lundi 20 juin 2016

15 juin 2014 Roger

Jérusalem le quinze juin deux mil quatorze à vingt deux heures quinze, heure israélienne.

AnneAnne,
Comme ne pas écrire que je pense à toi, que j'imagine !
Des images construites par les souvenirs de tes courriels.
Voilà, nous sommes déjà le quinze juin, je prépare un peu le montage du tableau pour Vendredi, envoie les invitations où je demande aux invitées et invités d'apporter leurs boissons et leurs gâteaux, leurs jumelles et télescopes pour voir les détails de ce collage et entendre mes amies et amis musiciens qui viendront jouer, chanter…
Stephen Horenstein, compositeur, saxophoniste de tous les saxophones, clarinettiste et pianiste avec qui j'ai joué dans son groupe pendant plusieurs années.
Harel Yair, un ancien élève, chanteur et percussionniste, spécialisé dans le répertoire religieux (psaumes etc …)
Victoria Hanna, chanteuse, improvisatrice extraordinaire.
Meirav, Chanteuse, ancienne élève, mariée à Yair, se sont connus dans mon cours d'improvisation.
Yoni Niv, violoncelliste, chanteur, élève d'André, sa belle-mère Anne P. me soigne tous les jeudis (crano-sacral).
Eytan Kirch, contrebassiste, chanteur et guitariste, musicien du groupe d'André avec Yoni, Yair et Baroukh Brenner.
Eytan vient avec son ami qui joue des marimbas et que je ne connais pas.
Baroukh Brenner, chanteur, acteur, danseur, metteur en scène, rabbin.
Yoram Zerbib, guitariste, concertiste, ancien élève et maintenant collègue à l’académie de musique et de danse, de Josi Urshalmi, mon ami depuis mil neuf cent quatre vingt un, date de mon arrivée dans ce pays.
Urshalmi vient d'Iran et connaît la musique savante Perse. Il a appris dans son enfance le santour (cithare sur table joué avec des baguettes) et s'est spécialisé dans la guitare classique.
Je ne prépare ni ne dirige rien. Je laisse tout ce monde se débrouiller pour s'organiser.
Je suis inquiet de savoir comment je peux louer un télescope.
J'ai pensé, si je ne trouve pas de télescope, à demander au vidéaste de trouver un matériel qui puisse projeter sur un autre mur les détails du tableau.
Je t'enverrai, si tu le veux, la vidéo quand elle sera prête.
Aujourd'hui, assis dans un café, attendant l'heure de mon rendez-vous (quatorze heures, heure israélienne) chez le dentiste, j'ai écrit dans mon calepin de poche, la liste des instruments que j'ai appris et la liste des amis. Les noms ont resurgi. Grâce à mes carnets d'adresses retrouvés dans mon armoire à archives. Ils ont été très utiles, j'ai pu remonter aux adresses et noms datant de mil neuf cent cinquante quatre.
J'ai aussi classifié tous mes billets d'avions et de train. J'hésite encore à les jeter en attendant d'être certain de l'exactitude chronologique de mes voyages.
Je deviens archéologue obsessionnel de mes papiers, heureux des résultats qui me donnent l’impression de combler les trous de ma mémoire.
Mon devenir papillon s'affirme sur le tableau chronologique qui se construit. Cela ne me donne pas d'amertume.
L'amertume de ne pas rouler à grande vitesse sur l'autoroute comme l'on apprend à l'école, mais la joie d'être lent, marchant à pied dans les petits chemins. Avoir le sentiment de commencement infini. Je papillonne de fil en fil, de ligne en ligne, de feuille en feuille, de tableau en tableau.
A onze heures ce matin, rendez-vous de conciliation pour mon appartement volé par un promoteur. Cela dure depuis sept ans. Ce sera une autre histoire à t'écrire.
Je suis sorti de ce rendez – vous. Sans être trop déprimé. J'ai marché vers le centre ville, j'avais rendez-vous avec Esti Haïm. Je suis allé ensuite chez le dentiste.
Ce serait tellement bien si tu pouvais choisir les histoires, comme choisir dans la carte un plat dans restaurant.
Esti Haïm est une collègue de l'atelier de peinture. J’ai peint dans cet atelier pendant plus de dix ans. Anatoli Basin était le professeur pendant quelques années avant de passer la place à Hedi. Le groupe s'appelait « Jérusalmix ». Autre histoire…
Estie enseigne la langue hébraïque aux nouveaux arrivants que l’on appelle « olim », qui se traduit par « les montants ».
Nous avons exposé plusieurs fois avec le groupe « Jerusalmix ».
Je suis revenu à l'appartement Dereh Hevron. J'ai eu juste un peu de temps pour me restaurer avant de partir à mon cours de Chi Cong avec Liora qui, elle aussi, grâce à son enseignement, m'a remis littéralement sur pied. Je participe aussi avec elle à un cours de gymnastique Feldenkrais. A la fin du cours, je suis revenu pour un peu de temps, boulevard Hebron, avant d'aller au studio peindre un peu et donner un cours de chant à un danseur eurythmique, qui m'a demandé de lui apprendre des chansons françaises.
J'ai presque terminé d’apprendre à Tamir : « Dans l'eau de la claire fontaine, elle se baignait toute nue ».
Ce courriel me donne l'impression de te doucher avec l'emploi du temps de cette journée de dimanche.
Le dimanche n'est pas un jour férié dans ce pays.
Je voulais t'écrire tout autre chose.
Je voulais écrire sur le voyage en Iran en mil neuf cent soixante neuf, à mon retour de Hongrie, après avoir fait connaissance avec Djamchid Chémirani.
J'ai été le seul élève à qui il a demandé de partir en Iran pour acheter le Zarb (tambour en forme de calice). Cela fait deux ou trois fois que je veux écrire sur ce voyage et je bifurque.
AnneAnne,
Il est presque onze heures trente, heure israélienne, je voudrais m'allonger un peu pour attendre l'aube.
Je me souviens que tu dois rentrer de la campagne ce lundi, je te souhaite un bon voyage, une bonne nuit.
J’envoie un grand souffle réparateur d'amitié.  
Bonne nuit.

Ychaï


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