Un autre jour.
Jérusalem le seize août deux mil
quatorze à neuf heures.
AnneAnne,
Voici deux jours que je ne t'ai pas
écrit, non par absence de désir, mais par une grande fatigue due à la présence
au studio.
J’ai passé Jeudi et Vendredi en partie
allongé sur mon lit, en écoutant les cours du Collège de France.
Entre tes courriels, j'imagine un peu ta
vie tout en souhaitant que tu te portes bien et que tu te réjouisses de la
présence de Salomé.
Cette phrase est enveloppée dans chacun
de mes courriels de fraîcheur, d'une curiosité saine, non intrusive et
grandement amicale.
Je sais par le site d'envoi, « Web
Transfer », que tu as reçu les photos de l'exposition.
Je n'ai pas écrit pour continuer mes
explications sur ce grand projet : « Ma Mère ». Les problèmes
techniques, en particulier la nature de la colle que j’emploie, l’avancement
des doutes, me font repousser la rédaction. Les doutes de réalisation, de
présentation et des rapports avec les institutions susceptibles d'acheter le
projet et d'aider financièrement à sa naissance dans le monde sont les moments
les plus difficiles qui me font vivre des hauts et des bas. La lutte pour mener
de front ces activités, garder l'enthousiasme et l'espoir, lutte contre
moi-même et mes tendances, m'est connue, mais ne se résout pas aussi
facilement. Ou faire sans attente ou attendre que l'extérieur participe et
agrée d'aider à sa réalisation.
André pratique les deux attitudes,
souvent avec succès. Steve ne commence son projet qu’après avoir reçu toutes
les garanties. Steve est américain. André est Hongrois.
La fatigue et mon obsession me font
aussi négliger la continuation de mon travail sur les tableaux chronologiques.
Je me sens triste, bien qu'il soit
conseillé, de ne faire qu'une seule chose à la fois.
J'ai aimé mon papillonnage des derniers
temps, allant dans mon appartement de la table sur laquelle sont posés papiers,
agendas, photos, m'asseoir pour jouer de la guitare, puis m'asseoir devant
l'ordinateur, me levant pour faire un peu de cuisine.
J'avais cru avoir résolu mon problème de
ne suivre qu'un seul fil.
Je dois apprendre à agir comme les
cochers qui manient et conduisent plusieurs chevaux.
Savoir tenir dans ma main tous les fils
de mes projets pour les faire avancer sur le même rythme. Est-ce possible ?
Le grand projet et la fatigue occupent
beaucoup de place et ne me donne pas assez de liberté. Une espèce de
procrastination (j'aime ce mot) positive et négative.
Mais elle aide à laisser les souvenirs,
les noms, les images à remonter à la surface.
Il ne reste qu'à les écrire sur l'autre
surface : papier ou écran.
Avant ces actes, je t'envoie ce
courriel, qui j’espère ne contient pas l'ennui, mais des grandes pensées
amicales. L'amitié d’être présent pour toi avec aussi mon quotidien et pas
seulement avec mon passé. Un passé que se représente grâce à cette demande que
tu as formulée dans tes premiers courriels.
Porte toi bien !!
En « post scriptum »
optimiste, je ne souffre plus de mon épaule gauche. Seulement un tout
petit point.
AnneAnne,
Cette belle formule : à tout à l'heure.
Ychaï
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