lundi 4 juillet 2016

24 juillet 2014 Roger 3

Être blessé

Jérusalem le vingt quatre juillet deux mil quatorze à vingt deux heures quinze.
AnneAnne,
Chère Anne
Toute la journée, j'ai pensé à ta question.

Est-il possible de penser que l'amitié, que la confiance que nous partageons, puisse m’amener à me sentir blessé ?
Les mots, la parole avec les mots, l'écriture sont équivoques. Il faut être virtuose pour trouver les mots justes. Et malgré tout le mot a toujours besoin du commentaire. Ou chercher le « comment taire ».
Le choix est de choisir le silence qui peut mener à la contemplation, ou la parole que sera sans fin parce qu'une parole ne peut dire le tout et doit se développer ou être totalitaire. Univoque. Un seul sens.
Dans l'amitié se trouve la balance entre la parole et le silence sans que les amis s'en trouvent incommodés.
Devant cette affreuse réalité et actualité, j'ai choisi le silence sur les faits et l'écriture (parole) qui continue les liens que nous tissons avec nos fils.
Je choisis de te lire et de me raconter. De lire tout ce que tu veux m'écrire et d'essayer de te répondre sur ce qu'il m'est possible.
Je suis inquiet et je travaille pour que les liens ne se brisent par incompréhension ou impatience.
Mon amitié avec André Hajdu date de mil neuf cent cinquante six et celle avec Dadou de mil neuf cent soixante – soixante et un.
Cinquante sept ans avec André Hajdu et cinquante trois avec Dadou.
Tout ce que tu écris sont des sources de questions, de réflexions pour moi, de découvertes de toi et de révélations que tu provoques.
Une intimité qui se tisse pour aider à une révélation.
Mon obsession me pousse à essayer de continuer dans la même direction et la vie m'apprend que cela n'est pas possible. J’essaye d'apprendre à cheminer et à accepter les déviations en gardant le son et la lumière que j'ai entendus dans l'enfance et qui m'ont porté et aidé à garder un cap dans une barque livrée aux éléments calmes ou furieux. Un cap vers l’espérance et l'utopie.
Je ne suis pas blessé parce que mon amitié pour toi que je clame à chaque courriel n'est pas vide. Cette amitié est pleine d'un immense espoir, l'espoir d'une vérité, la vérité de la rencontre.
Il me tarde après cette tempête et avant une autre tempête de rependre le tissage.
AnneAnne,
Je me suis tordu le dos au studio. Je dois m'allonger pour réparer ce dos.
Demain, je dois descendre à Tel-Aviv pour revoir le film dans lequel j'ai tourné.
Il s’appelle « L'opération ». J’y joue le rôle d'un chirurgien.
Je dois rencontrer mon neveu. Il est possible que je dorme chez lui.
Passe une bonne nuit avec des rêves de paix. Un souffle…
Ychaï


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