Jérusalem le quatre juillet deux mil
quatorze à neuf heures cinq, heure israélienne.
Anne Anne,
Un jour n'a pas sauté, mais seulement
mon intention de t'écrire a été envahie par ma fatigue et j'ai dormi longtemps.
Je regrette ces sauts du temps et mes
promesses d'intention.
Ma maladie « bi » aurait besoin de
structuration. Mes promesses intérieures se réalisent, les événements et les
surprises que la vie engendre, font qu'il faut s'écarter de la grande route de
mes intentions, pour suivre les petits chemins.
Je reviens peu à peu vers mon studio où
j'ai envahi le salon et mis sur le mur la fresque.
Le bout à bout des fils de mes
correspondances et de mes occupations.
J'ai fait une pause pour m'occuper de
mes travaux ménagers et du jardin sur mon balcon jusque là négligé. En voulant
transvaser la terre d'un tiroir vers un bois qui me servait de pot pour
quelques plantes (je suis nul en botanique donc tu n'auras pas les noms des
plantes), j'en ai renversé sur le petit toit d’un voisin peu sympathique qui
habite au rez-de-chaussée une petite pièce avec cuisine et qui a quatre
enfants. Il a crié. J'ai du arrêter mon jardinage pour descendre nettoyer son
taudis.
J'avais laissé en plan le vidage et
l'étendage de la machine à laver qui venait de finir ses programmes avec le
bruit infernal de ces sortes de machines.
J'avais commencé à t'écrire…
J'ai un problème avec les serviettes de
table, retrouvées au fond d'une armoire.
Pour avoir le sentiment d'être comme un
roi. Je les utilisais sur ma petite table de bistrot que j'ai récupérée, je ne
sais où.
Ses serviettes qui datent du trousseau
de mariage de ma mère sont très belles. Elles étaient très blanches avant que
je ne les utilise. Elles sont à inclure dans le fil du « blanc et du
blond ». J’essaye par tous les moyens et les produits chimiques de leur
faire retrouver leur blancheur initiale, les ayant tachées avec un café
renversé par ma nervosité. Il y a aussi des tâches de curcuma jaune comme le
safran, épice dont je me sers souvent pour ma santé. Je l'introduis presque
dans tous les mets crus ou cuisinés. Je la prends dans un petit verre mélangé
avec de l'huile d'olive de première pression, achetée par cinq litres à Moran,
une danseuse eurythmique en fin d'études, qui, elle-même choisit son
fournisseur avec beaucoup d'attention.
Je sens que je n'ai pas encore appris
les règles d'accord, envoyées par ta gentillesse, il y a quelques temps.
J'ai rendez-vous avec Tali G. à midi. Je
sors de ses rendez-vous avec une bonne énergie.
Mon épaule gauche me fait souffrir. Je
n’y fais pas attention. La douleur s'accentue par oubli de la laisser reposer.
J'ai vu et été soigné hier à huit heures
cinquante par Anne P., qui me traite par le crano-sacral. Elle arrive à me
soulager pour la journée.
Je me sers trop de ce bras gauche. Elle
me traite depuis un an dans le cadre du centre « Yuri Stern ».
Comme j'ai essayé de travailler à
l'atelier, le soulagement a été effacé par mes nombreuses actions.
Je t'ai envoyé des photos illustrant le
texte du voyage en Iran. Je n'ai pas encore écrit le séjour à Téhéran et à
Shiraz – Persépolis.
Il y a, dans cet envoi, en attaché, la
photo du grand australien, celui que j'ai convaincu de rejoindre mon groupe
artistique, pour pouvoir traverser la Bulgarie, et ainsi pouvoir arriver au
Festival de Persépolis.
Des photos de Serge, mon élève qui s'est
tourné vers le reggae à notre retour.
Il était un peu fâché avec moi après le
voyage.
Il est parti vivre dans l'île de ses
parents pour retrouver ses origines et faire de la musique ethnique. Je n'ai
plus eu de ses nouvelles. Il y a aussi une photo de Djamchid Chémirani avec son
chapelet et moi. Une photo d'une femme dont je ne me rappelle plus le nom. Elle
était mariée, apparentée à la famille du roi. Son mariage l'avait rendue très
malheureuse, je l'ai consolée. Nous avons vécu plusieurs jours ensemble. Elle a
du me quitter, ayant eu des problèmes avec les personnes qui la surveillaient
sur l'ordre de son mari.
C'est dans les ruelles du campus que
j'ai rencontré Malie, photographe officieuse du festival, un peu aventurière.
C’était en mil neuf cent soixante neuf. Elle faisait du stop. Je l'ai prise sur
l'arrière de ma moto.
Nous sommes en communication jusqu’à
présent et je t'écrirai notre rapport tumultueux, elle était aussi « bi ».
J'ai reçu un courriel de Frédérique H.
Ce courriel m'a étonné. Je lui ai répondu et j’ai senti que je n'avais plus
d'amertume à son égard. Je l'avais connue en mil neuf cent soixante treize.
Elle était mon élève à la Schola Cantorum où je venais d'être nommé professeur
de guitare classique.
J'étais content de pouvoir avoir
l'occasion de renouer agréablement avec elle. Je lui ai demandé des
renseignements pour préciser les fils de mon tableau chronologique.
J'ai du t'envoyer son courriel, où elle
en me demandait de mes nouvelles et l'effet de la mort de Dadou sur moi. Elle
connaissait mon attachement et mon admiration pour David.
Elle a vécu avec Loulou, le cousin
germain de Dad avec qui elle a eu un garçon, Oscar.
Oscar a joué dans son enfance avec Daniel,
le fil de Sylvie et Dad.
Sylvie, la deuxième femme de Dadou,
était l'amie de Frédérique.
Sylvie rentrait d'Amérique, après avoir
fini ses études de littérature. Nous lui avons trouvé un studio proche de la
rue des Blancs Manteaux, (encore le blanc), et du travail dans la galerie
Maeght, où travaillait Lina, la sœur de Dad.
Frédérique H. a vécu rue du Plâtre après
notre séparation en mil neuf cent soixante dix sept ou soixante dix huit. Je
n'ai pas osé lui demander la date. Ensuite elle a pris un studio, avec Loulou,
rue Charlot, toujours dans le troisième arrondissement. Ce studio faisait angle
avec la rue de Turenne.
AnneAnne,
Je dois me préparer pour mon rendez-vous
avec Tali G.
J’espère que tu vas bien.
Chaque AnneAnne que
j'écris est toujours frais, nouveau, rempli d'étonnement et illuminé de la
lumière du miracle de la rencontre, cette rencontre si profonde et désignée.
Amicale affection surchauffée par les
vents du désert qui continuent de souffler.
Ychaï
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