dimanche 31 juillet 2016

20 septembre 2014 Roger

Numéro vingt et un du vingt septembre deux mil quatorze.

Marcher comme écrire.

Jérusalem le vingt septembre deux mil quatorze à seize heures trente.

Chant du minaret dans un ciel gris.

Anne Anne,
Lire à « saute-mouton ».
Cette phrase me vient en essayant de répondre à ton courriel qui cite la table de paysan en bois où Luc mange en regardant ton dos et en demandant de mes nouvelles, (je me permets de te charger de lui donner un salut), fait partir mon imagination dans mes propres tables de bois paysanne. J'aime la table des Chemirani à Saint Maime, placée à côté d'une vraie grande cheminée ancienne et du perroquet arrivé seul dans le jardin. Dans ce village du seizième siècle où, pour accéder à l'entrée qui est également la cuisine, il faut emprunter un escalier de vieilles pierres. Élisabeth est déjà tombée dans cet escalier. Ils hésitent à vendre cette belle vieille maison pour s'installer à Forcalquier dans un rez de chaussée. Leur hésitation vient de leur envie de laisser cette maison en héritage à leurs enfants, nés dans cette maison. Leur maison se trouve sur une pente raide. Leur jardin se trouve derrière. La pente monte jusqu'à l'église du douzième siècle, classée dernièrement monument historique.
Saint Maime, sur une petite montagne, regarde une autre petite montagne sur laquelle se trouve Dauphin, un autre très beau village ancien.
Quand je suis en France, les trois ou quatre jours que je passe avec eux sont les seuls où je me sens bien.
Les Chemirani sont partis de Paris, il y a plus de quarante ans. Je les visite souvent. Dans l’une de mes périodes hautes, qui étaient fréquentes, j'ai réussi à convaincre toute la famille, c'est à dire, Élisabeth, Djamchid, Maryam, Keyvan, Marjane, et Bijane, de manger des peaux de bananes frites, une idée qui m’était passé par la tête, en leur disant que le goût de cette friture rappelait les chips. Ils ont mangé et ont aimé. Je ne sais pas si c'était pour me faire plaisir.
J'ai vu grandir leurs enfants. Très souvent je les endormais en jouant de la guitare.
Ils sont tous musiciens. Si cela t’intéresse, tu peux les voir et les écouter sur « You Tube ».
Un rêve de quatre jours, ces moments passés avec eux… Maryam vit à Marseille. Pour arrondir ses fins de mois en tant que chanteuse, elle est aussi infirmière avec les bonnes sœurs de la « Charité Nouvelle » ; je ne me souviens pas si c'est le nom exact de l’institution. Elle attend d'avoir des cachets suffisants pour payer son loyer et faire vivre ses deux enfants, le grand garçon qui fait déjà ses études à Paris et Djahane, la petite fille qui joue de la guitare en souvenir des berceuses que je jouais à sa mère. Djahane navigue entre la maison de son père et celle de sa mère. Je l'aime beaucoup. Je lui ai offert en cadeau l'année dernière l'un de mes instruments iraniens que j'avais achetés lors de mon voyage.
J'ajoute cette information pour faire un nœud pour mon tableau, « Voyage, Amitié, Musique », et pour que tu ne perdes pas les fils de mes histoires.
J'espère ne pas t'ennuyer avec mon désordre épistolaire. Je suis content que tu n'aies pas à tenir les courriels dans tes mains comme des lettres, ces morceaux de papiers distribués par la poste après plusieurs jours. Ainsi tu ne fatigues pas ton épaule.
Il y avait beaucoup de « soixante huitards » réfugiés dans cette région, ayant fait retour à la terre, aux fromages de chèvres et à l'artisanat. Nous allions les rencontrer les jours de marché à Forcalquier.
Il y avait aussi le fils de Daninos, l'écrivain qui avait écrit « Les Carnets du Major Thomson », un livre que a eu beaucoup de succès. Il vivait sur une autre montagne avec sa femme et deux enfants. Il était très bon peintre. Il est mort il y a quelques années d'un cancer. Daninos était le meilleur ami de Djamchid.
Il faudrait que je m’attarde sur cette famille étonnante.
J'ai l'impression d'être une araignée qui court sur les fils de sa toile pour la consolider et qui n'a pas le temps de s’arrêter pour attendre les mouches qui auraient du faire son déjeuner.
Mon index droit se fatigue un peu. Je vais suspendre ce courriel en espérant le continuer plus tard dans la soirée.

AnneAnne,
Je descends du minaret pour reposer ma voix. Il est cinq heures trente.
Comment t'écrire et te remercier pour ton courriel, si ce n'est en n’écrivant pas, pour que sur ce sujet, le blanc de l'écran (puisque il n'y a plus de papier), soit immensément ouvert sur tout ce que je ne peux exprimer.
Tout ceci est un peu long et lourd, mais que faire pour ne pas briser l'élan…

Ychaï, aujourd'hui pas comme hier.


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