lundi 20 juin 2016

2 juillet 2014 Roger 2

Jérusalem le deux juillet deux mil quatorze à dix neuf heures trente, heure israélienne. J'attends que vous soyez à la même heure.
Journée très chaude où il faut beaucoup boire pour ne pas se dessécher.

AnneAnne,
Je reprends ce courriel sans me souvenir de ce que j'ai écrit ce matin.
Serait – ce une petite partie de mon journal de la journée du premier juillet ?
Tu demandes qui est avec cette personne sur la photo, mais je ne sais pas de quelle photo il s'agit.
Je dois faire monter les archives. Ce soir, je suis trop paresseux pour le faire.
Le voyage en Iran, suite.
Nous sommes restés, Serge et moi, deux jours à Istanbul, pour nous reposer et visiter un peu cette ville. J'ai gardé le goût des sardines grillées, servies de la barque accostée à la jetée où nous nous tenions, pour les déguster.
J'ai gardé dans mes yeux ce bleu merveilleux des céramiques de l'église Sainte-Sophie.
Les essais des enfants qui voulait toucher la moto et que nous devions défendre pour ne pas continuer le voyage à pied. A l'hôtel, la porte ne fermait pas, alors nous avions posé le matelas contre cette porte.
Les restaurants et les odeurs de ces plats cuisinés noyés dans l'huile jusqu'au cou.
La confiture de roses avec le café turc, assis dans un petit café avant de reprendre la route. Une route longue. Nous avons mis plus d'un jour à rouler avant d'arriver au bas du plateau iranien. Tout un parcours difficile. Traverser les villages était une épreuve : la grande spécialité des garçons, en guise de salut, était d’exhiber leur sexe.
Nous avons commencé la montée vers l'Iran, qui fut longue. Arrivés à Tabriz avant le coucher du soleil, nous avons pu admirer cette couleur turquoise d'un ciel magnifique.
Nous avons été aussi très touchés par un accueil chaleureux où le premier geste était de nous apporter de l'eau.
Nous étions entrés dans un autre monde. Tout était très différent : les paysages, la gentillesse de ce peuple, la douceur de leur langue… Après le passage de l'Europe à l'Asie, je pouvais comparer avec ma sensibilité de petit faux pied-noir, la gentillesse ou l'agressivité des pays que nous avions traversés.
J'étais passé, même vite et inconscient dans trois continents.
Le fil qui reliait ces voyages n’était pas la curiosité ni faire du tourisme mais mon obsession constante de la musique et la découverte des personnes possédant ce don.
J'avais l'intuition que je trouverais et je l'ai trouvée : l'unité d'une vie artistique et spirituelle.
De Tabriz, en passant par les villages et les petites villes, nous sommes arrivés à Téhéran.

Je devrais consulter une carte pour me souvenir de l’itinéraire et des noms.
AnneAnne,
Je continuerai plus tard.
Mes yeux me brûlent un peu. Je fais comme Shéhérazade, je te fais attendre pour ne pas mourir si je finis d’écrire les histoires.
Je sens qu'il me faut plus d'une page pour sentir la chaleur de l'écriture.
M'échauffer à ne pouvoir arrêter d'écrire.
Pour l'instant, je t'envoie avec la chaleur du vent « Ramsin », les cinq vents du désert, ce « Ramsin » qui nous a fait boire quatre ou cinq litres d'eau et transpirer six litres, mes amitiés et la joie que j'ai eue à te lire.
Donc la joie.
Ychaï
P.S.
J'ai rendez-vous avec André Hajdu à vingt heures quarante cinq, dans le petit café qui s’appelle le « Café Jardin », rue de la « Maison du Pain ». Ce café étant toujours vide depuis plus de vingt ans, je soupçonne que ce soit un café de la Mafia qui sert de façade pour blanchir l'argent du haschisch qui arrive en Israël par le Sinaï. Cette même montagne très belle qui a servi à Moïse à transmettre Le Livre. J'y suis monté en faisant le seul petit voyage de trois jours en mil neuf cent quatre vingt deux dans ce désert.
A raconter, je l'avais presque oublié.
Je te lis et je ne sais pas si je te réponds.
Re – Ychaï
« Re – re » pour « encore » et non « R » pour Roger.



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