Jérusalem le deux août deux mil quatorze à huit heures
cinquante, heure israélienne.
AnneAnne,
Bien sûr.
Je me suis levé à six heures. Je m’étais réveillé à trois heures,
mais je me suis recouché, ne trouvant pas la force de rester éveillé pour
t'écrire comme je l'avais pensé. La fatigue avait eu raison de ma volonté et de
mes intentions. J'ai traîné de six à neuf heures en buvant trois verres moyens
de café et en écoutant les informations de France Culture. J’ai surmonté cette
écoute en décidant de balayer le balcon où j'essaye de faire un petit jardin,
seul îlot de verdure dans cet environnement de béton des années cinquante, mais
béton très résistant car à l'époque, il n'y avait pas de corruption et les
entrepreneurs avaient un idéal.
J'avais rendez-vous mercredi dernier avec Sharona L. qui était
rentrée du Canada anglais. Elle voulait me voir pour me raconter son voyage. Je
l'ai trouvé rayonnante. Elle n'a pas pu voyager pour visiter sa famille depuis
plus de deux ans, ayant subi des traitements chimio thérapeutiques et une
transplantation de moelle.
Nous étions assis dehors vers la début de la soirée. La
fraîcheur commençant, je l'écoutais se raconter, dans mon café préféré,
« L'endroit d’Isaac », « boulevard de la Maison du Pain »
(« Beith Lehem »). En faisant un geste involontaire, Sharona ayant
manifesté sons envie de partir vivre à Toronto, et voulant appuyer son désir,
je heurtai une personne qui était assise dans une table voisine. Je m'excusai
en français ayant oublié que je me trouvais à Jérusalem. Sharona parle français
et a vécu deux ans à Paris pour ses études de cinéma. La personne s'est
retournée vers moi, et j'ai eu la surprise de voir un ami que j'ai connu à Oran
dans les années cinquante. Guy (Élie) était le fiancé de la voisine habitant le
deuxième étage de la maison, au dix, rue Pelissier, où se trouvait également
l'appartement que mes parents habitaient. Cette famille, dont le père était
médecin, occupait tout l'étage, qui contenait deux appartements, un où la
famille habitait et l'autre qui servait de cabinet médical. La salle d'attente
nous servait à Daniel et moi de terrain de football, jeu que je détestais.
Daniel était (il est mort) le frère de Nicole, la femme de Guy. Guy habitait
Ain-Témouchent, un village à cent kilomètres d'Oran où la sœur de ma mère,
Rolande, habitait avec sa famille et où j'adorais aller. Nicole était l’aînée
des trois enfants, Nicole, Daniel et Josiane. J'étais plus ou moins ami de
Daniel, son âge et sa position dans la fratrie correspondaient à ma position.
Mon frère aîné, Henri, était l'ami de Nicole et ma sœur, Denise
de Josiane.
J'avais retrouvé Guy, par hasard à Paris. Il passait dans la rue
Saint-Jacques, où l'école où j'étudiais, la « Schola Cantorum » se
trouvait. Il passait avec David Z. en mini bus. Il m'a reconnu et m'a jeté
quelques paroles et son numéro de téléphone.
J'ai ainsi repris contact avec lui et la famille qu'il avait
créée avec Nicole et ses deux garçons.
J'ai aussi connu David Z. grâce à lui. David était un juif
marocain qui avait vécu dans un kibboutz, et avait quitté Israël. Il était
sculpteur et enseignait l'hébreu dans une école catholique.
C'est un homme difficile. Sa femme l'avait fui en emportant ses
enfants. Il est ensuite retourné dans son pays natal, en Afrique du sud. David
l'avait rencontré dans le kibboutz. J'avais connu Messodie, sa sœur, à cette
époque. J’ai vécu avec elle et nous avions projeté de nous marier. Mon père
venait de se faire amputer de sa jambe, une amputation jusqu'au genou. Il avait
souffert d'une blessure qui datait depuis longtemps, qu'il soignait plusieurs
fois par jour mais qui était devenu cancéreuse.
Elle avait occasionné sa réforme de l'armée au temps de la
Seconde Guerre Mondiale.
Le mariage n'a jamais eu lieu. Je ne me souviens pas si c'était
de ma faute. J'ai eu peur de David et de son autoritarisme. Messodie était
aussi sous sa coupe.
Il avait aussi réussi à fasciner Guy et sa famille.
Je suis resté des années sans les voir jusqu'à la mort de mon
père en mil neuf cent soixante dix neuf, année de ma grande dépression où j'ai
tout abandonné.
Guy m'a raconté qu'il n'avait plus de rapport avec David et j'ai
été content pour lui.
J'ai retrouvé David en rentrant à Paris après une année que j'ai
passée à Marseille et à Cassis.
Guy est bon et généreux, un amour des gens, et aimant les
contacts. Il a une imagination très spéciale et m'a parlé de son nouveau projet
d'organiser une manifestation.
J'ai toujours eu une attitude sceptique à son égard et une peur
de la folie de David.
J'ai fréquenté David. En rentrant du sud, il m'a convaincu de
participer à son projet de créer une école itinérant qui voyagerait en Israël
pour enseigner et aider les enfants dans leurs études.
Ce projet incluait l'enseignement ainsi que les
activités artistiques.
Il m'a proposé de faire le voyage dans son minibus et nous
sommes partis à Melun pour préparer le bus.
Il a eu, une nuit, des douleurs très violentes à l’œil. J'ai du
le conduire à l’hôpital. Il a du y rester plusieurs mois.
Il avait reçu une petite pierre au temps où il faisait
des sculptures.
J'ai attendu sa sortie, mais voyant le temps qui passait, j'ai
décidé de partir seul en septembre mil neuf cent quatre vingt un, profitant de
la rentrée scolaire pour trouver un travail d'enseignant.
J'ai visité Guy qui habitait une très belle villa de style du
pays qu'il avait louée à un propriétaire arabe, étant le dépositaire du projet
en Israël.
Sa maison était destinée a abrité les débuts de l'école
itinérante.
Nous avons attendu l'arrivée de David pendant plusieurs années.
J'ai enfin compris la nature de la folie de David.
Une folie, assez courante, de ne pas pouvoir finir un projet et
de s'en servir pour séduire, attirer et profiter des personnes croyant dans son
histoire d'école.
J'avais aussi repris mes relations avec André Hajdu et Hedi
Tarjan.
Dans cette rencontre au café, j'ai été content de parler avec
Guy et de constater le changement de mon attitude à son égard. De constater une
ouverture, en moi, une écoute sans réticence.
Nous nous sommes promis de nous revoir et je le ferai. Notre
conversation a été agréable, confidentielle et plus profonde.
Je reprendrai plus tard cette histoire après une prochaine
rencontre avec Guy.
Je voudrais écrire sur une autre page et un autre courriel mon
texte « Ma Mère, Visages et Mouvements », « Entrée dans mon
Labyrinthe ».
Ychaï, dans l'attente de l'envoi de mes amitiés à mon prochain
courriel.
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