lundi 13 juin 2016

26 avril 2014 Roger

Jérusalem le vingt six avril deux mil quatorze à vingt heures quarante cinq.

Anne,

Un long courriel pour savoir si tu vas mieux. Je te lis attentivement.
Merci pour tes conseils, justement aujourd'hui, en partant et en revenant  à Jérusalem, j'avais dans ma tête une espèce de classification :

Par fil : 
Le fil de la famille, le fil d'André H….
Grand fil d'André H. qui engendre un petit fil de Dadou, qui  engendre le fil de Lina, sœur de Dadou, Loulou, cousin germain de Dadou…
A partir des ces fils, qui sont des chemins dans la trame, nouer les fils, faire des nœuds.
Le nœud qui me lie et dessine dans la trame les connexions. Nouer le fil de ma vie personnelle, le fil d'André H., qui se noue avec le fil de ma vie musicale…
Ecrire à partir de ces fils et de ces nœuds, tisser sur cette trame avec les fils de tes courriels.

Fil musical : 
Rencontre de Frédérique H. à la Schola Cantorum où j'enseignais, après avoir étudié dans cette même école. Je dois me souvenir des dates.

Fil personnel : 
Je vis avec Frédérique H., rue du Plâtre, à Paris, pendant trois ans, nous pensions au mariage. 

Fil de famille : 
Mon père est à l’hôpital, je vais le visiter avec Frédé pour lui annoncer.

Fil de Loulou :
Fil qui vient du fil de Dadou, qui vient du fil d'André H. 
A un retour de Nice où j'avais conduit mon père, je comprends que Frédé et Loulou ont eu une histoire plus intime.

Fil personnel :
Je suis désespéré par ces trahisons. Pour calmer cette douleur atroce, je deviens moine zen avec le maître Deschimaru.
Je me lève tous les matins à quatre heures, prends le métro pour aller au dojo, m'asseoir pendant deux heures, et recommencer le soir.

Ces essais, tournant dans ma tête pendant le voyage vers Raanana (fil musical), rencontrer avec mon neveu, Hovav et ses deux enfants (fil de famille ), un ami guitariste (fil musical) qui réunit chaque année ses amis guitaristes et fait un repas magnifique.
A la fin du repas, petit concert de chaque guitariste qui a envie de jouer.
Là, nous voyons le nœud, avec deux fils.
Pour toi, cette classification, pourrait te paraître extravagante, j'attends donc ta critique bienveillante. 

Fil personnel :
Ces deniers temps, je pense  que ma maladie bipolaire, aurait pu me porter dans des extrêmes plus créateurs, si j'avais été plus fou, plus extravagant avec plus d’ego. Pensée qui revient souvent (à développer).
Ce classement que je me propose et que je propose à notre correspondance devrait faire l'objet de discussions. Offre – t –il  beaucoup de désavantages ?
Mais c'est ce qui se bouscule dans mon cerveau.
Ces essais de connexions se font  avec le deuxième cerveau : le ventre. Découverte faite en occident, il n'y a pas très longtemps, par des chercheurs dans un hôpital à Paris. Le ventre est un deuxième cerveau, matériellement. Je ne peux pas donner plus de précisions, les ayant oubliés, trop paresseux pour les rechercher.
Ce deuxième cerveau, vu de l’Extrême Orient pourrait, s'appeler le « QI », « qicong » ou « chicong », « taïchi » ou « taïqi ».
Suzanne, mon homéopathe, m'a dit, il y a trois ans, que je n'étais pas né. Je lui ai répondu : « Je meurs de ne pas être né ». L'année dernière, elle m'a dit que j'étais né, mais cette année, elle m'a dit que je me comportais comme étant encore dans l’utérus, entouré de miroirs qui me reflétaient.
J'attends de comprendre, ce qu'elle a voulu dire pour lui répondre. 
J'ai lu dans un petit livre que j'ai acheté à Paris chez l'éditeur Vrin, « Qu'est-ce que Comprendre ». Il est écrit dans ce livre que comprendre est une affaire de connections. 

Fil musical
Peu à peu, je reprends de l'assurance en jouant de la guitare. Je passe maintenant de fa dièse septième à si mineur avec moins de difficultés.
Mais il faut que je me lime les ongles tous les jours pour ne pas accrocher mes doigts dans les cordes. Je ne considère pas les cordes de guitare comme des fils.
Il faudrait que j'ouvre un fil spécial pour décrire mes années de vie en tant que guitariste.
Le fil de la guitare, qui rentrerait dans le fil musical.
Fil de la guitare, fil du zarb, fil de la musique persane, fil de la musique extrême orientale…Ces « sous fils » devraient rentrer dans le grand fil d'André H., car c'est lui qui m'a fait entrer dans cette école très fermée : « Ecole des Hautes Etudes des Sciences Humaines et Sociales ».

Je ne dois pas perdre le fil.

Fil personnel :  
Je vois que je ne peux pas mettre tes conseils de classement, pour l'instant, en œuvre.  
Au fil de l'écriture, je m'embrouille et j'oublie.
Il faudrait aussi un fil pour notre correspondance où nous pourrions analyser les nouages. J'ai bien écrit « nouages » et non « nuages ».
Je regrette de ne pas avoir été bien soigné. J'ai attendu quarante ans, avant de rencontrer le Docteur L. Il a trouvé les médicaments pour me stabiliser, plutôt pour minimiser les va et viens extrêmes. Ces mouvements extrêmes sont très destructeurs. Je me sens bien dans le haut comme dans le bas, les idées de suicide se présentent  toujours dans un arrière plan que j'arrive maintenant à prévoir et à contrôler.
Ce désir se manifeste, par exemple : ne pas traverser la rue dans les passages cloutés, croire que je suis plus fort que les autobus.
L'avantage d'un certain médicament que je prends tous les jours, est de me faire rire et faire rire les autres.
J'écris et en écrivant, j'oublie la suite de ce que je voulais écrire.
J'ouvre un nouveau fil,  « le fil de nos courriels ». La police est apparue toute seule, je ne contrôle plus l’ordinateur à cause de ma fatigue qui s'installe entre mes doigts et le « truc du truc ».
J'aime appeler « truc » l'ordinateur, pour lui garder ironiquement son mystère et me rappeler mon incompétence.

Le fil de nos courriels :
Anne, accepte mes souhaits de bonne nuit et de lendemains.
Je ne peux enlever ce rouge.

Ychaï

A deux mains.

Bonne nuit.




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