Jérusalem le vingt six avril deux mil quatorze à vingt heures quarante
cinq.
Anne,
Un long courriel pour
savoir si tu vas mieux. Je te lis attentivement.
Merci pour tes conseils,
justement aujourd'hui, en partant et en revenant à Jérusalem, j'avais
dans ma tête une espèce de classification :
Par fil :
Le fil de la famille, le
fil d'André H….
Grand fil d'André H. qui
engendre un petit fil de Dadou, qui engendre le fil de Lina, sœur de
Dadou, Loulou, cousin germain de Dadou…
A partir des ces fils,
qui sont des chemins dans la trame, nouer les fils, faire des nœuds.
Le nœud qui me
lie et dessine dans la trame les connexions. Nouer le fil de ma
vie personnelle, le fil d'André H., qui se noue avec le fil de ma vie
musicale…
Ecrire à partir de ces
fils et de ces nœuds, tisser sur cette trame avec les fils de tes
courriels.
Fil musical :
Rencontre de Frédérique H.
à la Schola Cantorum où j'enseignais, après avoir étudié dans cette même école.
Je dois me souvenir des dates.
Fil personnel :
Je vis avec Frédérique H.,
rue du Plâtre, à Paris, pendant trois ans, nous pensions au mariage.
Fil de famille :
Mon père est
à l’hôpital, je vais le visiter avec Frédé pour lui annoncer.
Fil de Loulou :
Fil qui vient du fil de Dadou, qui vient du fil d'André H.
A un retour de Nice où
j'avais conduit mon père, je comprends que Frédé et Loulou ont eu une histoire
plus intime.
Fil personnel :
Je suis désespéré par ces
trahisons. Pour calmer cette douleur atroce, je deviens moine zen avec le
maître Deschimaru.
Je me lève tous les
matins à quatre heures, prends
le métro pour aller au dojo, m'asseoir pendant deux heures,
et recommencer le soir.
Ces essais, tournant dans
ma tête pendant le voyage vers Raanana (fil musical),
rencontrer avec mon neveu, Hovav et ses deux enfants (fil
de famille ), un
ami guitariste (fil musical) qui réunit chaque année ses amis
guitaristes et fait un repas magnifique.
A la fin du repas, petit concert
de chaque guitariste qui a envie de jouer.
Là, nous voyons le nœud,
avec deux fils.
Pour toi, cette
classification, pourrait te paraître extravagante, j'attends donc ta
critique bienveillante.
Fil personnel :
Ces deniers temps, je pense
que ma maladie bipolaire, aurait pu me porter dans
des extrêmes plus créateurs, si j'avais été plus fou, plus
extravagant avec plus d’ego. Pensée qui revient souvent
(à développer).
Ce classement que je me
propose et que je propose à notre correspondance devrait faire
l'objet de discussions. Offre – t –il beaucoup de désavantages ?
Mais c'est ce qui se
bouscule dans mon cerveau.
Ces essais de connexions se
font avec le deuxième cerveau : le ventre. Découverte faite en
occident, il n'y a pas très longtemps, par des chercheurs dans
un hôpital à Paris. Le ventre est un deuxième cerveau,
matériellement. Je ne peux pas donner plus de précisions,
les ayant oubliés, trop paresseux pour les rechercher.
Ce deuxième cerveau, vu
de l’Extrême Orient pourrait, s'appeler le « QI », « qicong »
ou « chicong », « taïchi » ou « taïqi ».
Suzanne, mon homéopathe,
m'a dit, il y a trois ans, que je n'étais pas né. Je lui ai répondu : « Je
meurs de ne pas être né ». L'année dernière, elle m'a dit que j'étais
né, mais cette année, elle m'a dit que je me comportais comme étant encore
dans l’utérus, entouré de miroirs qui me reflétaient.
J'attends de
comprendre, ce qu'elle a voulu dire pour lui répondre.
J'ai lu dans un petit
livre que j'ai acheté à Paris chez l'éditeur Vrin, « Qu'est-ce que Comprendre ».
Il est écrit dans ce livre que comprendre est une affaire de
connections.
Fil musical :
Peu à peu, je reprends de
l'assurance en jouant de la guitare. Je passe maintenant de
fa dièse septième à si mineur avec moins de difficultés.
Mais il faut que je me
lime les ongles tous les jours pour ne pas accrocher mes doigts dans les
cordes. Je ne considère pas les cordes de guitare comme des fils.
Il faudrait que j'ouvre
un fil spécial pour décrire mes années de vie en tant que guitariste.
Le fil de la guitare, qui
rentrerait dans le fil musical.
Fil de la guitare, fil du
zarb, fil de la musique persane, fil de la
musique extrême orientale…Ces « sous fils » devraient
rentrer dans le grand fil d'André H., car c'est lui qui m'a fait entrer
dans cette école très fermée : « Ecole des Hautes Etudes des Sciences
Humaines et Sociales ».
Je ne dois pas perdre le
fil.
Fil personnel :
Je vois que je ne peux
pas mettre tes conseils de classement, pour l'instant, en œuvre.
Au fil de l'écriture, je
m'embrouille et j'oublie.
Il
faudrait aussi un fil pour notre correspondance où nous pourrions
analyser les nouages. J'ai bien écrit « nouages » et non « nuages ».
Je regrette de ne pas
avoir été bien soigné. J'ai attendu quarante ans, avant de rencontrer le
Docteur L. Il a trouvé les médicaments pour me stabiliser, plutôt pour minimiser
les va et viens extrêmes. Ces mouvements extrêmes
sont très destructeurs. Je me sens bien dans le haut comme dans le
bas, les idées de suicide se présentent toujours dans un arrière plan que
j'arrive maintenant à prévoir et à contrôler.
Ce désir se manifeste,
par exemple : ne pas traverser la rue dans les passages cloutés, croire
que je suis plus fort que les autobus.
L'avantage d'un certain
médicament que je prends tous les jours, est de me faire rire et faire rire les
autres.
J'écris et en écrivant,
j'oublie la suite de ce que je voulais écrire.
J'ouvre
un nouveau fil, « le fil de nos courriels ». La police est apparue toute seule, je ne contrôle
plus l’ordinateur à cause de ma fatigue qui s'installe entre mes doigts et le
« truc du truc ».
J'aime
appeler « truc » l'ordinateur, pour lui garder ironiquement son
mystère et me rappeler mon incompétence.
Le fil de nos courriels :
Anne, accepte mes souhaits de bonne nuit et de lendemains.
Je ne peux enlever ce rouge.
Ychaï
A
deux mains.
Bonne
nuit.
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