Suite du voyage en Iran
Jérusalem le six juillet deux mil
quatorze à neuf heures cinq, heure israélienne.
J'ai du faire une erreur de date hier.
AnneAnne,
Je me suis énervé contre moi-même, hier,
après avoir subi la disparition de mon texte par la faute de la bille rouge.
Mon neveu, à qui j'ai fait appel, a pu
faire resurgir le texte, mais le choc émotif m'a laissé sans goût pour reprendre
l'écriture hier soir. J'ai été me coucher.
Dubrovnik, la petite Venise.
Actuellement en Croatie.
Je suis allé visiter mon élève Yaniv qui
habite Zagreb, il y a trois ans.
Me revient à l'esprit, en pensant à
l’itinéraire du voyage, cet arrêt que nous avions fait dans cette belle ville.
Nous avions décidé d'y passer la nuit. En nous promenant sur le port, nous nous
sommes arrêtés sur la jetée. J'ai joué longtemps sur la guitare que j'avais
emportée en plus de tous nos bagages et que Serge a gardée sur son dos pendant
tout le trajet.
Ce concert, avec pour seul auditeur mon
élève Serge, m'a laissé un souvenir indélébile.
Daniel Epstein, mon ami philosophe,
allant en vacances dans cette ville, à ma demande, est allé sur le lieu de ce
concert.
Téhéran-Chémiran
Deux ou trois nuits à Chemiran, dans
cette villa très agréable. Nous n'avons pas visité la ville. Mon obsession de
ne pas rater l'ouverture de ce festival avait conquis le plaisir de faire du
tourisme.
J'ai contacté le ministre de la culture
en me présentant comme ethnomusicologue pour avoir un support et une aide. J'ai
été reçu par un ministre très sympathique, qui après avoir entendu
le récit et le but de mon voyage, a été stupéfait et m'a accordé la
gratuité complète de l'hébergement avec les artistes du festival dans la cité
que le gouvernement avait mis à leur disposition à Shiraz.
La nouvelle de mon arrivée en moto pour
ce festival a provoqué des interviews que je n'ai pu lire, publiées en persan
dans certains journaux.
J'ai contacté aussi d'autres
musicologues. J'ai réussi à rencontrer la veuve d'un des plus grands musiciens.
Il était décédé depuis quelques années. Elle m'a permis d'écouter des
enregistrements de son mari. Je n'avais qu'un petit magnétophone que je n'ai
pas osé mettre en marche, étant trop ému et fasciné par l'écoute de cette
musique et le salon merveilleux où elle m'avait installé.
J'ai contacté aussi le docteur Safvate,
un musicologue et grand musicien, ayant fait des études en France et parlant un
français parfait.
Il avait écrit un livre sur la musique
persane et était directeur d'un centre pour la préservation de cette musique.
Je savais qu'il était soufi ; je lui ai
demandé de rencontrer son maître. Il m'a amené à une soirée où après quelques
préludes, ce mystique kurde a joué de son instrument, le « tanbour ».
Ce maître, Elahi, est très connu maintenant
en occident, grâce à ses enfants qui ont exploité son enseignement et sa
musique.
Tout ce matériel est en ligne et les
disques sont en vente. La musique était d'une grande beauté et les participants
de cette soirée, (nous étions assis par terre à l'orientale), au fur et à
mesure du jeu du maître, se balançaient en poussant des soupirs et de petits
cris d'extases. Avant que le maître Elahi se mette à jouer, il avait distribué
des petits morceaux de pain (béni par lui-même). Ne comprenant rien à ce qui se
passait, j'avais mangé ce pain malgré le regard désapprobateur de mes voisins.
A la fin de cette soirée, le docteur
Safvate m'a expliqué que ce morceau de pain n'était pas comme les hosties, ni
comme le petit morceau de pain que le maître de maison distribue au repas de Chabbath,
et qu'il aurait fallu que je le gardasse.
J'avais ressenti très fort cette musique
mais, en occidental parfait et ayant pris une attitude de chercheur objectif,
je n'étais pas rentré en transe. Je croyais qu'il était nécessaire, même dans
ma recherche mystique, de feindre l'objectivité de la recherche.
Je m’arrête un peu, chère AnneAnne, pour
me préparer à aller au studio ayant un rendez-vous avec Esti Haïm, une collègue
de l'atelier de peinture de Mousrara, dans lequel nous avons peint ensemble
pendant des années avec Hedi et Anatoli.
Mes amitiés et pensées chaleureuses,
profondes et proches.
YchaÏ.
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