lundi 4 juillet 2016

11 août 2014 Roger


Jérusalem le onze août deux mil quatorze à sept heures quarante.

AnneAnne,

Lire de tes nouvelles me fait toujours très plaisir et aussi sentir ta joie d'être avec Salomé.
Je me demande si mes courriels envoyés ces derniers temps, que j'ai adressé à l’adresse de ton courriel nommé « Sainte – Anne »  sont arrivés.
Ton dernier courriel, me donne à penser que ma façon de m'exprimer est imparfaite, car elle oriente ta pensée. Je ne pense pas être entièrement apolitique. Je suis surtout en ce moment toutes les sortes d'informations. Non pas seulement celles qui viennent de France Culture, mais aussi de toutes sortes de « newsletters » de provenances diverses. J'ai l'envie quelquefois de les transmettre. Mais je ne le fais pas, ne sachant pas les sources de tes propres informations. Je sais aussi que les mots sont polysémiques et provoquent de malentendus. Je ne pense pas que j'ai une notoriété. L'impuissance à laquelle je fais allusion est aussi provoquée par ma maladie, qui est aussi caractérisée par une sensibilité extrême aux situations extérieures. Quand j'entends aussi que l'on massacre ailleurs et que l'on vend les enfants et les jeunes filles et femmes pour quinze à vingt dollars, je suis autant désespéré et détruit par l'inégalité, par rapport à ce qui se passe ici, que les informations (ou non informations) provoquent dans le monde et le regain d'antisémitisme.

« Tu as vécu de manière apolitique, te sentant plus concerné par ce qui se passe au France. Les courants d'idées t'arrivent par la radio. Et tu te réveilles en plein cauchemar. C'est devenu quelque chose que tu ne pourras pas mettre de côté, même si les choses se calment. Tu ne pourras pas oublier, et cette horreur fait partie de toi, comme d'autres ont dû vivre avec l'Holocauste, et leurs enfants avec cet héritage. 
Cela crée chez toi une énergie négative, celle de l'impuissance. Mais tu es un artiste, tu as cette chance. Tu as une notoriété, et à travers ce que tu fais, tu peux témoigner. Il me semble que c'est important, même si le lien avec tes projets actuels, n'est pas évident. »

Je me sens et je suis concerné par tout ce qui se passe concernant la folie dans le monde. Ce paragraphe, ci-dessus, est vrai.
Ma poursuite d'être un artiste fait partie non seulement de mon désir de me soigner – l’art comme thérapie - ; de comprendre aussi philosophiquement, psychologiquement, les sens et les directions de ma vie. Décisions prises, par un besoin intérieur et une recherche. Celles subies ou provoquées par des rencontres.
J'avais un ami, Maurice, que j'ai connu à mon arrivée ici. Il s'est fâché avec moi quand, après plus de trente ans de discussions, lors de l’une de nos dernières discussions au café « Semadar » à Jérusalem, j'ai insisté que ma recherche de guérison et celle de comprendre mon fonctionnement avait pris une place prépondérante. Dans ma dernière conversation avec lui, devant son insistance et son incompréhension, j'ai du exagérer mes intentions en lui disant : si, comme peintre, je devais me mettre une appellation, je m’appellerais le « peintre de ma mère ».  Toutes mes forces avaient été et sont dirigées pour comprendre comment me libérer, me soigner après avoir constaté que j'étais sous la soumission de forces inconscientes et conscientes qui datent de l'enfance. Instinctivement, je me soigne par les voies artistique, psychologique, analytique (Freud, Jung et autres) et chimique (Wellbutrin et Lamictal), en étudiant la philosophie et autres choses, pour comprendre l'amour.
L'amitié, a été une force dirigeante et dirigée, plus que l’amour.
La sociologie et la politique – l'actualité – et autres m'ont échappé.
La chimie et mes séances de psychothérapie m'aident à sortir d'une dépression persistante. La bipolarité est aussi provoquée par l'environnement.
Je vis en oblique. Je me sens attaché au monde, en passant derrière ma tête mon bras droit ou gauche pour atteindre mon oreille. Une mauvaise image. Mes excuses, c'est une mauvaise sorte d'explication et cela ne veut pas être une justification.
S'il te plaît, lis ces lignes en sachant que, mon amitié pour toi veut préserver dans la lumière, malgré les obscurités des mots, leurs polysémies. Cela me fait penser aux tunnels, et aussi à la taupe, la nouvelle de Kafka.
La profondeur et la lumière sont multiples, bonnes et mauvaises.
J'ai de l'amitié une haute idée. Je préserve et je construis les lignes de la continuité, de la sincérité, de la volonté de réparation des malentendus.

Je nettoie. Si par hasard, à l’heure actuelle, les gens me demandent quel est mon état, je réponds que je suis « employé de surface ». Nouveau terme employé par les Institutions pour cataloguer les hommes qui font le ménage. 

Chère amie, ce long courriel imparfait – comme est toute écriture ou parole – parce ce que, l'on ne peut tout dire.
Mais, toujours, dans l'attente de tes nouvelles et de la vraie poursuite (suite et pour) de notre correspondance, en insistant sur le meilleur et sur l'ouverture vers…
Mon amitié, ma présence vivante et proche, mon espoir. Une promesse…

Ychaï

AnneAnne

Je relis ton courriel et je le trouve très vrai. Oui, aidant.




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