Jérusalem le deux juillet deux mil
quatorze à dix neuf heures trente, heure israélienne. J'attends que vous soyez
à la même heure.
Journée très chaude où il faut beaucoup
boire pour ne pas se dessécher.
Je reprends ce courriel sans me souvenir
de ce que j'ai écrit ce matin.
Serait – ce une petite partie de mon
journal de la journée du premier juillet ?
Tu demandes qui est avec cette personne
sur la photo, mais je ne sais pas de quelle photo il s'agit.
Je dois faire monter les archives. Ce
soir, je suis trop paresseux pour le faire.
Le voyage en Iran, suite.
Nous sommes restés, Serge et moi, deux
jours à Istanbul, pour nous reposer et visiter un peu cette ville. J'ai gardé
le goût des sardines grillées, servies de la barque accostée à la jetée où nous
nous tenions, pour les déguster.
J'ai gardé dans mes yeux ce bleu
merveilleux des céramiques de l'église Sainte-Sophie.
Les essais des enfants qui voulait
toucher la moto et que nous devions défendre pour ne pas continuer le voyage à
pied. A l'hôtel, la porte ne fermait pas, alors nous avions posé le matelas
contre cette porte.
Les restaurants et les odeurs de ces
plats cuisinés noyés dans l'huile jusqu'au cou.
La confiture de roses avec le café turc,
assis dans un petit café avant de reprendre la route. Une route longue. Nous
avons mis plus d'un jour à rouler avant d'arriver au bas du plateau iranien.
Tout un parcours difficile. Traverser les villages était une épreuve : la grande
spécialité des garçons, en guise de salut, était d’exhiber leur sexe.
Nous avons commencé la montée vers
l'Iran, qui fut longue. Arrivés à Tabriz avant le coucher du soleil, nous avons
pu admirer cette couleur turquoise d'un ciel magnifique.
Nous avons été aussi très touchés par un
accueil chaleureux où le premier geste était de nous apporter de l'eau.
Nous étions entrés dans un autre monde.
Tout était très différent : les paysages, la gentillesse de ce peuple, la
douceur de leur langue… Après le passage de l'Europe à l'Asie, je pouvais
comparer avec ma sensibilité de petit faux pied-noir, la gentillesse ou
l'agressivité des pays que nous avions traversés.
J'étais passé, même vite et inconscient
dans trois continents.
Le fil qui reliait ces voyages n’était
pas la curiosité ni faire du tourisme mais mon obsession constante de la
musique et la découverte des personnes possédant ce don.
J'avais l'intuition que je trouverais et
je l'ai trouvée : l'unité d'une vie artistique et spirituelle.
De Tabriz, en passant par les villages
et les petites villes, nous sommes arrivés à Téhéran.
Je devrais consulter une carte pour me
souvenir de l’itinéraire et des noms.
AnneAnne,
Je continuerai plus tard.
Mes yeux me brûlent un peu. Je fais
comme Shéhérazade, je te fais attendre pour ne pas mourir si je finis d’écrire
les histoires.
Je sens qu'il me faut plus d'une page
pour sentir la chaleur de l'écriture.
M'échauffer à ne pouvoir arrêter
d'écrire.
Pour l'instant, je t'envoie avec la
chaleur du vent « Ramsin », les cinq vents du désert, ce « Ramsin »
qui nous a fait boire quatre ou cinq litres d'eau et transpirer six litres, mes
amitiés et la joie que j'ai eue à te lire.
Donc la joie.
Ychaï
P.S.
J'ai rendez-vous avec André Hajdu à vingt
heures quarante cinq, dans le petit café qui s’appelle le « Café Jardin »,
rue de la « Maison du Pain ». Ce café étant toujours vide depuis plus
de vingt ans, je soupçonne que ce soit un café de la Mafia qui sert de façade
pour blanchir l'argent du haschisch qui arrive en Israël par le Sinaï. Cette
même montagne très belle qui a servi à Moïse à transmettre Le Livre. J'y suis
monté en faisant le seul petit voyage de trois jours en mil neuf cent quatre
vingt deux dans ce désert.
A raconter, je l'avais presque oublié.
Je te lis et je ne sais pas si je te
réponds.
Re – Ychaï
« Re – re » pour « encore »
et non « R » pour Roger.
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