mil neuf cent
cinquante huit, sur la largeur, neuf fils (fil de la famille, fil personnel,
fil artistique, fil des amours, fil des amis, voyages, pays, villes,
rues). La grande joie est de pouvoir commencer à y inscrire et de contempler un
tableau clarifié et clarifiant.
J'avais la
joie de me dire que je pourrais ainsi, en écrivant sur ce tableau, les dates,
les noms, les événements, etc…, libérer mon imagination pour t'écrire sans
avoir le sentiment d'être sec.
J'ai eu ce
matin, en ouvrant ma boîte de courriels, la joie de lire ton nom. Le temps d'arriver
à ton courriel, ma boîte a disparu. J'ai ouvert de nouveau, je n'ai plus trouvé
ton courriel, jusqu'à présent je me demande si j'ai rêvé. Je t'ai écrit pour
savoir si tu avais écrit, mais ne trouvant pas de réponse, je suis revenu à ce
sentiment d'avoir rêvé.
J'ai reçu
tout à l'heure, un courriel de ce jeune poète Arthur Yasmine, où il écrit ses
impressions sur les textes et la musique que je lui ai envoyé. Il a écrit être
très ému par le disque que j'ai fait avec mon ami Gérard Iglesia, guitariste et
non le chanteur « kitsch » absolu, qui s'appelle aussi Iglesia, que
par mes autres travaux.
Je suis
touché par ces critiques très sincères.
C'est un
jeune homme très sensible. J’ai visionné un petit film où il met en scène un de
ses poèmes. J'ai trouvé très convaincant cet essai de donner un nouvel espace à
sa poésie.
Je reprends
vie après ces trois jours où le virus de l'égout a réussi à me tenir couché
entre le sommeil et « ANPR » (« A Ne Pas Rater »).
Je suis allé
au studio pour regarder le travail en cours que je fais avec cette idée de
fresque.
Elle avance
lentement, étant aux prises et à la recherche de techniques de collage, qui me
font douter de son avenir.
Je dois inventer
des manières nouvelles de coller des peintures déjà faites sur de grands
supports et de les intégrer en peignant les espaces vides entre.
Cette idée
m'est venue en cherchant à savoir que faire de toutes les petites peintures qui
s'entassent depuis quelques années.
Cette idée a
mûri à l'écoute de Georges Didi Huberman et du souvenir de fresques
égyptiennes et iraniennes.
C'est une
manière de concilier mon incapacité de choisir, de trier, de jeter, de
promouvoir, de vendre.
L'immensité
de cette fresque est dépendante de tous ces petits tableaux. Je peux voir et
imaginer le début, pas la fin.
Avoir la
joie de savoir que son immensité est un obstacle. Elle me laisse à un sentiment
du « lâcher prise ».
J'ai
découvert cette joie du « lâcher prise » depuis que je peins, que je joue
sans but, sans penser au monde, mais en sentant la grande différence avec mon
faire d'avant, ma prise d'avant.
Il y a une
plénitude, un étonnement même si je joue un seul son. La puissance du présent,
du être là. De ne plus penser au résultat.
Je me regarde sur le balcon de l'appartement au quatrième étage, au
numéro dix, rue Pélissier, attendant l'apparition de la petite fille blonde qui
sortait de temps en temps sur le balcon de l’immeuble qui se trouvait à l'angle
de la rue Pélissier et l’avenue du Général Leclerc, cette avenue anciennement
nommée Rue d'Arzew.
La grande attente qui continue.
Une attente infinie qui conduit toute ma vie. Une vie comme un grand saut
au dessus du vide.
Attente ne pouvant être satisfaite, révolte continue, un souffle, un
soupir.
Une respiration qui refuse d'être étouffée.
Une petite fille blonde regardée de loin, admirée sans mots.
Une vie d'attente, comme cette attente devant la porte dans la nouvelle
de Kafka, cette porte qui n'était là que pour la personne qui attendait.
AnneAnne
Bon jour, il
est maintenant presque cinq heures ici.
Ychaï
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