lundi 4 juillet 2016

19 août 2014 Roger

Un souffle nouveau.

Jérusalem le dix neuf août deux mil quatorze à dix neuf heures trente, heure israélienne.  

AnneAnne,
Je rentre du studio, trouve ton courriel que j'ouvre, je lis en étant heureux d'avoir de tes nouvelles. Une éternité s’est écoulée.
Heureux et désolé de te sentir fatiguée et souffrante, ne pouvant t'aider qu'en envoyant des signes de mon amitié.
Avec en plus, la route en V et le coin de tablier.
André H. m'a téléphoné pour me fixer un rendez-vous, mais cette fois, dans la même rue, dans un autre café où l'ombre s'allonge en fin d’après-midi, un café français, « Le Grand Café », où tous les français petits bourgeois viennent manger et déguster leurs excellents gâteaux. Nous avons joué le rôle de « petits français », André ayant commandé un gâteau dont je ne sais pas le nom. Nous l’avons dégusté à deux.
Je cherche encore à perfectionner mon texte de présentation. En changeant la conception, au lieu de l'idée première, je ferai trois projets,
1- Le livre de l'Amour en Peintures, Poèmes, Palimpseste. PPP.
2- Ma Mère. (A partir du mardi huit décembre deux mil quinze, j’appelle ce projet « Mère »)
3- A Deux Mains, à Demain.
Le premier et le troisième projet sont terminés, le deuxième se fabrique tous les jours, avance avec toutes les questions qu'il me pose.

J'ai l'impression que tu ne reçois pas mes courriels, je n'ai pas écrit tous les jours, mais j'ai quand même écrit.
Je suis trop paresseux pour ouvrir l'historique, je le ferai malgré tout pour renvoyer ce que je pense que tu n'as pas reçu.
La raison pour laquelle j'envoie à tes deux adresses, est, non pour te submerger de ma mauvaise prose, mais pour être sûr, dans la mesure où l'on peut, qu’ils te parviennent.

J'ai repris mes investigations en posant des questions à Guy Abrahami et à André Hajdu.
Guy a encore une excellente mémoire et aime raconter.
J'ai commencé à lui demander et à préciser les dates de son arrivée à Oran pour faire les études qu'il ne pouvait faire dans son village. Il habitait Ain-Témouchent, le village où la sœur de ma mère habitait. Un village où je me sentais mieux qu’à Oran, grâce à la présence de ma tante Rolande.
Je lui ai demandé de me raconter sa rencontre avec sa future femme, Nicole. En l'écoutant, j'ai pu ajouter encore quelques pièces au puzzle de ma mémoire.
L'histoire m'est compréhensible, mais j'ai plus de mal avec la géographie et les noms des rues d'Oran.
Je chercherai des plans de la ville de ce temps-là.
Guy conte en détails, d'une voix agréable et lente, le contraire d'André qui parle dans sa barbe en ne finissant pas ses phrases. Aujourd'hui, André était en forme et parlait plus clairement.
Nous avons parlé de Femia, une jeune femme hollandaise qui lui a révélé la sexualité à Anglet. Malgré le désir de mariage d'André, Femia a compris qu'elle ne pouvait pas se marier avec lui.
La mère de Femia a sauvé des centaines d'enfants juifs, était l'amie de Tante Ida qui dirigeait ce réseau de sauvetage. Tante Ida  avait fondé et était la directrice d’une colonie de vacances à Anglet, « la Colonie de la Plage de la Chambre d'Amour ».
A la sortie de Biarritz, se trouve le village : Anglet. Sur une petite route qui liait Biarritz à Bayonne se trouvait la colonie de vacances, en traversant la route, il fallait descendre une falaise pour arriver à la « Plage de la Chambre d’Amour ».
La « Chambre d'Amour » était une grotte qui avait abrité les amours d'un couple. Ce couple s’est fait surprendre par la marée et ils sont morts noyés. J'imagine une belle mort à deux, dans une grotte envahie par les flots. Le retour dans les eaux et dans la caverne maternelle.
J'ai passé les vacances d'été en mil neuf cent cinquante huit et mil neuf cent soixante, mais pas je n'étais pas là, l'année où André a rencontré Femia, mil neuf cent cinquante neuf. Je ne suis pas sûr des dates, sauf de mil neuf cent cinquante huit.

Quelle étrangeté, ce nouveau dialogue avec Guy et mon nouveau regard, ma nouvelle écoute envers lui. De ces trois dernières rencontres, je suis sorti heureux.
Guy et Nicole ont perdu, il y a trois ans, leur fils cadet, tué par un skipper que se trouvait à la frontière entre Eilat et l’Égypte, au moment où il y a eu des attentats. (Demander à Guy la date exacte.)
Avant-hier, ils ont commémoré l'anniversaire de sa mort.
Je connaissais leur fils depuis sa naissance, il était né à Paris.
Je ne suis pas allé les visiter pendant les sept jours. Je me suis excusé par téléphone. Je ne peux plus aller dans ces manifestations.

- J'ai retrouvé Guy et sa famille à Paris, par hasard, dans la rue Saint-Jacques, vers 1960. Guy A. et David Z. m’ont aperçu de leur camionnette, m’ont klaxonné, et nous avons échangé nos coordonnées.
J'étais alors élève de guitare classique à la Schola Cantorum.
Guy avait un ami, assez fou, David Z. La folie de puissance des séducteurs qui se veulent aussi « gourou ». Ce genre de folie des gens qui ne peuvent jamais finir un projet, non pas pour le bon motif, mais pour garder toujours la puissance sur l’autre.
J'avais rencontré Messodie Z., la sœur de David Z., non, par le canal de Guy, mais par une amie qui fréquentait notre groupe à la Coupole, à Montparnasse, où l’on se retrouvait chaque soir.
Avec Messodie, nous avions pensé à nous marier, mais j'ai eu peur de la folie de David.
La fréquentation de Guy et David à cette époque a aidé à prendre la décision de mon départ en mil neuf cent quatre vingt un en Israël, pensant participer au projet de David de créer une école itinérante en Israël, où j’aurais été professeur de musique. Le projet ne sera jamais réalisé.
Après la mort de mon père, en mil neuf cent soixante dix neuf, ma dépression s’est intensifiée.
Dans cette détresse, en rencontrant encore, par hasard, David, dans une conférence au Centre « Rachi », il m'avait convaincu de faire partie de son projet : une école itinérante en Israël.
Guy A. étant déjà parti avec sa famille et avait commencé à travaillé à la création de cette école. En mil neuf cent quatre vingt un, il avait loué une maison arabe avec un grand jardin à Guilo, en face de Tantour. A l’heure actuelle, c’est la route vers les tunnels. A l’époque, c’était vraiment la campagne.
Le projet de l’école itinérante ne s'est jamais réalisé : David ne pouvant se résigner à vivre en Israël. Bien qu'il y ait vécu, qu’il s'y soit marié et ait eu deux enfants dans un kibboutz, après être sorti du Maroc.
Sa femme, après quelques années, s'est enfuie en emmenant les deux filles qu'elle avait eues avec lui. Elle est retournée dans sa famille australienne.
David n'a revu ses filles que longtemps après.

AnneAnne,
Prends bien soin de toi.
J'attends aussi des bribes d'informations, le coin du tablier m'ayant fait rêver.
Ni fatigue, ni souffrance mais beaucoup d'espoirs. Un souhait pour gravir la montagne.

Ychaï.


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