dimanche 19 juin 2016

30 avril 2014 Roger

Jérusalem le trente avril deux mil quatorze. Une heure une.

Clarifier les liens.

Anne, Anne Anne,

Je te lis avec beaucoup d'attention, dans une attente jamais déçue, étonné à chaque courriel, de sentir à travers les lettres, les consonnes et les voyelles, les mots, les phrases, une présence vivante, qui, de courriel en courriel, s'approfondit.
Est-ce que, descendre dans la profondeur n'est-il pas la découverte de l'infini en nous, le fond intérieur sans fin, la source invisible qui sort de la montagne, que nous cherchons à exprimer et à communiquer ?
Nous nous écrivons, non pas par hasard, mais par appel, « à ne pas rater »…
Ne pas laisser pas l'important. Le coup d’œil, le clin d’œil qui reconnaît et sauve.
Je pense à ce regard rencontré par W. Jankelevitch, cerné dans une place de Lyon, par des miliciens. Avec son angoisse, regardant autour de lui, il a rencontré un regard et un clin d’œil qui lui indiquait une voie de sortie. Ce clin d’œil lui a sauvé la vie.
L'écriture, adresse et adressée à l'autre, celui qui lit et entend, écoute les mots, écoute en lisant.
Ma lecture de tes courriels est sensible, toujours (tous les jours).
Sensible parce que je lis le texte avec un regard et une pensée accueillante. Je ne cherche pas à découvrir. Je pose mon regard comme si je posais ma main sur une couleur pour sentir la vibration. Ma main entend, voit. La main qui prend et l’œil qui chasse se transforment en main qui caresse et en œil qui admire.

Mon père, Albert Abraham, était orphelin, je n'ai pas connu mes grands parents paternels.
Ils étaient quatre enfants. Georges, mon oncle préféré était l’aîné, Adrien, Albert mon père, Marcelle.
Ils habitaient Oran.
Le mari de ma grand-mère maternelle, Aaron Sportes, est mort à Verdun en mil neuf cent quatorze.
Ma grand-mère, Rosine né Saiman, a eu deux filles. Elle jouait du piano et chantait la musique andalouse en s'accompagnant au Oud. Le côté ethnologique (ladino judéo-espagnol) viendrait de ma grand-mère.
L’aînée, Rolande, a eu quatre enfants, trois filles et un garçon. Elle s'est mariée jeune et son mari, Albert K., mort de maladie après la naissance de mon cousin germain, Charly. Elle habitait Ain-Temouchent.
Ma grand-mère et ma tante Rolande étaient importantes pour moi ainsi que mon oncle Georges. La famille de ma grand-mère était nombreuse.
Ma tante Nelly, avec qui j'ai gardé le contact, était plus jeune que ma mère et s'occupait de moi. Mon coté musical (classique) viendrait d'elle. Elle jouait du piano.
Elle a eu deux garçons, Michel et Louis. Louis a été et est très proche de moi. Marié avec quatre enfants, musicien professionnel, altiste.

J'ai d'autres cousins et cousines avec qui je suis moins proche.
Ma tante Nelly et mon cousin Louis habitent Paris et depuis plusieurs années, quand je voyage, je dors chez elle et chez Louis.
Quand je suis à Marseille, je dors dans l'appartement de ma tante.
Ma tante Rolande habitait avec la troisième de ses filles, Denise, avec qui j'avais jusqu'à ces dernières années des difficultés.
Ma tante est morte, il y a deux ans, presque arrivée à l'âge de cent ans, son anniversaire et celui de Denise tombe deux jours avant le mien.

Les amis.

André H., que j'ai rencontré à Paris, l'année scolaire mil neuf cent cinquante six – cinquante sept.
André H. s'est marié en Israël, avec Ruth. Ruth est le nom qu'elle a adopté en se convertissant au Judaïsme, non pas pour se marier mais par conviction. Sa famille est protestante de souche alsacienne.
David (Dadou), qu'André H. a rencontré à Tunis, est arrivé à Paris de Tunisie à l'indépendance de ce pays.
Loulou, cousin germain de Dadou, peintre, avec qui j'étais très lié jusqu'en mil neuf cent soixante dix neuf, date de sa liaison avec Frédérique H., avec qui il a eu un enfant, Oscar.
Frédérique H., une élève de guitare rencontrée dans mes années de professorat à La Scola Cantorum , rue Saint Jacques à Paris, avec qui j'ai vécu trois ans, rue des Blancs Manteaux et rue du Plâtre, dans le Marais, et à Maisons – Laffitte. Avec qui j'ai failli me marier.
Lina, sœur de Dadou, avec qui j'étais très lié, morte il y a plusieurs années de la maladie de la « vache folle ».
Sidi Lamine Diarra, grand ami malien, rencontré à Montparnasse, au café « Le Sélect », notre lieu de rendez-vous pour passer les soirées. Il est mort des suites de sa méningite mal soignée lorsqu’il était enfant. J’étais aussi très proche de lui.

Miki Erdely, le père spirituel de André H. et de Hedi T., décédé. Ils ont vécu, avec sa femme Zsuzsi à Buda, rue Viragarok (rue des Roses).
J'ai habité chez eux lors de mon premier voyage en Hongrie en mil neuf cent soixante. J'ai reçu une bourse d'étude et étudié en mil neuf cent soixante sept – soixante huit à l’Académie de Musique à Pest.
Le pays était encore communiste.
Ils ont eu deux enfants, Gyuri et Daniel avec lesquels je suis en contact.

Hedi Tarjan, avec qui j'étais très lié, est morte il y a quatre ans à Jérusalem.
Elle a vécu seule après la mort de sa mère. Il n'avait personne pour s'occuper de ses affaires. André H. et moi, nous nous sommes occupés de vider son appartement. Je me suis occupé pendant quatre ans de répertorier, classer ses œuvres. Nous avons pu, André H. et moi, les envoyer dans un musée à Székechféhervar, la ville des anciens rois de Hongrie, à soixante kilomètres de Budapest.  


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