Jérusalem le vingt
huit avril deux mil quatorze à dix neuf heures quarante.
Marcher
sur le fil personnel de son actualité comme un équilibriste.
Ecrire
« Anne », c'est écrire « chère Anne ».
Ecrire
« Anne Anne », c'est écrire « très chère Anne ».
Après
quelques heures de contemplation active sur le début de ma fresque mégalomane,
je suis de retour dans l’appartement de Dereh Hevron (prononcer
« dererr »).
Je
ne me suis pas senti très bien, avec une douleur au cœur. Je me suis reposé
avant de t'écrire.
Je
lis ton courriel en sachant que, seul, mon silence peut répondre, (mon absence
de réponse directe) et seul ce silence sonne peut-être juste.
Comme
les silences dans un morceau de musique qui donnent le poids aux notes.
Cette
fresque commencée après une année où je pensais être vide, pourrait s'appeler :
« la recherche de la mère perdue ou de la femme perdue ».
Je
ne sais pas si ce titre est le bon (j'ai des doutes), mais c'est ce qui m'est
venu à l'esprit aujourd'hui, en montant, essoufflé, la côte qui mène à mon
appartement.
Je
suis aussi occupé à préparer la venue de cinéaste qui veut filmer un grand
collage de quatre mètres sur trois mètres vingt. Il a été fait sur des panneaux
d’un mètre sur soixante dix centimètres que je dois remonter dans une grande
salle qui m'a été prêtée par les anthroposophes. C'est leur salle de sport et
de théâtre.
C'est
un grand collage, formé d'une spirale, le temps, qui part d'un point, tourne,
entouré de mains et de montres dont les aiguilles ont été enlevées et
remplacées par des photos d'identités, de ma famille et de mes amis. Le titre
est « Totalité et Infini », hommage à E. Levinas. Je n'aime plus ce
titre et vais m'attacher à le changer.
Ce
cinéaste, son nom est I., viendra d'Amsterdam où il réside, vers le six mai. Je
lui proposé à la fin du tournage de faire un concert pour réunir mes amis. Ce
sera la deuxième fois que ce collage sera montré. Je ne sais pas si
je pourrai l'exposer encore.
Le
fil d'André H., que j'ai attrapé dans l'année scolaire, mil neuf cent cinquante
six – cinquante sept, est plutôt une grosse corde, le gros filin qui sert à
amarrer les paquebots.
J'ai
pris (fil personnel) un paquebot quelques fois pour aller à Marseille, le
« Ville d'Oran », qui m'emmenait à Marseille pour les vacances à
Villars de Lans.
J'ai
une photo où je me trouve avec d'autres enfants.
Une
colonie de vacances franc-maçonne, où je me sentais relativement bien, malgré
que l'on nous emmaillotait pour dormir.
Je
ne sais pas pourquoi ils nous emmaillotaient car j'avais sept ou huit ans, ce
qui n'est plus l'âge pour subir ce supplice.
Je
me souviens d'un jardin assez nu en pente où se trouvaient des barres où nous
pouvions faire les singes.
J'ai
pris (nodule avec le fil d'André H.) le « Ville d'Oran » une autre
fois, quand j'ai rejoint André H. dans une colonie de vacances, tenu par Tante
Ida, à Anglet, à côté de Biarritz.
Cette
colonie se trouvait au bord de la petite route qui allait à Bayonne, nous
n'avions qu'à la traverser pour descendre vers la plage qui s’appelait « la
Plage de la Chambre d'Amour ».
Ce
nom pour rappeler que des amoureux ont été surpris par la marée dans une grotte
et ont été noyés.
J'aimais
cette colonie. J'y ai retrouvé André H. deux années de suite.
Il
avait pour fonction d'être moniteur musical et d’organiser des petits concerts.
C’est là, grâce à lui, que j’ai donné mon premier concert de guitare. J'ai joué
avec un trac fou et il m’en reste un mauvais souvenir.
Mais
peut-être pas ?
Nous
faisions, pour fêter la fin du séjour, un énorme feu de camp. J'étais le diable
qui jetait du bois pour attiser le feu. Mon côté pyromane et ma fascination pour
le feu.
Il
faut que je me souvienne : écrire sur Anglet, avec les excursions en pays
basque français et espagnol, à Saint Jean de Luz, et les promenades à cheval
dans les Pyrénées. Dans ces promenades, je mourais de peur en regardant sur le
chemin étroit à côté de l’abîme, surtout quand le cheval qui nous suivait, voulait
devancer le mien, et par cruauté, me mordit la jambe.
Deux
étés avec de grands souvenirs merveilleux, chaleureux, remplis d'affection de
la part des dirigeants et des participants.
Deux
étés, l'année mil neuf cent cinquante huit et l’année mil neuf cent cinquante
neuf. L'année mil neuf cent cinquante huit était l'année où j'avais repris ou
essayé de reprendre mes études à Oran.
Les
années scolaires mil neuf cent cinquante six – cinquante sept :
Strasbourg.
Mil
neuf cent cinquante sept – cinquante huit : Paris, et retour à Oran.
Je
n'ai pas eu de relations amoureuses dans ce camp de la « Plage d'Amour »,
malgré que je fusse très beau et très apprécié par les vacancières qui venaient
d'Europe et même d'Afrique Noire.
André
H. était tombé amoureux de Femia, de nationalité hollandaise. Il a voulu
l'épouser et était allé à Amsterdam pour la demander en Mariage.
Femia
était arrivé dans ce camp de vacances par le mérite de sa mère. Sa mère avait
caché des enfants juifs en Hollande et connaissait Tante Ida. Tante Ida
dirigeait un château près de Paris, « La Versine » pour les enfants
rescapés de la Shoah. André H. y enseignait la musique et avait formé une
chorale avec ces enfants.
André
H. m'a raconté que la mère de Femia était une femme imposante. Pour vivre et
protéger les enfants qu'elle avait cachés, elle s’était prostituée.
La
grande histoire d'amour d'André H., (il était encore vierge -moi aussi à
l'époque-), s'est terminée par le refus d'être épousé par Femia.
Je
suis retourné à Oran après ce séjour.
Je
me suis enfui d'Algérie en prenant un billet de bateau (toujours le « Ville
D'Oran ») pour Marseille.
J'ai
pu acheter mon billet avec l'aide du voisin du deuxième étage, Daniel B.
Il avait mon âge. Je jouais au football avec lui dans la salle d'attente
de son père.
Son
père était médecin, sa femme était très nerveuse et un peu folle. Quand il
y avait des scènes de ménage, elle déchirait les billets de Banque que son mari
entassait dans le tiroir de son bureau.
Nous
recollions pendant des heures ces billets qui étaient déchirés en mille
morceaux, la nuit dans une chambre au fond de l'appartement qui servait de
cabinet médical et de terrain de foot.
Sur
le même palier, Docteur B., louait deux appartements, un pour loger sa famille,
l'autre comme cabinet médical.
Notre
appartement était au quatrième étage, était le seul, avec celui du Docteur B.,
qui prenait tout l’étage, très grand, avec un couloir de presque cent mètres. Avec
le grand plumeau (trois mètres) qui servait à enlever les toiles d’araignées,
je pourchassais ma soeur Denise, en rêvant que j’étais un chevalier. Je
n'avais pas encore lu « Don Quichotte ».
A
notre étage, l'entrée de l’appartement était une grande porte, tandis que celui
de Daniel B. avait deux portes.
Je
rappelle que cet immeuble se trouvait numéro dix, rue Pélissier. Une petite rue
où, à côté de l'entrée de l'immeuble, se trouvait une épicerie très sombre dont
le propriétaire était un épicier très gros, bon et gentil avec moi.
(Décrire
la rue et les magasins plus tard.)
Anne,
Anne Anne,
Une
quenouille à dévider, des fils, des pelotes à défaire comme des chats qui
s'amusent à jouer, près du fauteuil, où une grand-mère assise tricote nos
chaussettes.
Passe
une bonne nuit qui j'espère sera remplie de beaux rêves.
Casqueta
Ychaï
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