dimanche 19 juin 2016

14 mai 2014 Roger

Jérusalem le 14 mai deux mil quatorze à dix neuf heures dix.

AnneAnne,

Si tu pouvais entendre le silence, tu entendrais quand j'écris « AnneAnne », un cri, « Anne Anne » un murmure, « Anne » un chuchotement.
Cérémonial pour t'écrire et vouloir de faire rire ou au moins sourire. Je m'assois sur mes bains dérivatifs. J'écris lentement et maintenant je corrige les textes.
Les bains dérivatifs me servent beaucoup depuis que je les ai découverts.
Je me sens un peu lourd, cet après-midi. J'ai inventé une nouvelle recette et en rentrant du studio, affamé, j'en ai trop mangé.
Je me sens coupable et triste de sentir mon ventre assez trop rond.
L’histoire de cette recette, comme d'ailleurs toutes mes recettes, vient de mon habitude du samedi pendant l'année scolaire.
Les danseurs anthroposophes, n'ayant pas classe le samedi, (n'oublie pas que le samedi ici est le dimanche là-bas), le studio étant vide et sans personne, me laisse une liberté pour visiter le frigidaire et vider ce qu'ils ont laissé.
J'aime ce jour de solitude pour peindre et continuer ma fresque mégalomane.
Ce samedi, j'ai trouvé deux gros colorabis, une vieille tomate et un concombre, que je me suis empressé de ramener dans l'appartement.
J'ai mangé la tomate et le concombre, mais j'ai oublié les deux colorabis, qui étaient dans le bac en bas à droite. Après deux ou trois jours, je me souvenu de ces légumes, je les ai épluchés, ce qui n'est pas facile pour moi, les ai découpés en grosses tranches, en ai mangé quelques unes et étant rassasié, les ai remis dans une assiette et les ai encore oublié.
Après quelques temps, je les ai retrouvé un peu noircis. Comme je n'aime pas jeter, j'ai inventé cette recette. J'avais acheté entre temps des artichauts, que j'aime beaucoup, les ai mis à cuire dans un couscoussier et dans la passoire, j'ai installé mes tranches de colorabis.


J'ai l'impression que le mail est parti encore tout seul.
AnneAnne

Pour attendrir mes tranches de colorabis, je les ai donc rangées dans cette passoire qui se met au dessus du couscoussier.
Quand j'ai eu l'impression qu’elles étaient devenues tendres, je les ai disposées dans un plat qui va au four et j'ai versé dessus une sauce que j'avais auparavant faite.
Cette sauce de mon invention se composait de crème de « trina », la trina est une crème faite à partir de graines de sésames broyées, d'un jus de citron frais, d'eau pour clarifier la crème de sésame, de graines de nigel,de graines de lin crues, de graines de « Chia » contre le cholestérol, beaucoup d'ail en poudre pour mon cœur, de poudre de gingembre pour ma force, de persil finement broyé pour la couleur verte, (j’achète toutes ces épices toutes prêtes), de graines d'anis pour le goût d'anisette qui me rappelle l'Algérie (c'est ma seule concession à la nostalgie), de poudre de cumin aussi pour la nostalgie, de sel mais pas de poivre que je ne supporte pas, et peut-être d'autres épices… tout bio et un peu organique.
J'ai mis ce plat au four, attendu que le dessus du plat devienne blond roussi. C'était tellement bon que j'en ai trop mangé.
Ce n'est que depuis que j'ai pris la décision de m'occuper de moi, que je fais un peu de cuisine, toujours en improvisant, selon les restes des marchés des anthroposophes.
Heureusement qu'il y a cinq niveaux de danseurs, donc cinq classes, de A à F, donc les menus sont différents malgré qu'ils ne mangent ni viandes ni poisson.
Je suis aussi devenu de plus en plus végétarien et végétalien, pour ma santé et aussi pour réduire le coût de ma vie, étant soumis aux arrivages de provisions dans le studio.
Les périodes les plus difficiles sont les vacances scolaires pendant lesquelles le studio est vide.

Je supprime mon « je » mon « moi » pour te raconter l'histoire de Roger. Non pas le supprimer, mais le mettre entre parenthèses.

J’écoute presque sans arrêt une conférence de F.Jullien./home/roger/CONFERENCE-tous/Philosophie/Philosophie du vivre, par François Jullien – Conférence débat du 21012012_H264-512x384.mp4


Roger, il y a trois ans, était très, très fatigué, ne pouvait monter ni les côtes, ni les escaliers. Pour faire les courses de ravitaillement, il devait réfléchir et compter ses forces pour pouvoir choisir entre se nourrir ou le jeûne. Il avait peur de descendre les escaliers et de ne pas pouvoir les remonter.
Ceci pour t'expliquer cet état de fatigue extrême, que les médecins essayaient de comprendre en lui faisant faire des dizaines d'examens.
Une amie de Roger, Sharona, une connaissance israélienne que Roger avait connue il y a trente ans, après un concert donné pour le Festival d'Israël au printemps, lui indiqua un centre d'aide bénévole pour les cancéreux. Je n’avais pas le cancer, mais ce centre m’accepta, à cause de ma bipolarité et de ma grande fatigue. Il commença une photothérapie avec T., des séances Ci-Cong, de gymnastique du Docteur Feldenkreis avec Liora. Il put bénéficier dans un autre centre bénévole de massage shiatsu avec Yoav. Il en bénéficia toutes les semaines de l'année dernière, jusqu'à ce que ce dernier quitte le centre pour raisons personnelles.
Il fut traité aussi par Anne Pisante de soins crano-sacral avec une fois par semaine. A présent, il continue encore ce traitement.
Quand Yoav fut parti, la secrétaire du centre lui a fait bénéficier des autres techniques pratiquées dans ce centre Yuri Stern, quand il y avait des places libres ou que les autres patients se décommandaient. Roger a pu ainsi être soigné par de la réflexologie, du shiatsu thaïlandais avec Magdalena, une petite femme d'une soixantaine d'années avec une force « de l'au-delà », de diverses techniques de massages dont une paradisiaque qui s'appelle le « massage papillon » (je pourrai détailler si tu me le demande).
J'ai oublié quelques autres techniques (le mot technique n'est pas bien employé dans ce contexte). Je vais essayer de me rappeler les noms de ces médecines alternatives qui l'ont remis miraculeusement sur pieds.
Ce fut une véritable renaissance pour Roger.

Depuis ton dernier courriel, ma tête s'est remise à faire tourner les courriels que je veux t'écrire.
Cette histoire m'est venue en pensant au « fil de ma santé ».
J'ai maintenant dix fils car j'ai ajouté le fil du « chemin de la spiritualité ».
Je t'écris en te lisant, pour te lire.
J'ai pensé, si tu veux ne pas te fatiguer à écrire, que tu pourrais installer un logiciel écrivant à partir de la voix ou un dictaphone brancher sur l'ordinateur et me l’envoyer.
Si tu veux aussi, je pourrais transcrire tes paroles.
Je pense que tu l'as déjà pensé, mais je te l'écris quand même.
Maintenant, je noue ce lien pour un autre fil ?
A tout à l'heure.
Grandes amitiés là, ici sur le trame.

Ychaï

P.S. : Que se passe-t-il avec « Netvision » ?


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