Numéro six d’août
deux mil quatorze.
Jérusalem le vingt
sept août deux mil quatorze à dix heures.
AnneAnne,
Comment vas-tu
ce matin nouveau ?
Je me suis levé
tard, contre mes habitudes. La fatigue et la chaleur ne me permettent pas de
m'endormir. Ce n'est pas une plainte.
J'ai tourné dans
l'appartement en buvant du café jusqu'à prendre une décision que j'avais
procrastiné.
La décision de
couper mes plantes aromatiques poussant sur le balcon et qui avaient pris des
proportions étonnantes. De les ficeler et de trouver un espace dans l'appartement
pour le séchage.
Occupation
étonnamment énergétique qui me permet de t'écrire.
Je viendrai
probablement en France vers la mi-octobre, pour accompagner un ami qui veut
vendre sa chambre de bonne. Un ami russe peintre avec qui j'ai peint dans
l’atelier de nombreuses années avec le groupe que nous avions fondé
« Jérusalmix ».
Je profiterai
aussi pour assister au mariage de la fille aînée de mon cousin Louis. Un cousin
de la branche maternelle. Il est musicien jouant de l'alto et professeur au
conservatoire national de Paris. Donc je serai à Paris et je serai aussi un ou
deux jours à Marseille pour saluer mes cousines germaines, les filles de la
sœur de ma mère, Rolande, décédée il y a deux ans, deux mois avant d'avoir
atteint l'age de cent ans.
Je cherche des
billets bon marché avec un ordinateur fou qui affiche n'importe qui, mais n'a
pas encore attaqué le « Libre Office », logiciel dont je me sers pour
écrire.
La journée
d'hier était très chaude. Je ne suis pas allé à l'atelier. Je suis quand même
sorti pour un soin, puis j’ai été invité par mon cousin au restaurant. Le
cousin germain de la branche paternelle, Claude et sa femme Paule, dont la
générosité me permet d'être logé humainement dans ce petit appartement où je
voulais vous inviter.
J'ai habité dans
le béton de mon studio, étant obligé tout les matins de courir à la piscine
municipale pour les soins corporels nécessaires à la maintenance de ma dignité.
J'ai perdu mon appartement qui état situé au centre de la ville, un très
agréable appartement de soixante dix mètres carrés, il y a sept ans. J'y avais
vécu trente ans et j'ai du me réfugier dans le studio pendant douze ans. Mon
cousin Claude, ayant pris sa retraite dans le pays, voyant ma détresse, a
acheté l'appartement où je me trouve actuellement. J'ai pu lutter plus
efficacement pour sortir de la dépression, qui s'était aggravé par le choc de
ce vol. Heureusement que je louais ce studio depuis quelques années. Cela m'a
permis de survivre.
Est-ce une
nouvelle histoire ?
Cet appartement
que je pensais être ma dernière station. Je m'étais trompé.
Comme nous ne
pouvons prévoir le futur, un projet de démolition pour construire une tour se
prépare, me forçant à devoir chercher une autre caverne qui sera payée par les
constructeurs, en attendant la finition du projet. Je pourrais m’y réinstaller
si tout va bien et si je peux attendre sans encombres.
La personne qui
monte la vidéo de la dernière exposition m'a téléphoné en me donnant des
nouvelles positives sur l'impact et sur les personnes qui sont déjà intéressées.
Cela me donne plus d’espoir et plus d'énergie sur le projet « Ma
mère ».
La paresse,
quelques doutes, et la tête vide de ces derniers temps, ne m'ont pas permis de
reprendre la description du projet. Je m'aperçois qu'il serait urgent de me remettre
à la formulation.
J'aimerais l'écrire
l'historique au lieu des textes pour le promouvoir, mais l'ampleur du projet
nécessite la recherche d'un financement conséquent.
J'espère
t'envoyer bientôt un papier pour que tu m'écrives tes remarques, si tu le veux
bien.
J'ai rencontré
Guy par hasard dans la rue « des Géants », où j’étais en train
d'attendre mon cousin et sa femme devant le restaurant. Il est resté avec nous
pour prendre un café avant de partir à son rendez-vous chez son oculiste. Mon
cousin, en quelques minutes, lui a raconté sa période de parachutiste pendant
la guerre d'Algérie. J'ai entendu plus de mille fois les histoires de mon
cousin qui au début, c'est à dire depuis plus de soixante ans m'énervaient,
mais que je me force à supporter actuellement en pensant à la dette morale que
je lui dois et à sa folie égocentrique qui me fascine encore.
J'ai voulu fuir
depuis l'âge de quatorze ans, famille paternelle et maternelle, jusqu'à que je
comprenne que je ne peux me séparer et couper les liens, quels que soient les liens.
J'ai appris longtemps après, c'est à dire soixante ans plus tard, que la seule
libération est intérieure.
A développer.
Je vais essayer
de faire quelque chose, pour ne pas tourner en rond dans l'appartement, par
exemple reprendre le tableau chronologique que je n'ai pas touché depuis un
mois ou plus.
En fait,
aujourd'hui, au lien de ces histoires, j'aurais voulu écrire sur le projet.
AnneAnne.
Je te souhaite,
en plus de tous les souhaits qui sont importants, vivant dans ma mémoire, une
belle et bonne journée.
Ychaï
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