Jérusalem le 14 mai deux mil quatorze à dix neuf heures dix.
AnneAnne,
Si tu pouvais entendre le silence, tu entendrais quand j'écris « AnneAnne »,
un cri, « Anne Anne » un murmure, « Anne » un chuchotement.
Cérémonial pour t'écrire et vouloir de faire rire ou au moins
sourire. Je m'assois sur mes bains dérivatifs. J'écris lentement et maintenant
je corrige les textes.
Les bains dérivatifs me servent beaucoup depuis que je les ai
découverts.
Je me sens un peu lourd, cet après-midi. J'ai inventé une nouvelle
recette et en rentrant du studio, affamé, j'en ai trop mangé.
Je me sens coupable et triste de sentir mon ventre assez trop
rond.
L’histoire de cette recette, comme d'ailleurs toutes mes recettes,
vient de mon habitude du samedi pendant l'année scolaire.
Les danseurs anthroposophes, n'ayant pas classe le samedi,
(n'oublie pas que le samedi ici est le dimanche là-bas), le studio étant vide
et sans personne, me laisse une liberté pour visiter le frigidaire et vider ce
qu'ils ont laissé.
J'aime ce jour de solitude pour peindre et continuer ma fresque
mégalomane.
Ce samedi, j'ai trouvé deux gros colorabis, une vieille tomate et
un concombre, que je me suis empressé de ramener dans l'appartement.
J'ai mangé la tomate et le concombre, mais j'ai oublié les deux
colorabis, qui étaient dans le bac en bas à droite. Après deux ou trois jours,
je me souvenu de ces légumes, je les ai épluchés, ce qui n'est pas facile pour
moi, les ai découpés en grosses tranches, en ai mangé quelques unes et étant
rassasié, les ai remis dans une assiette et les ai encore oublié.
Après quelques temps, je les ai retrouvé un peu noircis. Comme je
n'aime pas jeter, j'ai inventé cette recette. J'avais acheté entre temps des artichauts,
que j'aime beaucoup, les ai mis à cuire dans un couscoussier et dans la
passoire, j'ai installé mes tranches de colorabis.
J'ai l'impression que le mail est parti encore tout seul.
AnneAnne
Pour attendrir mes tranches de colorabis, je les ai donc rangées
dans cette passoire qui se met au dessus du couscoussier.
Quand j'ai eu l'impression qu’elles étaient devenues tendres, je
les ai disposées dans un plat qui va au four et j'ai versé dessus une sauce que
j'avais auparavant faite.
Cette sauce de mon invention se composait de crème de
« trina », la trina est une crème faite à partir de graines de
sésames broyées, d'un jus de citron frais, d'eau pour clarifier la crème de
sésame, de graines de nigel,de graines de lin crues, de graines de
« Chia » contre le cholestérol, beaucoup d'ail en poudre pour mon
cœur, de poudre de gingembre pour ma force, de persil finement broyé pour la
couleur verte, (j’achète toutes ces épices toutes prêtes), de graines d'anis
pour le goût d'anisette qui me rappelle l'Algérie (c'est ma seule concession à
la nostalgie), de poudre de cumin aussi pour la nostalgie, de sel mais pas de
poivre que je ne supporte pas, et peut-être d'autres épices… tout bio et un peu
organique.
J'ai mis ce plat au four, attendu que le dessus du plat devienne
blond roussi. C'était tellement bon que j'en ai trop mangé.
Ce n'est que depuis que j'ai pris la décision de m'occuper de moi,
que je fais un peu de cuisine, toujours en improvisant, selon les restes des
marchés des anthroposophes.
Heureusement qu'il y a cinq niveaux de danseurs, donc cinq
classes, de A à F, donc les menus sont différents malgré qu'ils ne mangent ni
viandes ni poisson.
Je suis aussi devenu de plus en plus végétarien et végétalien,
pour ma santé et aussi pour réduire le coût de ma vie, étant soumis aux
arrivages de provisions dans le studio.
Les périodes les plus difficiles sont les vacances scolaires
pendant lesquelles le studio est vide.
Je supprime mon « je » mon « moi » pour te
raconter l'histoire de Roger. Non pas le supprimer, mais le mettre entre
parenthèses.
J’écoute presque sans arrêt une conférence de
F.Jullien./home/roger/CONFERENCE-tous/Philosophie/Philosophie du vivre, par
François Jullien – Conférence débat du 21012012_H264-512x384.mp4
Roger, il y a trois ans, était très,
très fatigué, ne pouvait monter ni les côtes, ni les escaliers. Pour faire les
courses de ravitaillement, il devait réfléchir et compter ses forces pour
pouvoir choisir entre se nourrir ou le jeûne. Il avait peur de descendre les
escaliers et de ne pas pouvoir les remonter.
Ceci pour t'expliquer cet état de
fatigue extrême, que les médecins essayaient de comprendre en lui faisant faire
des dizaines d'examens.
Une amie de Roger, Sharona, une
connaissance israélienne que Roger avait connue il y a trente ans, après un
concert donné pour le Festival d'Israël au printemps, lui indiqua un centre d'aide
bénévole pour les cancéreux. Je n’avais pas le cancer, mais ce centre m’accepta,
à cause de ma bipolarité et de ma grande fatigue. Il commença une photothérapie
avec T., des séances Ci-Cong, de gymnastique du Docteur Feldenkreis avec Liora.
Il put bénéficier dans un autre centre bénévole de massage shiatsu avec Yoav.
Il en bénéficia toutes les semaines de l'année dernière, jusqu'à ce que ce
dernier quitte le centre pour raisons personnelles.
Il fut traité aussi par Anne Pisante de
soins crano-sacral avec une fois par semaine. A présent, il continue encore ce
traitement.
Quand Yoav fut parti, la secrétaire du
centre lui a fait bénéficier des autres techniques pratiquées dans ce centre
Yuri Stern, quand il y avait des places libres ou que les autres patients se
décommandaient. Roger a pu ainsi être soigné par de la réflexologie, du shiatsu
thaïlandais avec Magdalena, une petite femme d'une soixantaine d'années avec
une force « de l'au-delà », de diverses techniques de massages dont
une paradisiaque qui s'appelle le « massage papillon » (je pourrai
détailler si tu me le demande).
J'ai oublié quelques autres techniques
(le mot technique n'est pas bien employé dans ce contexte). Je vais essayer de
me rappeler les noms de ces médecines alternatives qui l'ont remis
miraculeusement sur pieds.
Ce fut une véritable renaissance pour
Roger.
Depuis ton dernier courriel, ma tête s'est remise à faire tourner
les courriels que je veux t'écrire.
Cette histoire m'est venue en pensant au « fil de ma
santé ».
J'ai maintenant dix fils car j'ai ajouté le fil du « chemin
de la spiritualité ».
Je t'écris en te lisant, pour te lire.
J'ai pensé, si tu veux ne pas te fatiguer à écrire, que tu pourrais
installer un logiciel écrivant à partir de la voix ou un dictaphone brancher
sur l'ordinateur et me l’envoyer.
Si tu veux aussi, je pourrais transcrire tes paroles.
Je pense que tu l'as déjà pensé, mais je te l'écris quand même.
Maintenant, je noue ce lien pour un autre fil ?
A tout à l'heure.
Grandes amitiés là, ici sur le trame.
Ychaï
P.S. : Que se passe-t-il avec « Netvision » ?
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