Numéro vingt et un du vingt septembre
deux mil quatorze.
Marcher comme écrire.
Jérusalem le vingt septembre deux mil
quatorze à seize heures trente.
Chant du minaret dans un ciel gris.
Anne Anne,
Lire à « saute-mouton ».
Cette phrase me vient en essayant de
répondre à ton courriel qui cite la table de paysan en bois où Luc mange en
regardant ton dos et en demandant de mes nouvelles, (je me permets de te
charger de lui donner un salut), fait partir mon imagination dans mes propres
tables de bois paysanne. J'aime la table des Chemirani à Saint Maime, placée à
côté d'une vraie grande cheminée ancienne et du perroquet arrivé seul dans le
jardin. Dans ce village du seizième siècle où, pour accéder à l'entrée qui est
également la cuisine, il faut emprunter un escalier de vieilles pierres.
Élisabeth est déjà tombée dans cet escalier. Ils hésitent à vendre cette belle
vieille maison pour s'installer à Forcalquier dans un rez de chaussée. Leur
hésitation vient de leur envie de laisser cette maison en héritage à leurs
enfants, nés dans cette maison. Leur maison se trouve sur une pente raide. Leur
jardin se trouve derrière. La pente monte jusqu'à l'église du douzième siècle,
classée dernièrement monument historique.
Saint Maime, sur une petite montagne,
regarde une autre petite montagne sur laquelle se trouve Dauphin, un autre très
beau village ancien.
Quand je suis en France, les trois ou
quatre jours que je passe avec eux sont les seuls où je me sens bien.
Les Chemirani sont partis de Paris, il
y a plus de quarante ans. Je les visite souvent. Dans l’une de mes périodes
hautes, qui étaient fréquentes, j'ai réussi à convaincre toute la famille,
c'est à dire, Élisabeth, Djamchid, Maryam, Keyvan, Marjane, et Bijane, de
manger des peaux de bananes frites, une idée qui m’était passé par la tête, en
leur disant que le goût de cette friture rappelait les chips. Ils ont mangé et
ont aimé. Je ne sais pas si c'était pour me faire plaisir.
J'ai vu grandir leurs enfants. Très
souvent je les endormais en jouant de la guitare.
Ils sont tous musiciens. Si cela
t’intéresse, tu peux les voir et les écouter sur « You Tube ».
Un rêve de quatre jours, ces moments
passés avec eux… Maryam vit à Marseille. Pour arrondir ses fins de mois en tant
que chanteuse, elle est aussi infirmière avec les bonnes sœurs de la « Charité
Nouvelle » ; je ne me souviens pas si c'est le nom exact de l’institution.
Elle attend d'avoir des cachets suffisants pour payer son loyer et faire vivre
ses deux enfants, le grand garçon qui fait déjà ses études à Paris et Djahane,
la petite fille qui joue de la guitare en souvenir des berceuses que je jouais
à sa mère. Djahane navigue entre la maison de son père et celle de sa mère. Je
l'aime beaucoup. Je lui ai offert en cadeau l'année dernière l'un de mes
instruments iraniens que j'avais achetés lors de mon voyage.
J'ajoute cette information pour faire
un nœud pour mon tableau, « Voyage, Amitié, Musique », et pour que tu
ne perdes pas les fils de mes histoires.
J'espère ne pas t'ennuyer avec mon
désordre épistolaire. Je suis content que tu n'aies pas à tenir les courriels
dans tes mains comme des lettres, ces morceaux de papiers distribués par la
poste après plusieurs jours. Ainsi tu ne fatigues pas ton épaule.
Il y avait beaucoup de « soixante
huitards » réfugiés dans cette région, ayant fait retour à la terre, aux
fromages de chèvres et à l'artisanat. Nous allions les rencontrer les jours de
marché à Forcalquier.
Il y avait aussi le fils de Daninos,
l'écrivain qui avait écrit « Les Carnets du Major Thomson », un livre
que a eu beaucoup de succès. Il vivait sur une autre montagne avec sa femme et
deux enfants. Il était très bon peintre. Il est mort il y a quelques années
d'un cancer. Daninos était le meilleur ami de Djamchid.
Il faudrait que je m’attarde sur cette
famille étonnante.
J'ai l'impression d'être une araignée
qui court sur les fils de sa toile pour la consolider et qui n'a pas le temps
de s’arrêter pour attendre les mouches qui auraient du faire son déjeuner.
Mon index droit se fatigue un peu. Je
vais suspendre ce courriel en espérant le continuer plus tard dans la soirée.
AnneAnne,
Je descends du minaret pour reposer ma
voix. Il est cinq heures trente.
Comment t'écrire et te remercier pour
ton courriel, si ce n'est en n’écrivant pas, pour que sur ce sujet, le blanc de
l'écran (puisque il n'y a plus de papier), soit immensément ouvert sur tout ce
que je ne peux exprimer.
Tout ceci est un peu long et lourd,
mais que faire pour ne pas briser l'élan…
Ychaï, aujourd'hui pas comme hier.
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