Un souffle nouveau.
Jérusalem le dix neuf août deux mil
quatorze à dix neuf heures trente, heure israélienne.
AnneAnne,
Je rentre du studio, trouve ton courriel
que j'ouvre, je lis en étant heureux d'avoir de tes nouvelles. Une éternité
s’est écoulée.
Heureux et désolé de te sentir fatiguée
et souffrante, ne pouvant t'aider qu'en envoyant des signes de mon amitié.
Avec en plus, la route en V et le coin
de tablier.
André H. m'a téléphoné pour me fixer un rendez-vous,
mais cette fois, dans la même rue, dans un autre café où
l'ombre s'allonge en fin d’après-midi, un café français, « Le
Grand Café », où tous les français petits bourgeois viennent manger et
déguster leurs excellents gâteaux. Nous avons joué le rôle de « petits
français », André ayant commandé un gâteau dont je ne sais pas le nom. Nous
l’avons dégusté à deux.
Je cherche encore à perfectionner mon
texte de présentation. En changeant la conception, au lieu de l'idée première,
je ferai trois projets,
1- Le livre de l'Amour en Peintures,
Poèmes, Palimpseste. PPP.
2- Ma Mère. (A partir du mardi huit décembre
deux mil quinze, j’appelle ce projet « Mère »)
3- A Deux Mains, à Demain.
Le premier et le troisième projet sont
terminés, le deuxième se fabrique tous les jours, avance avec toutes les
questions qu'il me pose.
J'ai l'impression que tu ne reçois pas
mes courriels, je n'ai pas écrit tous les jours, mais j'ai quand même écrit.
Je suis trop paresseux pour ouvrir
l'historique, je le ferai malgré tout pour renvoyer ce que je pense que tu n'as
pas reçu.
La raison pour laquelle j'envoie à tes
deux adresses, est, non pour te submerger de ma mauvaise prose, mais pour être
sûr, dans la mesure où l'on peut, qu’ils te parviennent.
J'ai repris mes investigations en posant
des questions à Guy Abrahami et à André Hajdu.
Guy a encore une excellente mémoire et
aime raconter.
J'ai commencé à lui demander et à
préciser les dates de son arrivée à Oran pour faire les études qu'il ne pouvait
faire dans son village. Il habitait Ain-Témouchent, le village où la sœur de ma
mère habitait. Un village où je me sentais mieux qu’à Oran, grâce à la présence
de ma tante Rolande.
Je lui ai demandé de me raconter sa
rencontre avec sa future femme, Nicole. En l'écoutant, j'ai pu ajouter encore
quelques pièces au puzzle de ma mémoire.
L'histoire m'est compréhensible, mais
j'ai plus de mal avec la géographie et les noms des rues d'Oran.
Je chercherai des plans de la ville de
ce temps-là.
Guy conte en détails, d'une voix
agréable et lente, le contraire d'André qui parle dans sa barbe en ne finissant
pas ses phrases. Aujourd'hui, André était en forme et parlait plus clairement.
Nous avons parlé de Femia, une jeune
femme hollandaise qui lui a révélé la sexualité à Anglet. Malgré le désir de
mariage d'André, Femia a compris qu'elle ne pouvait pas se marier avec lui.
La mère de Femia a sauvé des centaines
d'enfants juifs, était l'amie de Tante Ida qui dirigeait ce réseau de
sauvetage. Tante Ida avait fondé et
était la directrice d’une colonie de vacances à Anglet, « la Colonie de la
Plage de la Chambre d'Amour ».
A la sortie de Biarritz, se trouve le
village : Anglet. Sur une petite route qui liait Biarritz à Bayonne se
trouvait la colonie de vacances, en traversant la route, il fallait descendre
une falaise pour arriver à la « Plage de la Chambre d’Amour ».
La « Chambre d'Amour » était
une grotte qui avait abrité les amours d'un couple. Ce couple s’est fait
surprendre par la marée et ils sont morts noyés. J'imagine une belle mort à
deux, dans une grotte envahie par les flots. Le retour dans les eaux et dans la
caverne maternelle.
J'ai passé les vacances d'été en mil
neuf cent cinquante huit et mil neuf cent soixante, mais pas je n'étais pas là,
l'année où André a rencontré Femia, mil neuf cent cinquante neuf. Je ne suis
pas sûr des dates, sauf de mil neuf cent cinquante huit.
Quelle étrangeté, ce nouveau dialogue
avec Guy et mon nouveau regard, ma nouvelle écoute envers lui. De ces trois
dernières rencontres, je suis sorti heureux.
Guy et Nicole ont perdu, il y a trois
ans, leur fils cadet, tué par un skipper que se trouvait à la frontière entre
Eilat et l’Égypte, au moment où il y a eu des attentats. (Demander à Guy la
date exacte.)
Avant-hier, ils ont commémoré l'anniversaire
de sa mort.
Je connaissais leur fils depuis sa
naissance, il était né à Paris.
Je ne suis pas allé les visiter pendant
les sept jours. Je me suis excusé par téléphone. Je ne peux plus aller dans ces
manifestations.
- J'ai retrouvé Guy et sa famille à
Paris, par hasard, dans la rue Saint-Jacques, vers 1960. Guy A. et David Z.
m’ont aperçu de leur camionnette, m’ont klaxonné, et nous avons échangé nos
coordonnées.
J'étais alors élève de guitare classique
à la Schola Cantorum.
Guy avait un ami, assez fou, David Z. La
folie de puissance des séducteurs qui se veulent aussi « gourou ». Ce
genre de folie des gens qui ne peuvent jamais finir un projet, non pas pour le
bon motif, mais pour garder toujours la puissance sur l’autre.
J'avais rencontré Messodie Z., la sœur
de David Z., non, par le canal de Guy, mais par une amie qui fréquentait notre
groupe à la Coupole, à Montparnasse, où l’on se retrouvait
chaque soir.
Avec Messodie, nous avions pensé à nous
marier, mais j'ai eu peur de la folie de David.
La fréquentation de Guy et David à cette
époque a aidé à prendre la décision de mon départ en mil neuf cent quatre
vingt un en Israël, pensant participer au projet de David de créer une école
itinérante en Israël, où j’aurais été professeur de musique. Le projet ne sera
jamais réalisé.
Dans cette détresse, en rencontrant
encore, par hasard, David, dans une conférence au Centre « Rachi »,
il m'avait convaincu de faire partie de son projet : une école itinérante
en Israël.
Guy A. étant déjà parti avec sa famille
et avait commencé à travaillé à la création de cette école. En mil neuf cent
quatre vingt un, il avait loué une maison arabe avec un grand jardin à Guilo,
en face de Tantour. A l’heure actuelle, c’est la route vers les tunnels. A
l’époque, c’était vraiment la campagne.
Le projet de l’école itinérante ne s'est
jamais réalisé : David ne pouvant se résigner à vivre en Israël. Bien
qu'il y ait vécu, qu’il s'y soit marié et ait eu deux enfants dans un kibboutz,
après être sorti du Maroc.
Sa femme, après quelques années,
s'est enfuie en emmenant les deux filles qu'elle avait eues avec lui.
Elle est retournée dans sa famille australienne.
David n'a revu ses filles que longtemps
après.
AnneAnne,
Prends bien soin de toi.
J'attends aussi des bribes
d'informations, le coin du tablier m'ayant fait rêver.
Ni fatigue, ni souffrance mais beaucoup
d'espoirs. Un souhait pour gravir la montagne.
Ychaï.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire