Numéro neuf du
trente août deux mil quatorze.
En vrac.
Jérusalem le trente
août deux mil quatorze à dix heures quinze.
AnneAnne,
Un grand bonjour.
Je souhaite que cette crise soit passée et que tu ne souffres plus.
En vrac :
En mil neuf
cent soixante et un ou soixante deux,
j'ai habité boulevard Saint Germain dans un hôtel dont le propriétaire était
vietnamien. Je prends toujours des photos quand je passe devant cet hôtel, tout
comme devant les endroits que j'ai habités, ainsi que ceux qui me rappellent
des souvenirs, espérant m'en servir plus tard.
Ma sœur
Denise et ma cousine Denise étaient venues aussi se loger dans ce même hôtel,
fuyant l'Algérie et Oran. La situation avec OAS et les juifs était devenue
dangereuse.
Quelques
temps après, ma sœur est rentrée dans un pensionnat et ma cousine est partie à
Marseille.
Je suis resté dans cet hôtel. J’y étais
devenu gardien de nuit. J’avais reçu une chambre gratuite pour mes services. Ce
travail m'a permis de me faire deux amis, mais surtout d'avoir une très belle
aventure amoureuse avec une jeune fille anglaise. Cette jeune fille est venue
très rapidement loger dans cette petite chambre gratuite. Nous partagions un
petit lit où il y avait aussi ma guitare. Cette très belle relation s'est
détériorée car ma connaissance de la langue anglaise était très pauvre et mon
amie ne parlait pas le français. Je devais aussi subvenir aux besoins de notre
couple et payer mes études car j'avais déjà commencé à étudier à la
« Schola Cantorum ». Nous avons vécu une très belle relation malgré
nos handicaps linguistiques. Notre séparation et son retour
dans son pays natal me firent tomber dans une grande mélancolie.
Je voudrais écrire plus tard sur cette
relation anglaise et aussi sur les deux amis, un français et un uruguayen,
qui ont accompagné mon séjour dans cet hôtel « Studia ».
Je ne me
souviens pas des endroits que j'ai habités après mil neuf cent cinquante neuf.
Suis-je venu dans cet hôtel après avoir habité la rue Traversière, dans le
douzième ?
Il me faut
aussi me donner un peu de temps pour me souvenir de l'endroit qui a été mon
lieu d'habitation après que j’aie quitté l'hôtel.
La rue
Vercingétorix ?
L'avenue Mac
Mahon où aussi j'avais reçu une chambre sans fenêtre beaucoup moins confortable
que celle de l'hôtel « Studia » ?
Il y a du
désordre dans cette chronologie de mes lieux d'habitations à cette époque.
Rue
Vercingétorix dans le quatorzième avant avenue Mac Mahon dans le huitième ?
J'ai
également habité une chambre sur le même palier de l'appartement qui appartenait
à une de mes tantes. Une tante riche, de je ne sais quel côté de ma famille,
était installée en France depuis longtemps et vivait dans cet appartement avec
sa fille psychanalyste.
La rue où se trouvait cet appartement
était la rue Washington. Elle donnait sur les Champs-Élysées. Je ne suis pas
resté longtemps dans cette chambre car j'avais peur de cette tante qui me
semblait venir d'un autre monde. J'avais de meilleurs contacts avec
sa fille que j'ai retrouvée ensuite à Montparnasse où elle avait acheté un
appartement après la mort de sa mère. Elle s'était toujours un peu
intéressée à moi et à mes aspirations artistiques.
Je m'aperçois
que je ne peux pas mettre de dates…
J'avais loué
une chambre mansardée dans la rue Vercingétorix, une chambre avec une lucarne, un
petit lavabo et un lit dans la mansarde, c'est à dire que le toit descendait
sur le lit. Il n'avait pas de WC comme dans beaucoup de maisons de cette époque
après la guerre. J'aimais beaucoup ce quartier et cette rue. En face, se
trouvait l'atelier de Giacometti que je voyais aussi à la « Coupole ».
La Coupole, ce café maintenant devenu historique et touristique, était aussi
notre lieu de rendez-vous avec mes amis tunisiens, Dadou, Loulou et Sidi. Ce
dernier n'était pas tunisien mais malien bambara. Je le compte parmi mes amis
les plus proches.
N'aimant pas
le WC qui se trouvait entre deux étages de la rue Vercingétorix, je courais de
toutes mes forces (neuf cent mètres) vers les WC de la Coupole, WC luxueux qui
convenait mieux à cet enfant que j'avais été et qui avait été habitué à une
propreté que je ne suis pas parvenu à reconstituer lors de mes arrivées à
Paris.
Le café
« La Coupole » et le « Sélect » étaient nos lieux de rendez-vous
du soir. Le café (le nom m'échappe) près du « Théâtre de l'Odéon » et
du jardin du Luxembourg, dans le quartier latin, était le lieu de rendez-vous
de treize heures.
L'Odéon a
joué un rôle important dans les événements de mil neuf cent soixante huit.
En vrac en vrac, mais, peut-être l'ordre
et les dates apparaîtront ?
AnneAnne,
Je termine pour
l'instant en espérant une continuation plus tard.
Dans l'attente
d'avoir de tes nouvelles, je te souffle mes amitiés fraîches de ce jour férié
hebdomadaire où rien ne se passe à Jérusalem.
Ychaï
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