Cher Ychaï
Je suis très fatiguée, et puis une conversation avec mon père,
j'en parlerai plus tard, m'a envahie de tristesse sur le sort de l'homme
condamné au déclin, à n'être plus, passé un certaine âge qu'une chandelle qui
se consume, perdant chaque jour un jour de vie dans une incertitude totale du
moment où elle va s'éteindre. Ce qui m'attriste le plus c'est de penser à ces 6
ou 7 dernières années, où il a « vieilli » d'un coup, ayant conservé
entre 60 et 80 ans, le même âge. Le fait de cesser d'être utile aux autres, qui
fut le moteur de sa vie et me donna le regret de n'être que sa fille et non pas
parmi les autres, l'a plongé dans une profonde dépression dont j'ai essayé de
l'extraire avec d'autant plus d'enthousiasme que j'avais moi-même recommencé à
vivre, et que je lui disais « si j'y suis arrivée, tu peux aussi ».
C'était 4 ou 5 ans après le début de ma maladie, le temps de trouver comment
l'apprivoiser, apprendre à vivre avec.
J'ai tout essayé en vain. Et ce temps qui lui a échappé fut vide.
J'ai la tête pleine. Je dois élaguer, éclaircir. J'aimerais
beaucoup trouver l'énergie d'attraper la balle au bond quand je te lis. Tu as
tellement changé depuis que je te connais.
Mes premières impressions avaient trait à l'informatique, mais pas
que. La façon dont tu ne comprenais pas faisait penser à un enfant perdu.
Je te vois grandir de plus en plus avec cette fresque verbale, qui
va faire de toi un géant, avant que tu ne reprennes ta taille normale quand tu
auras tout intégré.
Je m'explique mal, je suis crevée.
J'ai plaisir à te suivre dans ton évolution. Sur le papier, et
dans l'espace.
Ce AnneAnne,
résonne en moi comme l'appel à la prière lancé d'un minaret d'Istanbul. J'aime
beaucoup
Bonne nuit à toi aussi.
Anne
PS : Te relisant, comme d'habitude à ma première lecture je
t'ai lu trop vite.
Et c'est drôle, parce que la notion de temps, celui perdu par mon
père, tu l'exprimes mieux que je n'ai su le faire.
C'est vrai que c'est la question cruciale, dans quel espace temps
on se situe. Celui du compte à rebours, ou celui hors du temps. Dommage qu'il
n'y ait qu'un mot pour désigner tous ces temps si différents.
Je crois que le dernier jour de ma vie, je chercherai encore à
apprendre quelque chose. Jamais je ne tomberai dans le compte à rebours. (Cela
me rappelle ces collègues avec leur calcul d'années avant la retraite)
J'espère que tu vas faire une belle rencontre… J'en suis
sûre même. Tu es tellement vivant en ce moment.
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