Merci, Anne, je n'écris pas « Chère » en vertu de ce que j'ai
écrit hier.
Anne, sais-tu que je n'écris
pas mais, que je t'écris.
En attendant de commencer
l'histoire d'André H., mon ami compositeur ayant fui, en mil neuf cinquante six,
les chars russes.
J'installe sur mon siège les
glaçons de mon traitement « bains dérivatifs ».
J'ai rencontré André
H., il y a cinquante sept ans, en allant visiter mon frère, Henri,
qui logeait à la Maison des Etudiants Juifs, au neuf, rue Guy Patin, à Paris.
A partir de cette
rencontre, le chemin de ma vie est lié à André H., les rencontres d'amis comme
Hedi T., Miki, Dadou, Sidi, toute ma vie, ma vie musicale, et beaucoup de
choses…
Je sortais de la
« Clinique de l'Ermitage » d'Alger, assez esquinté. J'ai été
envoyé dans un foyer juif, « avenue de la Forêt
Noire », à Strasbourg.
Après avoir
été renvoyé du foyer et de l'école d'apprentis, je suis arrivé à
Paris. Je vivais seul dans une chambre louée
chez une femme âgée, juive polonaise rescapée des camps, dans un
appartement situé à côté du boulevard de la Villette, rue Corentin Cariou.
Un appartement où il
fallait se laver dans un évier en pierre et sortir entre deux étages pour
faire ses besoins.
J'étais traumatisé,
ayant, dans mon enfance alors encore proche, disposé de la salle de bains de
mes parents, où se trouvaient deux lavabos jumeaux, un bidet, une table pour
les soins esthétiques de ma mère, une cabine de douche en maçonnerie, construite comme
un petit sauna. La plus belle chose de cette salle de bain était la fenêtre d’où
l'on pouvait sentir la mer.
Dans les toilettes, il y
avait aussi une petite lucarne. Je montais sur la cuvette pour respirer l'odeur
des petites marées de la Méditerranée.
Visitant mon frère dans
ce foyer, à Paris, dixième arrondissement, il y avait au sous-sol
le réfectoire, où petit déjeunait mon frère tardivement.
J'ai entendu
une musique de piano, j'ai suivi les notes d'un prélude de
Chopin, je suis arrivé devant une porte avec une vitre transparente rectangulaire
au milieu, me suis tenu debout pour écouter, déjà fasciné.
André H., intuitivement a
senti ma présence, s'est levé, a ouvert la porte en m'invitant à entrer
dans le salon de musique.
Je ne parvenais pas à
ouvrir la bouche. André H. s'est remis au piano et je suis entré dans un rêve
qui continue jusqu'à ce jour.
André H. a quatre vingt
deux ans, me téléphone deux fois par semaine. En général nous nous rencontrons
dans un petit café, « le Lieu d’Isaac », rue de la Route de la
Maison du Main, (Beit Lehem –« Google Map »-) un café qui me rappelle
l'Italie. J'écoute André H. raconter ses activités, ses pensées, ses
graves problèmes de constipation et de dos, le dernier de ses poèmes ou de ses
compositions musicales. Il est insomniaque et compose la nuit, entre des
essais de réduire sa constipation.
Il est de plus en plus
sourd. Je n'accepte de le rencontrer que si il n'oublie pas ses appareils
auditifs.
Il est aussi un peu
autiste. Quand l'envie me prend de lui raconter un peu ma vie, je dois pousser
un hurlement pour qu’il cesse de parler. Alors je peux prendre, seulement pour
un petit moment la parole.
J'ai failli
me fâcher définitivement avec lui, il y a deux mois, à cause de sa
femme. Au téléphone, pour défendre sa femme, il m'avait dit des paroles désobligeantes.
Mais, comme il est quand
même sensible, il a senti ma douleur et ma volonté de rompre.
Il m'a téléphoné et nous
nous sommes rencontré chez Isaac.
Après quelques minutes où
nous nous observions, je lui ai exposé mes griefs.
Il m'a dit : « Après cinquante
sept ans d'amitié, aucune raison ne peut briser notre relation ».
Cela m’a calmé. Nos
relations sont devenues meilleures, de plus en plus équilibrées, chaleureuses,
libres et ouvertes.
Par André H., j'ai connu
Hedi Tarjan en Hongrie, lors de mon premier voyage dans ce pays J'habitais chez
Miki et Szugi.
Miklos était leur chef
scout, dirigeait un groupe de scouts pour la plupart juifs. Miki, Miklos, est
devenu par la suite le « Pape » de l'avant-garde hongroise. Pendant l'invasion
de la Hongrie en mil neuf cent cinquante six, il a eu des activités politiques.
Il a organisé une récolte d'argent en faisant mettre des caisses dans les rues.
Les gens y mettaient de l'argent avec beaucoup d’ardeur.
Les coffres n'étaient pas
gardés et il n'y eu aucun vol.
Avec André H., je suis
devenu ethnomusicologue, à l'Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales.
Je n'ai pas terminé mon diplôme que j’avais intitulé « la guitare dans la
musique gitane en Espagne ». Je n’ai écrit que cinq ou six pages.
Après la rencontre avec
Djamchid Chémirani, j’ai changé d’orientation pour mon diplôme. J’avais
l’intention d’écrire sur un instrument persan, « setar ».
Chemirani veut dire « qui vient de
Chemiran », petit village ou banlieue de Téhéran.
Djamchid Chémirani est
mon professeur de Dombak ou zarb persan. Il est devenu mon ami. Il habite depuis
quarante ans à Saint-Maime, à environ cent kilomètres de Marseille sur la
route Napoléon.
Bien sûr,
ne t’inquiète pas, je vais essayer de construire des chapitres, « André
H. la suite », « Miki et la Hongrie ».
J'ai eu une bourse
d'études d'un an à Budapest à l’académie Franz Liszt (le « sz »
est hongrois, par exemple, « Szuszi », se prononce
« j »).
Un chapitre ou plus sur
Hedi T., Hedi T. en Hongrie, à Paris et en Israël et bien d'autres chapitres.
Un chapitre où
j'essayerai de tracer tout ce qui vient d'André H. A mon avis, dans ma vie,
presque tout. Il sera très long.
Un autre chapitre sur mon
mariage tardif et mon divorce après quatre années sans enfant
et sans amour.
Je pense que nous n'avons
pas eu d'enfants, parce que je me suis aperçu très tôt que ma femme (petite
bourgeoise née à Constantine) ne m'aimait pas.
Un chapitre
pour développer cela.
J'ai voulu et j'espère
encore être un artiste, j'ai commencé, vers l’âge de sept ans, à apprendre le
violon.
A développer.
Ce chapitre sur mes
activités musicales reste lié dans ma mémoire avec ma tante Nelly F. Elle vit
toujours à Paris. Elle a quatre vingt douze ans. Depuis quelques années, je
dors chez elle, au cours de mes voyages en France. Tel-Aviv, Paris, Marseille
ou Tel-Aviv, Marseille, Paris. Être plus explicite.
J'avais deux violons,
un tout petit, un quart, et un demi de taille.
Seul vers douze ans, je
les ai vendu sans l'avis de mes parents pour m'acheter
ma première guitare. Je n'avais perdu le goût du violon,
mais, mon professeur de violon étant mort, je ne voulais pas, en
souvenir de lui, continuer cet instrument.
J'avais été marqué dans
mes premières études de musique par la mort.
Ce n'est pas la seule
expérience avec la mort. La mort a changé plusieurs fois le cours de ma vie.
Je dois changer la glace
qui a fondu sous mes fesses, il s'est passé beaucoup de temps. J'ai encore
tellement de choses à écrire. Tellement de chapitres et de récits.
Bonne nuit.
Si je me réveille au
cours de ma nuit, je reprendrai quelque part mon récit.
Ychaï, Casqueta.
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