Cher Ychaï,
Je commençais à être inquiète et j'allais
t'écrire.
J'essaie de réfléchir à la façon dont je vivrais
ta situation. Chacun de nous a un tracé différent qui l'a amené là où il est.
C'est donc impossible d'imaginer ce que tu vis. Juste une faible idée du
contexte. Oui, oui, oui…
La nouveauté, c'est qu'un courant qui n'est ni pro
palestinien, ni contre Israël émerge publiquement. Même si cette voix est
faible, il y a des gens qui veulent la paix, le respect des individus, l'arrêt
des massacres. Ils reconnaissent que la situation des palestiniens est
l'engrenage de la violence. Comment vivre dans la paix ? Oui, oui, oui…
Il faut (mon langage est directif, mais ma pensée
ne l'est pas, je crois que je te dis ce que je ferais moi, et tu entends ce qui
résonne, pas le reste, oui, oui, oui) que tu appartiennes à ce
courant. Tu as vécu de manière apolitique, te sentant plus concerné par ce qui
se passe au France, les courants d'idées qui t'arrivent par la radio. Et
tu te réveilles en plein cauchemar. C'est devenu quelque chose que tu ne
pourras pas mettre de côté, même si les choses se calment. Tu ne pourras pas
oublier, et cette horreur fait partie de toi, comme d'autres ont dû vivre avec
l'Holocauste, et leurs enfants avec cet héritage. Oui, Oui, Oui…
Cela crée chez toi une énergie négative, celle de
l'impuissance, mais aussi la bipolarité. Mais tu es un artiste, tu as cette
chance. « Je cherche à être ».
Tu as une notoriété, et à travers ce que tu fais, tu peux témoigner. A
réfléchir. Il me semble que c'est important, même si le lien avec tes projets
actuels, n'est pas évident. Oui…
Je ne vais pas trop mal physiquement, malgré le
dos qui encaisse. Je n'arrive pas à me priver du plaisir de porter Salomé, ce
petit corps tout chaud avec son odeur de bébé. Ça ne durera pas, j'en profite.
C'est sur le plan moral que c'est épuisant. Avec Luc, nous n’avons jamais le
temps d'avoir une conversation. Elle prend toute la place, et on la lui laisse
avec joie, mais c'est fatiguant, aussi à cause de nos limites physiques. Pas de
grandes promenades, ni de baignades à la rivière.
Je t'en parlerai plus tard parce que je n'ai pas
le temps, mais elle a cristallisé une notion du temps qui est passé, qui ne
reviendra pas. Des regrets, tout en sachant qu'il est impossible de concilier
« être » et « avoir été ».
J'ai besoin de réfléchir et elle ne m'en laisse
pas le temps.
Mon amitié, sincère, chaleureuse et j'espère
aidant.
A bientôt
Il y a encore une semaine à passer, à moitié avec
Salomé, à moitié avec ses parents, qui j'espère, comprendront notre besoin
d'être seuls.
Elle, elle va me manquer terriblement, parce qu'au
téléphone on ne parle pas vraiment. Elle me raconte tellement de choses ici.
Elle est si drôle et futée.
Peut-être.
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