Anne Anne,
J'étais en train de t'écrire, et j'ai effacé le mail par erreur.
Je te lis et essaye de recommencer l'envoi.
Anne Anne,
Ne pas t'écrire m'a semblé longtemps, pas
une éternité, mais longtemps.
J'ai pensé que tu as du rentrer de la
campagne.
Le texte se tisse et le fil du labyrinthe
se temps.
Des heures à ranger les lettres de ma
famille et de mes amis. Cela m'aide à reconstruire ce puzzle et à repasser
dans les couloirs de ce chemin labyrinthique. Des heures debout, dans ce
travail, où je ne relis que furtivement en me promettant de m'asseoir et de voir
attentivement, cela afin de rafraîchir ma mémoire.
J'ai acheté deux cent feuilles de
plastique avec des trous, que je vais utiliser dans des classeurs que j’ai trouvés
dans une poubelle. Je reprends l’idée de classement que j'ai appliquée pour les
tableaux chronologiques.
Je dois arrêter de boire du café, parce
que je bouge les jambes comme dans mon enfance et comme mon cousin germain,
Claude Benichou, le fils aîné du frère de mon père.
Ne me sentant pas bien physiquement j'ai
repris mes méditations zen. J'avais perdu ces-ci jours le goût, j'avais des
pointes au cœur et une fatigue générale du corps.
Dadou sera enterré ce matin au Père
Lachaise. Je parle tous les jours à Violette.
Mes courriels avec Clara.
J'ai envoyé des courriels à Elena et Valérie,
les jumelles, Clara, la fille aînée du premier mariage avec Iona. Clara est née
en Tunisie, je ne me souviens pas si les jumelles sont nées en France où à
Tunis.
Merci, Clara.
Pourrais-tu m'envoyer les adresses mail de
tes sœurs et de ta mère, s’il te plaît ?
Je ne sais pas pourquoi, je pense à toi
souvent. Je me rappelle les moments où je t'emmenais avec moi à la Schola
Cantorum le jeudi. Tu assistais à mes cours de guitare.
Ai-je rêvé ?
Je t'embrasse fort.
Roger
Clara m’a écrit.
Sais-tu que pendant vingt ans j’ai
travaillé à l’Institut Cochin (Port Royal). Tous les matins je prenais en
voiture la rue Saint Jacques devant la Schola Cantorum !
Et tous les jours j’avais une petite
pensée pour toi. :)
Ce sont des super moments inoubliables que
j’ai passés avec toi dans ce cours avec ma petite guitare pour enfant. Il y
avait une fille très belle avec de beaux cheveux noirs et du haut de mes huit
ans j’étais émerveillée par sa beauté.
Et ensuite, quand tu me raccompagnais à la
maison, on s’arrêtait au métro Oberkampf, j’étais toujours exaspérée parce
qu’on ne prenait pas la sortie que j’aimais pour rentrer à la maison !
Je t’embrasse fort
Nous étions aujourd’hui autour de Dadou
dans la chambre mortuaire, c’était un beau moment de prières, beaucoup de monde
et André Hajdu était là aussi.
Je t’embrasse encore.
A bientôt
Clara
Chère Clara,
Pourquoi ne m’as – tu pas dit que tu n’aimais
pas la sortie que je prenais ?
Je ne me rappelle pas cette élève aux
cheveux noirs. Peut-être s’agit – il de Claire Antonini, qui est devenue une
grande luthiste. Elle a fait de très beaux disques. J'ai passé une heure avec
elle l'année dernière.
J'aimais beaucoup que tu sois avec moi
dans ce cours.
J'ai parlé à Violette. Elle m'a dit que
vous cherchiez une place au père Lachaise ? Dadou voulait être à Paris.
Tu sais l'admiration et la grande
affection que j'avais (j'ai, j'aurai) pour Dadou. J'ai été le visiter en
Février et nous avons beaucoup parlé.
Mais les derniers mots qu'il m'a dit quand
je lui ai téléphoné étaient : « je suis épuisé ». Je lui ai dit
que je le rappellerai mais à mes appels suivants, il ne décrochait pas.
Clara, je pense à toi, je pense à vous.
Je t'embrasse très fort.
Roger
Courriel de Clara.
Je n’osais pas te dire pour le métro Oberkampf, car tu étais si content de trouver cette sortie à chaque fois !
Je n’osais pas te dire pour le métro Oberkampf, car tu étais si content de trouver cette sortie à chaque fois !
Oui Dadou était vraiment épuisé ces
derniers temps.
On pense aussi très fort à toi.
Je t’embrasse.
Clara
Courriel de Roger.
Si j'avais su que tu n'aimais pas cette
sortie, je n'aurais pas été content.
Cher Clara, je t'embrasse très fort et te
souhaite une bonne nuit.
Roger
J'ai envoyé un petit mot à ta mère et à
tes sœurs. Mais transmets leur encore mon affection.
AnneAnne,
Je souffre de sentir mon vocabulaire si
pauvre et les constructions de mes phrases si élémentaires, niveau classe de
neuvième.
Je me sens bizarre, bouleversé, incohérent
dans mes pensées et mes actions.
Quelques heures de peinture,
d'assemblages, de retouches, de regards, de fatigue devant cette fresque qui sera
peut-être inachevée. Saurons – nous ?
Marcher, va et vient,
dans l'appartement entre quelques écoutes sans concentration et
quelques touches sur les tablettes quand je trouve une date ou un nom.
Retour sur le petit tabouret qui
appartenait à Hedi.
Se lever, se rasseoir, s'asseoir devant
l'ordinateur, chercher une autre conférence ou de la musique quand les mots
m'ont fatigué, se lever sans oublier de le faire selon la méthode Alexander.
Les pensées de mes souvenirs avec Dadou.
Vouloir écrire, t'écrire. Télécharger avec
Loader et ne pas savoir où vont les téléchargements.
Lire les envois de ANPR (A Ne Pas Rater).
Manger sans ordre, boire du café. Dormir agité.
Savoir que je t'envoie mes histoires sans
demander ou questionner, gardant et respectant ta pudeur mais en espérant que
tu m'écriras de tes nouvelles. A cette lecture, je lirai entre les mots et les
lettres.
Mon écoute s’est développée dans une vie
jalonnée de rencontres où se parlaient les langues maternelles de mes amis. J'ai
du développer une compréhension par intuition affective.
Je continue à employer cette intuition, en
écoutant les conférences de Daniel Epstein et les conversations en hébreu dans
mes rares rencontres avec des israéliens.
Je n'écoute pas la radio israélienne. Mes
journées se passent avec France Culture ou les téléchargements.
Je ne lis pas. J'ai peu joué de la guitare
ces jours-ci.
André, ayant donné des conférences à
Amsterdam et ayant passé à Paris deux jours. Il a vu Dadou dans la chambre
mortuaire où la famille s'est réunie dimanche.
Il m'a téléphoné ce matin (il est rentré
hier soir), nous devons nous voir ce soir à dix neuf heures.
Ce courriel, écrit avec la pensée que tu
as suggérée : écrire ce qui me passe par la tête.
Merci de me lire avec amitié. Sache que
j'écris et t'envoie une amitié sincère et profonde. Cette amitié qui vient
d'une source profonde que tu as ouverte, comme un sourcier (je ne sais pas si
il est possible d'écrire « sourcière »).
Amitiés.
Ychaï
Je t'écris mais, ne te fatigue pas à
répondre où seulement deux mots.
J'avais écrit sur mon logiciel, et
j'ai pu récupérer le mail.
Ychaï
A bientôt.
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