Jérusalem le quinze juin deux mil
quatorze à vingt deux heures quinze, heure israélienne.
AnneAnne,
Comme ne pas écrire que je pense à toi,
que j'imagine !
Des images construites par les souvenirs
de tes courriels.
Voilà, nous sommes déjà le quinze juin,
je prépare un peu le montage du tableau pour Vendredi, envoie les invitations
où je demande aux invitées et invités d'apporter leurs boissons et leurs
gâteaux, leurs jumelles et télescopes pour voir les détails de ce collage et
entendre mes amies et amis musiciens qui viendront jouer, chanter…
Stephen Horenstein, compositeur,
saxophoniste de tous les saxophones, clarinettiste et pianiste avec qui j'ai
joué dans son groupe pendant plusieurs années.
Harel Yair, un ancien élève, chanteur et
percussionniste, spécialisé dans le répertoire religieux (psaumes etc …)
Victoria Hanna, chanteuse,
improvisatrice extraordinaire.
Meirav, Chanteuse, ancienne élève,
mariée à Yair, se sont connus dans mon cours d'improvisation.
Yoni Niv, violoncelliste, chanteur,
élève d'André, sa belle-mère Anne P. me soigne tous les jeudis (crano-sacral).
Eytan Kirch, contrebassiste, chanteur et
guitariste, musicien du groupe d'André avec Yoni, Yair et Baroukh Brenner.
Eytan vient avec son ami qui joue des
marimbas et que je ne connais pas.
Baroukh Brenner, chanteur, acteur,
danseur, metteur en scène, rabbin.
Yoram Zerbib, guitariste, concertiste, ancien
élève et maintenant collègue à l’académie de musique et de danse, de Josi
Urshalmi, mon ami depuis mil neuf cent quatre vingt un, date de mon arrivée
dans ce pays.
Urshalmi vient d'Iran et connaît la
musique savante Perse. Il a appris dans son enfance le santour (cithare sur
table joué avec des baguettes) et s'est spécialisé dans la guitare classique.
Je ne prépare ni ne dirige rien. Je
laisse tout ce monde se débrouiller pour s'organiser.
Je suis inquiet de savoir comment je
peux louer un télescope.
J'ai pensé, si je ne trouve pas de
télescope, à demander au vidéaste de trouver un matériel qui puisse projeter sur
un autre mur les détails du tableau.
Je t'enverrai, si tu le veux, la vidéo
quand elle sera prête.
Aujourd'hui, assis dans un café,
attendant l'heure de mon rendez-vous (quatorze heures, heure israélienne) chez
le dentiste, j'ai écrit dans mon calepin de poche, la liste des instruments que
j'ai appris et la liste des amis. Les noms ont resurgi. Grâce à mes carnets
d'adresses retrouvés dans mon armoire à archives. Ils ont été très utiles, j'ai
pu remonter aux adresses et noms datant de mil neuf cent cinquante quatre.
J'ai aussi classifié tous mes billets
d'avions et de train. J'hésite encore à les jeter en attendant d'être certain
de l'exactitude chronologique de mes voyages.
Je deviens archéologue obsessionnel de mes papiers,
heureux des résultats qui me donnent l’impression de combler les trous de ma
mémoire.
Mon devenir papillon s'affirme sur le
tableau chronologique qui se construit. Cela ne me donne pas d'amertume.
L'amertume de ne pas rouler à grande
vitesse sur l'autoroute comme l'on apprend à l'école, mais la joie d'être lent,
marchant à pied dans les petits chemins. Avoir le sentiment de commencement
infini. Je papillonne de fil en fil, de ligne en ligne, de feuille en feuille,
de tableau en tableau.
A onze heures ce matin, rendez-vous de
conciliation pour mon appartement volé par un promoteur. Cela dure depuis sept
ans. Ce sera une autre histoire à t'écrire.
Je suis sorti de ce rendez – vous. Sans
être trop déprimé. J'ai marché vers le centre ville, j'avais rendez-vous avec
Esti Haïm. Je suis allé ensuite chez le dentiste.
Ce serait tellement bien si tu pouvais
choisir les histoires, comme choisir dans la carte un plat dans restaurant.
Esti Haïm est une collègue de l'atelier
de peinture. J’ai peint dans cet atelier pendant plus de dix ans. Anatoli Basin
était le professeur pendant quelques années avant de passer la place à Hedi. Le
groupe s'appelait « Jérusalmix ». Autre histoire…
Estie enseigne la langue hébraïque aux
nouveaux arrivants que l’on appelle « olim », qui se traduit par
« les montants ».
Nous avons exposé plusieurs fois avec le
groupe « Jerusalmix ».
Je suis revenu à l'appartement Dereh
Hevron. J'ai eu juste un peu de temps pour me restaurer avant de partir à mon
cours de Chi Cong avec Liora qui, elle aussi, grâce à son enseignement, m'a remis
littéralement sur pied. Je participe aussi avec elle à un cours de gymnastique
Feldenkrais. A la fin du cours, je suis revenu pour un peu de temps, boulevard
Hebron, avant d'aller au studio peindre un peu et donner un cours de chant à un
danseur eurythmique, qui m'a demandé de lui apprendre des chansons françaises.
J'ai presque terminé d’apprendre à Tamir :
« Dans l'eau de la claire fontaine, elle se baignait toute nue ».
Ce courriel me donne l'impression de te
doucher avec l'emploi du temps de cette journée de dimanche.
Le dimanche n'est pas un jour férié dans
ce pays.
Je voulais t'écrire tout autre chose.
Je voulais écrire sur le voyage en Iran
en mil neuf cent soixante neuf, à mon retour de Hongrie, après avoir fait
connaissance avec Djamchid Chémirani.
J'ai été le seul élève à qui il a
demandé de partir en Iran pour acheter le Zarb (tambour en forme de calice).
Cela fait deux ou trois fois que je veux écrire sur ce voyage et je bifurque.
AnneAnne,
Il est presque onze heures trente, heure
israélienne, je voudrais m'allonger un peu pour attendre l'aube.
Je me souviens que tu dois rentrer de la
campagne ce lundi, je te souhaite un bon voyage, une bonne nuit.
J’envoie un grand souffle réparateur d'amitié.
Bonne nuit.
Ychaï
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