lundi 4 juillet 2016

19 juillet 2014 Roger 2

AnneAnne

Je suis heureux de lire ton courriel, et de te sentir un peu plus rassurée.
Répondre en oblique, c'est refuser d'aborder le frontal. Le frontal, selon l'exemple de Jullien, ce sont les phalanges romaines qui s'affrontaient front contre front.
« Travail pour moi et contre moi ». C'est, comme tu en as eu l'intuition, que tout en sachant que le classement m'aide à me clarifier et à mettre au clair mon récit, j’ai l'impression que ma créativité doit sortir du chaos. Tu en aperçois : mais avant tu sautais d'une personne à l'autre en suivant un fil conducteur. Je peins, non pas à partir de la toile blanche, mais ayant sali avec des couleurs la toile, à partir de cette boue, pouvoir commencer ma relation et le dialogue avec le tableau. 
J'ai senti, à l'écriture des poèmes que j'ai écrits, que j'abordais un autre rivage, où les mots ne sortaient pas du chaos, mais de la douleur. J'avais l'impression que la forme « poétique » était plus facile que la prose. J'ai encore cette impression. L'impression que je m'exprime mieux et plus clairement dans une forme poétique que dans la prose. La prose où tu retrouves ce chaos peut révéler ce désir de ne pas suivre la ligne, de ne pas vouloir la chronologie ni la clarté, mais de suivre les mots, les réseaux et les connections à la vitesse de mon cerveau. Les symptômes de la bipolarité se manifestent avec les connections rapides, les associations et le surplus d'électricité dans le cerveau. C'est ainsi que les bipolaires se retrouvent dans les arts et sont réticents aux soins, de crainte de perdre leur créativité.

Chère amie, Chère AnneAnne,

Un courriel plus court, étant plus triste ce soir des nouvelles du jour. Je vais essayer de dormir et peut-être avoir la force de me lever tôt pour continuer l'écriture de l'histoire et le tissage des fils.
Peut-on dire que chaque évènement me fait perdre le fil ?
Bonne nuit pour toi, et comme tu n'écris pas des nouvelles de ton épaule, je me prends à espérer et à souhaiter qu'elle est en cours de réhabilitation.
La mienne, grâce à Sharar (aube), me fait réellement moins mal, et grâce à ses yeux si bleus et ses mains expertes qui ont avec ce shiatsu thaïlandais, touché les bons points.

Ychaï


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