lundi 13 juin 2016

25 avril 2014 Roger

Merci, Anne, je n'écris pas « Chère » en vertu de ce que j'ai écrit hier.
Anne, sais-tu que je n'écris pas mais, que je t'écris.
                  
En attendant de commencer l'histoire d'André H., mon ami compositeur ayant fui, en mil neuf cinquante six, les chars russes.
J'installe sur mon siège les glaçons de mon traitement « bains dérivatifs ».
J'ai rencontré André H., il y a cinquante sept ans, en allant visiter mon frère, Henri, qui logeait à la Maison des Etudiants Juifs, au neuf, rue Guy Patin, à Paris.
A partir de cette rencontre, le chemin de ma vie est lié à André H., les rencontres d'amis comme Hedi T., Miki, Dadou, Sidi, toute ma vie, ma vie musicale, et beaucoup de choses… 
Je sortais de la « Clinique de l'Ermitage » d'Alger, assez esquinté. J'ai été envoyé dans un  foyer  juif, « avenue de la Forêt Noire », à Strasbourg. 
Après avoir été renvoyé du foyer et de l'école d'apprentis, je suis arrivé à Paris. Je vivais seul dans une chambre louée chez une femme âgée, juive polonaise rescapée des camps, dans un appartement situé à côté du boulevard de la Villette, rue Corentin Cariou.
Un appartement où il fallait se laver dans un évier en pierre  et sortir entre deux étages pour faire ses besoins. 
J'étais traumatisé, ayant, dans mon enfance alors encore proche, disposé de la salle de bains de mes parents, où se trouvaient deux lavabos jumeaux, un bidet, une table pour les soins esthétiques de ma mère, une cabine de douche en maçonnerie, construite comme un petit sauna. La plus belle chose de cette salle de bain était la fenêtre d’où l'on pouvait sentir la mer.
Dans les toilettes, il y avait aussi une petite lucarne. Je montais sur la cuvette pour respirer l'odeur des petites marées de la Méditerranée. 
Visitant mon frère dans ce foyer, à Paris, dixième arrondissement, il y avait au sous-sol le réfectoire, où petit déjeunait mon frère tardivement.
J'ai entendu une musique de piano, j'ai suivi les notes d'un prélude de Chopin, je suis arrivé devant une porte avec une vitre transparente rectangulaire au milieu, me suis tenu debout pour écouter, déjà fasciné.
André H., intuitivement a senti ma présence, s'est levé, a ouvert la porte en m'invitant à entrer dans le salon de musique.
Je ne parvenais pas à ouvrir la bouche. André H. s'est remis au piano et je suis entré dans un rêve qui continue jusqu'à ce jour.
André H. a quatre vingt deux ans, me téléphone deux fois par semaine. En général nous nous rencontrons dans un petit café,  « le Lieu d’Isaac », rue de la Route de la Maison du Main, (Beit Lehem –« Google Map »-) un café qui me rappelle l'Italie. J'écoute André H. raconter ses activités, ses pensées, ses graves problèmes de constipation et de dos, le dernier de ses poèmes ou de ses compositions musicales. Il est insomniaque et compose la nuit, entre des essais de réduire sa constipation. 
Il est de plus en plus sourd. Je n'accepte de le rencontrer que si il n'oublie pas ses appareils auditifs.
Il est aussi un peu autiste. Quand l'envie me prend de lui raconter un peu ma vie, je dois pousser un hurlement pour qu’il cesse de parler. Alors je peux prendre, seulement pour un petit moment la parole.
J'ai failli me fâcher définitivement avec lui, il y a deux mois, à cause de sa femme. Au téléphone, pour défendre sa femme, il m'avait dit des paroles désobligeantes.
Mais, comme il est quand même sensible, il a senti ma douleur et ma volonté de rompre.
Il m'a téléphoné et nous nous sommes rencontré chez Isaac. 
Après quelques minutes où nous nous observions, je lui ai exposé mes griefs.
Il m'a dit : « Après cinquante sept ans d'amitié, aucune raison ne peut briser notre relation ».
Cela m’a calmé. Nos relations sont devenues meilleures, de plus en plus équilibrées, chaleureuses, libres et ouvertes.
Par André H., j'ai connu Hedi Tarjan en Hongrie, lors de mon premier voyage dans ce pays J'habitais chez Miki et Szugi.
Miklos était leur chef scout, dirigeait un groupe de scouts pour la plupart juifs. Miki, Miklos, est devenu par la suite le « Pape » de l'avant-garde hongroise. Pendant l'invasion de la Hongrie en mil neuf cent cinquante six, il a eu des activités politiques. Il a organisé une récolte d'argent en faisant mettre des caisses dans les rues. Les gens y mettaient de l'argent avec beaucoup d’ardeur.
Les coffres n'étaient pas gardés et il n'y eu aucun vol.
Avec André H., je suis devenu ethnomusicologue, à l'Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales. Je n'ai pas terminé mon diplôme que j’avais intitulé « la guitare dans la musique gitane en Espagne ». Je n’ai écrit que cinq ou six pages.
Après la rencontre avec Djamchid Chémirani, j’ai changé d’orientation pour mon diplôme. J’avais l’intention d’écrire sur un instrument persan, « setar ».
Chemirani veut dire « qui vient de Chemiran », petit village ou banlieue de Téhéran.
Djamchid Chémirani est mon professeur de Dombak ou zarb persan. Il est devenu mon ami. Il habite depuis quarante ans à Saint-Maime, à environ cent kilomètres de Marseille sur la route Napoléon.
Bien sûr, ne t’inquiète pas, je vais essayer de construire des chapitres, « André H. la suite », « Miki et la Hongrie ».
J'ai eu une bourse d'études d'un an à Budapest à l’académie Franz Liszt (le « sz » est hongrois, par exemple, « Szuszi », se prononce « j »).
Un chapitre ou plus sur Hedi T., Hedi T. en Hongrie, à Paris et en Israël et bien d'autres chapitres.
Un chapitre où j'essayerai de tracer tout ce qui vient d'André H. A mon avis, dans ma vie, presque tout. Il sera très long.
Un autre chapitre sur mon mariage tardif et  mon divorce après quatre années sans enfant et sans amour. 
Je pense que nous n'avons pas eu d'enfants, parce que je me suis aperçu très tôt que ma femme (petite bourgeoise née à Constantine) ne m'aimait pas.
Un chapitre pour développer cela.
J'ai voulu et j'espère encore être un artiste, j'ai commencé, vers l’âge de sept ans, à apprendre le violon.
A développer. 
Ce chapitre sur mes activités musicales reste lié dans ma mémoire avec ma tante Nelly F. Elle vit toujours à Paris. Elle a quatre vingt douze ans. Depuis quelques années, je dors chez elle, au cours de mes voyages en France. Tel-Aviv, Paris, Marseille ou Tel-Aviv, Marseille, Paris. Être plus explicite.
J'avais deux violons, un tout petit, un quart, et un demi de taille.
Seul vers douze ans, je les ai vendu sans l'avis de mes parents pour m'acheter ma première guitare. Je n'avais perdu le goût du violon, mais, mon professeur de violon étant mort, je ne voulais pas, en souvenir de lui, continuer cet instrument.
J'avais été marqué dans mes premières études de musique par la mort. 
Ce n'est pas la seule expérience avec la mort. La mort a changé plusieurs fois le cours de ma vie.

Je dois changer la glace qui a fondu sous mes fesses, il s'est passé beaucoup de temps. J'ai encore tellement de choses à écrire. Tellement de chapitres et de récits.

Bonne nuit.

Si je me réveille au cours de ma nuit, je reprendrai quelque part mon récit.

Ychaï, Casqueta.


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