lundi 4 juillet 2016

16 août 2014 Roger

Un autre jour.

Jérusalem le seize août deux mil quatorze à neuf heures.

AnneAnne,
Voici deux jours que je ne t'ai pas écrit, non par absence de désir, mais par une grande fatigue due à la présence au studio.
J’ai passé Jeudi et Vendredi en partie allongé sur mon lit, en écoutant les cours du Collège de France.
Entre tes courriels, j'imagine un peu ta vie tout en souhaitant que tu te portes bien et que tu te réjouisses de la présence de Salomé. 
Cette phrase est enveloppée dans chacun de mes courriels de fraîcheur, d'une curiosité saine, non intrusive et grandement amicale.
Je sais par le site d'envoi, « Web Transfer », que tu as reçu les photos de l'exposition.
Je n'ai pas écrit pour continuer mes explications sur ce grand projet : « Ma Mère ». Les problèmes techniques, en particulier la nature de la colle que j’emploie, l’avancement des doutes, me font repousser la rédaction. Les doutes de réalisation, de présentation et des rapports avec les institutions susceptibles d'acheter le projet et d'aider financièrement à sa naissance dans le monde sont les moments les plus difficiles qui me font vivre des hauts et des bas. La lutte pour mener de front ces activités, garder l'enthousiasme et l'espoir, lutte contre moi-même et mes tendances, m'est connue, mais ne se résout pas aussi facilement. Ou faire sans attente ou attendre que l'extérieur participe et agrée d'aider à sa réalisation.
André pratique les deux attitudes, souvent avec succès. Steve ne commence son projet qu’après avoir reçu toutes les garanties. Steve est américain. André est Hongrois.
La fatigue et mon obsession me font aussi négliger la continuation de mon travail sur les tableaux chronologiques.
Je me sens triste, bien qu'il soit conseillé, de ne faire qu'une seule chose à la fois.
J'ai aimé mon papillonnage des derniers temps, allant dans mon appartement de la table sur laquelle sont posés papiers, agendas, photos, m'asseoir pour jouer de la guitare, puis m'asseoir devant l'ordinateur, me levant pour faire un peu de cuisine.
J'avais cru avoir résolu mon problème de ne suivre qu'un seul fil.
Je dois apprendre à agir comme les cochers qui manient et conduisent plusieurs chevaux.
Savoir tenir dans ma main tous les fils de mes projets pour les faire avancer sur le même rythme. Est-ce possible ?
Le grand projet et la fatigue occupent beaucoup de place et ne me donne pas assez de liberté. Une espèce de procrastination (j'aime ce mot) positive et négative.
Mais elle aide à laisser les souvenirs, les noms, les images à remonter à la surface.
Il ne reste qu'à les écrire sur l'autre surface : papier ou écran.
Avant ces actes, je t'envoie ce courriel, qui j’espère ne contient pas l'ennui, mais des grandes pensées amicales. L'amitié d’être présent pour toi avec aussi mon quotidien et pas seulement avec mon passé. Un passé que se représente grâce à cette demande que tu as formulée dans tes premiers courriels.
Porte toi bien !!
En « post scriptum » optimiste, je ne souffre plus de mon épaule gauche. Seulement un tout petit point.
AnneAnne,
Cette belle formule : à tout à l'heure.

Ychaï


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