lundi 20 juin 2016

28 mai 2014 Roger

Anne Anne,
J'étais en train de t'écrire, et j'ai effacé le mail par erreur.
Je te lis et essaye de recommencer l'envoi.

Jérusalem le vingt huit mai deux mil quatorze à neuf heures quarante cinq, heure israélienne.

Anne Anne,
Ne pas t'écrire m'a semblé longtemps, pas une éternité, mais longtemps.
J'ai pensé que tu as du rentrer de la campagne.
Le texte se tisse et le fil du labyrinthe se temps.
Des heures à ranger les lettres de ma famille et de mes amis. Cela m'aide à reconstruire ce puzzle et à repasser dans les couloirs de ce chemin labyrinthique. Des heures debout, dans ce travail, où je ne relis que furtivement en me promettant de m'asseoir et de voir attentivement, cela afin de rafraîchir ma mémoire. 
J'ai acheté deux cent feuilles de plastique avec des trous, que je vais utiliser dans des classeurs que j’ai trouvés dans une poubelle. Je reprends l’idée de classement que j'ai appliquée pour les tableaux chronologiques.
Je dois arrêter de boire du café, parce que je bouge les jambes comme dans mon enfance et comme mon cousin germain, Claude Benichou, le fils aîné du frère de mon père.
Ne me sentant pas bien physiquement j'ai repris mes méditations zen. J'avais perdu ces-ci jours le goût, j'avais des pointes au cœur et une fatigue générale du corps.
Dadou sera enterré ce matin au Père Lachaise. Je parle tous les jours à Violette.
Mes courriels avec Clara.
J'ai envoyé des courriels à Elena et Valérie, les jumelles, Clara, la fille aînée du premier mariage avec Iona. Clara est née en Tunisie, je ne me souviens pas si les jumelles sont nées en France où à Tunis.
Merci, Clara.

Pourrais-tu m'envoyer les adresses mail de tes sœurs et de ta mère, s’il te plaît ?
Je ne sais pas pourquoi, je pense à toi souvent. Je me rappelle les moments où je t'emmenais avec moi à la Schola Cantorum le jeudi. Tu assistais à mes cours de guitare.
Ai-je rêvé ?
Je t'embrasse fort.
Roger
Clara m’a écrit.
Sais-tu que pendant vingt ans j’ai travaillé à l’Institut Cochin (Port Royal). Tous les matins je prenais en voiture la rue Saint Jacques devant la Schola Cantorum !
Et tous les jours j’avais une petite pensée pour toi. :)
Ce sont des super moments inoubliables que j’ai passés avec toi dans ce cours avec ma petite guitare pour enfant. Il y avait une fille très belle avec de beaux cheveux noirs et du haut de mes huit ans j’étais émerveillée par sa beauté.
Et ensuite, quand tu me raccompagnais à la maison, on s’arrêtait au métro Oberkampf, j’étais toujours exaspérée parce qu’on ne prenait pas la sortie que j’aimais pour rentrer à la maison !

Je t’embrasse fort
Nous étions aujourd’hui autour de Dadou dans la chambre mortuaire, c’était un beau moment de prières, beaucoup de monde et André Hajdu était là aussi.
Je t’embrasse encore.
A bientôt
Clara



Chère Clara,
Pourquoi ne m’as – tu pas dit que tu n’aimais pas la sortie que je prenais ?
Je ne me rappelle pas cette élève aux cheveux noirs. Peut-être s’agit – il de Claire Antonini, qui est devenue une grande luthiste. Elle a fait de très beaux disques. J'ai passé une heure avec elle l'année dernière.
J'aimais beaucoup que tu sois avec moi dans ce cours.
J'ai parlé à Violette. Elle m'a dit que vous cherchiez une place au père Lachaise ? Dadou voulait être à Paris.
Tu sais l'admiration et la grande affection que j'avais (j'ai, j'aurai) pour Dadou. J'ai été le visiter en Février et nous avons beaucoup parlé.
Mais les derniers mots qu'il m'a dit quand je lui ai téléphoné étaient : « je suis épuisé ». Je lui ai dit que je le rappellerai mais à mes appels suivants, il ne décrochait pas.
Clara, je pense à toi, je pense à vous.
Je t'embrasse très fort.
Roger

Courriel de Clara.
Je n’osais pas te dire pour le métro Oberkampf, car tu étais si content de trouver cette sortie à chaque fois !
Oui Dadou était vraiment épuisé ces derniers temps.

On pense aussi très fort à toi.
Je t’embrasse.
Clara

Courriel de Roger.
Si j'avais su que tu n'aimais pas cette sortie, je n'aurais pas été content.

Cher Clara, je t'embrasse très fort et te souhaite une bonne nuit.
Roger
J'ai envoyé un petit mot à ta mère et à tes sœurs. Mais transmets leur encore mon affection.

AnneAnne,
Je souffre de sentir mon vocabulaire si pauvre et les constructions de mes phrases si élémentaires, niveau classe de neuvième.
Je me sens bizarre, bouleversé, incohérent dans mes pensées et mes actions.
Quelques heures de peinture, d'assemblages, de retouches, de regards, de fatigue devant cette fresque qui sera peut-être inachevée. Saurons – nous ?
Marcher, va et vient, dans l'appartement entre quelques écoutes sans concentration et quelques touches sur les tablettes quand je trouve une date ou un nom.
Retour sur le petit tabouret qui appartenait à Hedi.
Se lever, se rasseoir, s'asseoir devant l'ordinateur, chercher une autre conférence ou de la musique quand les mots m'ont fatigué, se lever sans oublier de le faire selon la méthode Alexander.
Les pensées de mes souvenirs avec Dadou.
Vouloir écrire, t'écrire. Télécharger avec Loader et ne pas savoir où vont les téléchargements.
Lire les envois de ANPR (A Ne Pas Rater). Manger sans ordre, boire du café. Dormir agité.
Savoir que je t'envoie mes histoires sans demander ou questionner, gardant et respectant ta pudeur mais en espérant que tu m'écriras de tes nouvelles. A cette lecture, je lirai entre les mots et les lettres.
Mon écoute s’est développée dans une vie jalonnée de rencontres où se parlaient les langues maternelles de mes amis. J'ai du développer une compréhension par intuition affective.
Je continue à employer cette intuition, en écoutant les conférences de Daniel Epstein et les conversations en hébreu dans mes rares rencontres avec des israéliens.
Je n'écoute pas la radio israélienne. Mes journées se passent avec France Culture ou les téléchargements.
Je ne lis pas. J'ai peu joué de la guitare ces jours-ci.
André, ayant donné des conférences à Amsterdam et ayant passé à Paris deux jours. Il a vu Dadou dans la chambre mortuaire où la famille s'est réunie dimanche.
Il m'a téléphoné ce matin (il est rentré hier soir), nous devons nous voir ce soir à dix neuf heures.
Ce courriel, écrit avec la pensée que tu as suggérée : écrire ce qui me passe par la tête.
Merci de me lire avec amitié. Sache que j'écris et t'envoie une amitié sincère et profonde. Cette amitié qui vient d'une source profonde que tu as ouverte, comme un sourcier (je ne sais pas si il est possible d'écrire « sourcière »).

Amitiés.

Ychaï

Je t'écris mais, ne te fatigue pas à répondre où seulement deux mots.
J'avais écrit sur mon logiciel, et j'ai pu récupérer le mail.

Ychaï

A bientôt.


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