lundi 20 juin 2016

6 juillet 2014 Roger

Suite du voyage en Iran
Jérusalem le six juillet deux mil quatorze à neuf heures cinq, heure israélienne.
J'ai du faire une erreur de date hier.

AnneAnne,
Je me suis énervé contre moi-même, hier, après avoir subi la disparition de mon texte par la faute de la bille rouge.
Mon neveu, à qui j'ai fait appel, a pu faire resurgir le texte, mais le choc émotif m'a laissé sans goût pour reprendre l'écriture hier soir. J'ai été me coucher.

Dubrovnik, la petite Venise. Actuellement en Croatie.
Je suis allé visiter mon élève Yaniv qui habite Zagreb, il y a trois ans.
Me revient à l'esprit, en pensant à l’itinéraire du voyage, cet arrêt que nous avions fait dans cette belle ville. Nous avions décidé d'y passer la nuit. En nous promenant sur le port, nous nous sommes arrêtés sur la jetée. J'ai joué longtemps sur la guitare que j'avais emportée en plus de tous nos bagages et que Serge a gardée sur son dos pendant tout le trajet.
Ce concert, avec pour seul auditeur mon élève Serge, m'a laissé un souvenir indélébile.

Daniel Epstein, mon ami philosophe, allant en vacances dans cette ville, à ma demande, est allé sur le lieu de ce concert.

Téhéran-Chémiran

Deux ou trois nuits à Chemiran, dans cette villa très agréable. Nous n'avons pas visité la ville. Mon obsession de ne pas rater l'ouverture de ce festival avait conquis le plaisir de faire du tourisme.
J'ai contacté le ministre de la culture en me présentant comme ethnomusicologue pour avoir un support et une aide. J'ai été reçu par un ministre très sympathique, qui après avoir entendu le récit et le but de mon voyage, a été stupéfait et m'a accordé la gratuité complète de l'hébergement avec les artistes du festival dans la cité que le gouvernement avait mis à leur disposition à Shiraz.
La nouvelle de mon arrivée en moto pour ce festival a provoqué des interviews que je n'ai pu lire, publiées en persan dans certains journaux.
J'ai contacté aussi d'autres musicologues. J'ai réussi à rencontrer la veuve d'un des plus grands musiciens. Il était décédé depuis quelques années. Elle m'a permis d'écouter des enregistrements de son mari. Je n'avais qu'un petit magnétophone que je n'ai pas osé mettre en marche, étant trop ému et fasciné par l'écoute de cette musique et le salon merveilleux où elle m'avait installé.
J'ai contacté aussi le docteur Safvate, un musicologue et grand musicien, ayant fait des études en France et parlant un français parfait.
Il avait écrit un livre sur la musique persane et était directeur d'un centre pour la préservation de cette musique.
Je savais qu'il était soufi ; je lui ai demandé de rencontrer son maître. Il m'a amené à une soirée où après quelques préludes, ce mystique kurde a joué de son instrument, le « tanbour ».
Ce maître, Elahi, est très connu maintenant en occident, grâce à ses enfants qui ont exploité son enseignement et sa musique.
Tout ce matériel est en ligne et les disques sont en vente. La musique était d'une grande beauté et les participants de cette soirée, (nous étions assis par terre à l'orientale), au fur et à mesure du jeu du maître, se balançaient en poussant des soupirs et de petits cris d'extases. Avant que le maître Elahi se mette à jouer, il avait distribué des petits morceaux de pain (béni par lui-même). Ne comprenant rien à ce qui se passait, j'avais mangé ce pain malgré le regard désapprobateur de mes voisins.
A la fin de cette soirée, le docteur Safvate m'a expliqué que ce morceau de pain n'était pas comme les hosties, ni comme le petit morceau de pain que le maître de maison distribue au repas de Chabbath, et qu'il aurait fallu que je le gardasse.
J'avais ressenti très fort cette musique mais, en occidental parfait et ayant pris une attitude de chercheur objectif, je n'étais pas rentré en transe. Je croyais qu'il était nécessaire, même dans ma recherche mystique, de feindre l'objectivité de la recherche.

Je m’arrête un peu, chère AnneAnne, pour me préparer à aller au studio ayant un rendez-vous avec Esti Haïm, une collègue de l'atelier de peinture de Mousrara, dans lequel nous avons peint ensemble pendant des années avec Hedi et Anatoli.
Mes amitiés et pensées chaleureuses, profondes et proches.
YchaÏ.


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