Jérusalem le quinze
mai deux mil quatorze à vingt heures cinquante trois.
Anneanne
Anne,
T'écrire
que je pense à toi !
Prendre le
silence et souffler avec un murmure pour que cette petite vibration chatouille
ton oreille.
Roger a
reçu un massage extraordinaire pour son épaule gauche qui le faisait souffrir
depuis des mois.
Un
massage, donné par Ronit, une bénévole du centre Yuri Stern, qui ne l'avait pas
encore soigné, un massage thaïlandais mélangé à du shiatsu, massage de tout le
corps qui a duré une heure, pressions avec les pouces, toutes sortes de
manipulations, qui ont fait qu’il s’est relevé sans aucune douleur à son
épaule gauche. Il était rentré dans un état paradisiaque.
Imaginer
le Paradis comme un lieu sans douleurs.
Cela
faisait quelques mois qu’il se faisait soigner, les résultats avec Ronit ont
dépassé ses espérances.
Ronit a
une application et un sérieux. Ce qui a provoqué, avec les pressions des pouces
et les manipulations, la disparition de la plupart des contractions.
J'ai passé
plus d'une heure à mettre dans des feuilles de plastique, qui iront dans des
classeurs, les lettres et les papiers que me permettent de préciser les
dates et les écoles où j'ai enseigné.
Je me sens
devenir archiviste.
J'ai
agrandi le tableau de la chronologie. Cela me rend heureux.
Le tableau
se construit avec le travail d'archives comme un puzzle. Toutes les petites
pièces sont étalées sur ma table.
Chaque
papier, chaque feuille de paye, chaque reçu, chaque photocopie de mes renvois,
de mon livret militaire, de mes impôts, me donne des dates et me rappellent des
itinéraires, des adresses et des noms oubliés.
Un travail
d'archéologue grattant et essuyant la poussière de ses petites pierres, que
sont les petits papiers à relire pour écrire mon récit.
J'ai passé
aujourd'hui plus de temps que d’habitude au studio. Je suis parti pour mon
rendez-vous du jeudi chez Tali.
J'ai
commencé à préparer les peintures pour finir les dix premiers panneaux. Ils ont
déjà une forme, trois mètres soixante de long sur deux mètres vingt de hauteur.
Ce n'est
que le début de mon projet. Je peux commencer à peindre après toutes ces
semaines de préparation, de collage, et de désespoir.
Un des
murs dans le salon du studio sera suffisant pour les exposer et les voir. Pour
avoir une continuité, je devrai enlever au fur et à mesure les premiers
panneaux et ajouter la suite sur le mur.
Comme je
ne sais pas quand je vais m’arrêter, je ne peux te dire la longueur finale de
cette peinture. Des impressions de bleu qui passeront par le vert et peu à peu
à l'orange, par le jaune, le rouge…
J'attends
le vidéaste qui viendra d'Amsterdam pour filmer un grand collage que j’ai
réalisé, il y a vingt ans. Ce sera la deuxième fois qu'il sera exposé.
Je l'avais
appelé « Totalité et Infini » en hommage à E. Levinas, mais je ne
suis pas sûr de garder ce titre.
Est-ce que
je n’ai pas déjà écrit cela ?
Le bleu,
c'est le fil de la couleur qui revient souvent dans mes peintures, le jaune un
peu aussi. Le bleu de la mer et du ciel du Cap Falcon, devant lequel je restais
immobile à contempler jusqu'au bout de mes forces.
Je restais
fasciné par la lumière jaune de l'ampoule de la lampe posée sur ma table
d'écolier. Au lieu de faire mes devoirs d'écolier, je fixais cette ampoule
longuement pour m'éblouir.
Je
retrouve dans ces fouilles que je fais sans aucune nostalgie, la fureur de cet
enfant que j'étais.
Mon
mécano, étant le numéro inférieur à celui de mon frère, dans mon imagination il
était supérieur. J’étais jaloux de son mécano, cherchant à terminer la
construction de la pièce que je montais en lui volant des pièces manquantes.
J'avalais
ma colère en m'allongeant sur le grand balcon de l'appartement pour me faire
brûler par le soleil.
Un balcon
de cent mètres de long et d’un mètre de large, sur lequel j'ai accompli des
exploits et des prouesses que, seul un enfant désespéré et en demande
d'amour peut faire, inconscient de la mort.
AnneAnne,
Je te
souhaite une bonne nuit.
Ychaï
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