lundi 4 juillet 2016

16 juillet 2014 Roger

Après hier

Jérusalem le seize juillet deux mil quatorze à neuf heures seize, heure israélienne.

A Sainte Anne,
AnneAnne,
J'avais sérieusement pensé à pouvoir me réveiller pour t'écrire, au milieu de la nuit, mais, même m'étant réveillé vers deux heures, j'étais dans un état de « zombie » et je suis retourné dans mon lit jusqu'à six heures vingt.
La journée d'hier avait bien commencé avec un massage Shiatsu Thaïlandais, offert par le centre Yuri Stern, qui m'appelle quand il y a des défections.
La soignante, jeune, adorable, belle avec des yeux bleues si clairs que je m’y suis perdu, Sharar (aube), était d'une efficacité redoutable en appuyant sur les points douloureux de mes épaules. J'ai ainsi pu constater que non seulement l'épaule gauche avait des problèmes, mais aussi l'épaule droite. Cela m'a permis de changer mon diagnostic sur ce que je pensais être comme maladie.
Je suis sorti à regret des mains de Sharar, mon corps ayant été illuminé et transformé par ses yeux et ses mains.
En attendant mon soin, la nouvelle secrétaire est venue s’asseoir à côté de moi pendant que j’étais en train de séduire Ady, une jeune fille bénévole qui s'occupe du standard téléphonique et de distribuer les rendez-vous, pour qu'elle ne m'oublie pas.
Ayala était la nouvelle secrétaire qui a remplacé Gali, que j'avais réussi à inviter au Souk, « Mahané Yeouda », pour un « fish and chips », il y a quelques mois. Ayala, une très belle femme brune, me parla de sa fatigue et de ses occupations, de l'examen qu'elle venait de passer, de ses enfants. Malheureusement, Sharar (l'aube) est venue me chercher pour me traiter et je me suis trouvé déchiré entre l'envie de rester avec Ayala et le désir d'être soigné par Sharar. Très souvent, quand je suis appelé, je ne sais quelle soignante ou soignant me traitera, ni avec quelle médecine alternative.
Je suis étonné de ce que je vais découvrir en allant au centre, par exemple les yeux si bleues de l'aube (Sharar) et ses mains qui ont ressuscité mon corps.
Je suis sorti du centre pour aller au studio avec une force et une joie étonnante.
J'attendrai avec patience la suite des confidences d’Ayala, que j’apprécie et qui peint aussi des beaux tableaux originaux sur soie. 
Je n'ose pas leur demander de les prendre en photo pour que tu voies des visages sur tous les noms qui égrènent mes courriels.
Après ma station au studio où j'ai manipulé et collé des morceaux de papier sur mes draps et toiles de jute, pour essayer différentes sortes de colle et tester la résistance des toiles que j'utiliserai, au lieu des panneaux de bois, je suis parti pour prendre l'autobus à la station centrale.
J'ai voyagé sans m'en rendre compte et sans regarder le paysage. J’essayais plutôt de dormir. L’arrivée à Tel-Aviv est toujours surprenante, surtout après des mois d'absence.
Cette ville change très vite, s'agrandit, avec ses très hauts buildings.
L'angoisse me prenant, j'ai pris un taxi. Je suis tombé sur un chauffeur de taxi religieux qui n'a pas arrêté de parler de la Bible. Ses dents de devant n'existaient pas et ses lèvres reposaient directement sur son menton. Il a réussi à me déposer devant la cinémathèque en me bénissant après avoir demander mon nom et décliné le sien : Moshé (Moïse).
J'étais en avance, j'avais un peu faim, j'ai cherché un café ou un restaurant pour prendre des forces avant le film dont j'ai enfin appris le nom : « l'Opération ».
Je n'ai pas aimé ce quartier où n'y avait pas de cafés accueillants. Je suis entré par désespoir dans un restaurant dont l'intérieur me semblait plus hospitalier, mais j'avais fait une erreur. Je me suis assis, une jeune femme est venue m'apporter le menu, je me suis aperçu que la tendance de ce restaurant était « nourriture du terroir ». Je ne pouvais manger aucun des plats qui m'étaient proposés par le menu. Ayant honte de partir sans avoir consommé, j'ai commandé un plat de légumes qui consistait en du riz blanc, des petits pois avec des morceaux de carotte, et du chou rouge bouilli. J'ai mangé hâtivement en regrettant d'avoir choisi ce restaurant. J'ai erré dans toutes les rues avoisinantes de la cinémathèque pour trouver un café agréable. Je n'en ai trouvé aucun. Ayant vu que la cinémathèque avait ouvert ses portes, j'y suis entré, puis je suis allé à la cafétéria. Pendant que je commandais un « Expresso » et un gâteau au chocolat belge pour me remonter le moral, le metteur en scène Dan Wolman est passé et nous nous sommes salués.
J'ai attendu en dégustant le gâteau sous un climatiseur qui m'a bercé et refroidi.
Le film était intéressant, très bien monté, sans perte de vitesse. J'ai enfin compris l'histoire que Dan voulait raconter. A la fin du film, l'ami persan, Iossi Urshalmi, qui était assis à côté, m'a tapé sur le genou pour manifester son admiration pour mon jeu filmique.
A la sortie, plusieurs personnes m'ont félicité. Une vieille actrice qui avait aussi participé dans ce film, jouant une femme aimant tellement les chats qu'elle avait loué un grand hangar dans les environs, je ne sais plus où, pour héberger et nourrir, la centaine de chat qu'elle avait ramassée, a voulu me féliciter. Croyant que je ne parlais pas l’hébreu, car dans le film je ne parle pas l’hébreu, elle m'a interpellé en anglais.
Je raconterai plus tard l'histoire que le film propose.
Je dois me préparer à un rendez-vous avec Tamar, ma musico thérapeute, qui veut me parler et me dire au revoir. Je n'avais pas participé aux séances depuis quelques temps car je trouvais que nous ne faisions pas assez de musique.
AnneAnne,
J'ai relu ton courriel. Je vais le lire encore. Mais en attendant je te souhaite une bonne journée.
Mon épaule me fait moins mal après les soins de Sharar, l'aube ou le crépuscule, je confonds toujours. Et la persistance de ses yeux si bleus et clairs, des yeux que je n'ai jamais rencontrés de toute ma vie.
Une bonne journée pour toi, sans douleurs.
À tout à l'heure avec toute mon amitié.
Ychaï


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