mardi 26 juillet 2016

12 septembre 2014 Roger 1

Numéro seize du douze septembre deux mil quatorze.

Liste des suppressions

Jérusalem le douze septembre deux mil quatorze à douze heures quarante cinq.

AnneAnne,

Un silence d'un jour pour cause de fatigue. Tout ce que j'ai écrit dans ma tête, naturellement, a été oublié ou est descendu dans les profondeurs.

Liste des suppressions :

J'ai supprimé : le pain, le lait de vache, presque les voyages, le rasoir à lame et le rasoir électrique, voir des films au cinéma ou sur l'ordinateur, la télévision mais pas tout à fait la radio transistor, les glaces et sorbets, surtout au chocolat, malgré ma fascination pour le blanc et le froid. Se reporter à mes précédents courriels.

Je n'ai pas supprimé l'amitié et l'amour, la soif d'apprendre, les kilos en trop, la rencontre et le contact, la vue intérieure et la vue des mamans avec leurs poussettes.

J'ai supprimé les lunettes de vue mais pas de soleil, le savon et le shampooing pour raison écologique, les parfums et la viande, les farines, le vin et les alcools, et les croissants au beurre.

Je n'ai pas supprimé ma curiosité, mes envies, mes désirs, mes rêves et mes espoirs, les « O méga trois », les sardines et les maquereaux en boites à l'huile d'olive, les vieux papiers et les factures.

J'ai supprimé les sous-vêtements pour cause de santé, les statines et le micropirine, la friture, la natation et la voiture, les invitations à déjeuner, la lecture des lettres de la banques et des factures.

Je n'ai pas supprimé mes doutes, mes répétitions, mes manies, une certaine nostalgie, la croyance au changement, la couleur de mes yeux, les cauchemars et mes fantômes, les envies de dormir quand je suis fatigué.

J'ai supprimé certaines habitudes, mais pas toutes. Le rêve de l'absolu. Les rencontres à plusieurs, les invitations en général et le poivre.

Je n'ai pas supprimé le café, le désordre physique et mental, la façon de bouger les jambes quand je suis assis, la vitesse de mes actions, le défaut de faire plusieurs choses à la fois, l'huile de l'arbre à thé.

J'ai supprimé la mauvaise térébenthine, la lessive, le dentifrice, les heures des repas, la régularité du déroulement des jours et des nuits, la quotidienneté, la course après l'autobus.

Je n'ai pas supprimé la mauvaise habitude de traverser en dehors des passages autorisés, pas supprimé entièrement le sel, le souvenir de l'enfance et les vacances à Cap Falcon, au bord de la mer, le goût du sel marin sur ma peau.

J'ai supprimé les grands repas, les assemblées de plus de deux personnes, les associations politiques, les journaux et les magazines, l'écoute de Jacques Lacan, la pensée d'être ailleurs, l'aspirateur qui fait du bruit, le plastique et le chewing-gum.

Je n'ai pas supprimé l'odeur des mimosas du jardin de la villa des parents de Michèle B., le goût des poivrons rouges séchés au soleil et conservés dans des bocaux en verre avec de l'huile d'olive, gardés pour la consommations des fêtes de Pâque, le vide au-dessous de mes pieds.

J'ai supprimé la fausse tristesse et la fausse nostalgie, le talc parfumé, les ampoules qui ne sont pas économiques, ma façon de marcher les yeux fixés sur le sol, la crispation de mes épaules.

Je n'ai pas supprimé les démangeaisons, la peur de me regarder dans un miroir et d'arriver en retard aux rendez-vous, la tristesse de ne pas réaliser toutes les promesses que je me suis faites, la jalousie et la comparaison.
À suivre…mes yeux se ferment.

Je te souhaite une bonne nuit et un bon réveil, avec mon grand bon jour.

Ychaï


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