dimanche 19 juin 2016

28 avril 2014 Roger

Jérusalem le vingt huit avril deux mil quatorze à dix neuf heures quarante.

Marcher sur le fil personnel de son actualité comme un équilibriste.

Ecrire « Anne », c'est écrire « chère Anne ».
Ecrire « Anne Anne », c'est écrire « très chère Anne ».

Après quelques heures de contemplation active sur le début de ma fresque mégalomane, je suis de retour dans l’appartement de Dereh Hevron (prononcer « dererr »).
Je ne me suis pas senti très bien, avec une douleur au cœur. Je me suis reposé  avant de t'écrire.
Je lis ton courriel en sachant que, seul, mon silence peut répondre, (mon absence de réponse directe) et seul ce silence sonne peut-être juste. 
Comme les silences dans un morceau de musique qui donnent le poids aux notes.
Cette fresque commencée après une année où je pensais être vide, pourrait s'appeler : « la recherche de la mère perdue ou de la femme perdue ».
Je ne sais pas si ce titre est le bon (j'ai des doutes), mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit aujourd'hui, en montant, essoufflé, la côte qui mène à mon appartement. 
Je suis aussi occupé à préparer la venue de cinéaste qui veut filmer un grand collage de quatre mètres sur trois mètres vingt. Il a été fait sur des panneaux d’un mètre sur soixante dix centimètres que je dois remonter dans une grande salle qui m'a été prêtée par les anthroposophes. C'est leur salle de sport et de théâtre.
C'est un grand collage, formé d'une spirale, le temps, qui part d'un point, tourne, entouré de mains et de montres dont les aiguilles ont été enlevées et remplacées par des photos d'identités, de ma famille et de mes amis. Le titre est « Totalité et Infini », hommage à E. Levinas. Je n'aime plus ce titre et vais m'attacher à le changer. 
Ce cinéaste, son nom est I., viendra d'Amsterdam où il réside, vers le six mai. Je lui proposé à la fin du tournage de faire un concert pour réunir mes amis. Ce sera la deuxième fois que ce collage sera montré. Je ne sais pas si je pourrai l'exposer encore.

Le fil d'André H., que j'ai attrapé dans l'année scolaire, mil neuf cent cinquante six – cinquante sept, est plutôt une grosse corde, le gros filin qui sert à amarrer les paquebots.
J'ai pris (fil personnel) un paquebot quelques fois pour aller à Marseille, le « Ville d'Oran », qui m'emmenait à Marseille pour les vacances à Villars de Lans. 
J'ai une photo où je me trouve avec d'autres enfants.
Une colonie de vacances franc-maçonne, où je me sentais relativement bien, malgré que l'on nous emmaillotait pour dormir.
Je ne sais pas pourquoi ils nous emmaillotaient car j'avais sept ou huit ans, ce qui n'est plus l'âge pour subir ce supplice.
Je me souviens d'un jardin assez nu en pente où se trouvaient des barres où nous pouvions faire les singes.  
J'ai pris (nodule avec le fil d'André H.) le « Ville d'Oran » une autre fois, quand j'ai rejoint André H. dans une colonie de vacances, tenu par Tante Ida, à Anglet, à côté de Biarritz.
Cette colonie se trouvait au bord de la petite route qui allait à Bayonne, nous n'avions qu'à la traverser pour descendre vers la plage qui s’appelait « la Plage de la Chambre d'Amour ».
Ce nom pour rappeler que des amoureux ont été surpris par la marée dans une grotte et ont été noyés.
J'aimais cette colonie. J'y ai retrouvé André H. deux années de suite.
Il avait pour fonction d'être moniteur musical et d’organiser des petits concerts. C’est là, grâce à lui, que j’ai donné mon premier concert de guitare. J'ai joué avec un trac fou et il m’en reste un mauvais souvenir.
Mais peut-être pas ?
Nous faisions, pour fêter la fin du séjour, un énorme feu de camp. J'étais le diable qui jetait du bois pour attiser le feu. Mon côté pyromane et ma fascination pour le feu.
Il faut que je me souvienne : écrire sur Anglet, avec les excursions en pays basque français et espagnol, à Saint Jean de Luz, et les promenades à cheval dans les Pyrénées. Dans ces promenades, je mourais de peur en regardant sur le chemin étroit à côté de l’abîme, surtout quand le cheval qui nous suivait, voulait devancer le mien, et par cruauté, me mordit la jambe.
Deux étés avec de grands souvenirs merveilleux, chaleureux, remplis d'affection de la part des dirigeants et des participants.
Deux étés, l'année mil neuf cent cinquante huit et l’année mil neuf cent cinquante neuf. L'année mil neuf cent cinquante huit était l'année où j'avais repris ou essayé de reprendre mes études à Oran.
Les années scolaires mil neuf cent cinquante six – cinquante sept : Strasbourg.
Mil neuf cent cinquante sept – cinquante huit : Paris, et retour à Oran.
Je n'ai pas eu de relations amoureuses dans ce camp de la « Plage d'Amour », malgré que je fusse très beau et très apprécié par les vacancières qui venaient d'Europe et même d'Afrique Noire.
André H. était tombé amoureux de Femia, de nationalité hollandaise. Il a voulu l'épouser et était allé à Amsterdam pour la demander en Mariage.
Femia était arrivé dans ce camp de vacances par le mérite de sa mère. Sa mère avait caché des enfants juifs en Hollande et connaissait Tante Ida. Tante Ida dirigeait un château près de Paris, « La Versine » pour les enfants rescapés de la Shoah. André H. y enseignait la musique et avait formé une chorale avec ces enfants.
André H. m'a raconté que la mère de Femia était une femme imposante. Pour vivre et protéger les enfants qu'elle avait cachés, elle s’était prostituée.
La grande histoire d'amour d'André H., (il était encore vierge -moi aussi à l'époque-), s'est terminée par le refus d'être épousé par Femia.
Je suis retourné à Oran après ce séjour.
Je me suis enfui d'Algérie en prenant un billet de bateau (toujours le « Ville D'Oran ») pour Marseille.
J'ai pu acheter mon billet avec l'aide du voisin du deuxième étage, Daniel B. Il avait mon âge. Je jouais au football avec lui dans la salle d'attente de son père.
Son père était médecin, sa femme était très nerveuse et un peu folle. Quand il y avait des scènes de ménage, elle déchirait les billets de Banque que son mari entassait dans le tiroir de son bureau.
Nous recollions pendant des heures ces billets qui étaient déchirés en mille morceaux, la nuit dans une chambre au fond de l'appartement qui servait de cabinet médical et de terrain de foot. 
Sur le même palier, Docteur B., louait deux appartements, un pour loger sa famille, l'autre comme cabinet médical. 
Notre appartement était au quatrième étage, était le seul, avec celui du Docteur B., qui prenait tout l’étage, très grand, avec un couloir de presque cent mètres. Avec le grand plumeau (trois mètres) qui servait à enlever les toiles d’araignées, je pourchassais ma soeur  Denise, en rêvant que j’étais un chevalier. Je n'avais pas encore lu « Don Quichotte ».
A notre étage, l'entrée de l’appartement était une grande porte, tandis que celui de Daniel B. avait deux portes.
Je rappelle que cet immeuble se trouvait numéro dix, rue Pélissier. Une petite rue où, à côté de l'entrée de l'immeuble, se trouvait une épicerie très sombre dont le propriétaire était un épicier très gros, bon et gentil avec moi.
(Décrire la rue et les magasins plus tard.)

Anne, Anne Anne, 

Une quenouille à dévider, des fils, des pelotes à défaire comme des chats qui s'amusent à jouer, près du fauteuil, où une grand-mère assise tricote nos chaussettes.
Passe une bonne nuit qui j'espère sera remplie de beaux rêves.

Casqueta Ychaï 


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