Numéro vingt trois du vingt trois
septembre deux mil quatorze
Qui peut dire où vont les fleurs du
temps qui passe ?
Jérusalem le vingt trois septembre
deux mil quatorze à six heures cinquante cinq.
AnneAnne,
Est-ce que je peux écrire sur toutes
les sortes de frissons ?
Le frisson de l'attente. L'attente de
la rencontre. L'attente d'un courriel. L'attente de penser que l'on peut
guérir. Toutes sortes d'attentes qui me tiennent en vie.
Peut-on ainsi dire ?
Après la mort de mon professeur de violon, j'ai attendu un peu
pour vendre mes violons.
Sans le comprendre, la Mort a, si je me souviens bien, fait
arrêter mes études de musique.
Je veux dire cette souffrance de perdre la personne à laquelle
on s'est attaché. Apprendre, pour moi, passe par la relation affective.
Peut-on apprendre sans cette fibre ?
Un peu plus tard, ce fut la mort brutale d'Ida Presti, alors que
j’étais étudiant avec elle et avec Alexandre Lagoya.
C'était à Oran. Je devais être âgé de douze ans environ. Tu sais
que les dates ne sont pas précises.
Je suis allé, seul, sans aide, sans avoir demandé à personne,
vendre mes deux petits violons dans un magasin de musique que je revois encore
dans ma banque d'images intérieures.
J'ai ensuite acheté ma première guitare. Je ne me souviens plus
si c'était dans le même magasin. J'ai cherché un professeur pour cet instrument.
J'ai trouvé une femme habitant une loge de concierge. Elle avait joué de la
mandoline pour accompagner son mari clown.
Ils avaient, pour leur retraite, trouvé cet abri. Elle
enseignait dans une soupente qui se trouvait dans leur loge de concierge.
Arrivé à Strasbourg en mil neuf cent cinquante six, j'ai cherché
à continuer mes études de musique et de guitare, ayant l'impression que c'était
la seule grande chose qui m’intéressait et me permettait de surmonter ma
mélancolie. J'ai trouvé une école de guitare dirigée par Fernandez Lavie.
Arrivé à Paris, j'ai étudié boulevard Beaumarchais, où se
trouvait un grand magasin d’instruments de musique. Ce magasin existe toujours.
Au premier étage se trouvait une école. Après un an, j'ai découvert la
« Schola Cantorum », école au sein de laquelle j'ai fait la plus
grande partie de mes études de musique.
Je suis resté plus de vingt ans dans cette école. Elle est située
rue Saint Jacques, proche de l’hôpital du Val de Marne où j'ai été ensuite réformé
de l’armée en mil neuf cent cinquante huit.
Je suis passé de l'état d'étudiant avec Ida Presti et Alexandre
Lagoya à celui de professeur jusqu'à ma démission, vers mil neuf cent soixante
quinze – soixante dix huit.
A part cette démission volontaire, je garde un souvenir
peut-être inexact d'avoir toujours été renvoyé de quelque part.
J'ai pris des cours particuliers avec une vielle fille dont je
ne me souviens pas le nom, d'harmonie et de déchiffrage. Je me souviens presque
du nom de la rue dans ce quartier du cinquième arrondissement. Une rue qui
aboutissait sur le boulevard Saint Germain.
Si je n'étais pas angoissé par les dictionnaires, les annuaires
et les plans, je chercherais le nom de cette rue.
Je rêvais d'étudier au Conservatoire National de Musique. Mais
comme à cette époque il n'y avait pas de classe de guitare, j’y suis entré en
apprenant le cor d'harmonie, cet instrument à vent qu'enseignait Monsieur
Devémy.
J'habitais et je travaillais comme gardien de nuit à l'hôtel
Mac-Mahon.
J'ai aussi étudié le chant avec un professeur, qui se trouvait à
côté du conservatoire de la rue de Madrid. Je me souviens avoir appris « La
Ci Darem La Mano », un air de l'opéra « Don Juan » de Mozart.
Je suis entré en mil neuf cent cinquante huit à l’Ecole des
Hautes Etudes Sociales et Pratiques, la seule université où l'on pouvait
étudier sans le bac, avant celle de Vincennes en mil neuf cent soixante huit.
Mon sujet d'études était une thèse sur la guitare. J'ai écrit quelques pages,
puis j'ai changé de sujet au bout de deux ans, ayant rencontré le professeur
Tran Van Khé, un musicien et un savant vietnamien, directeur de l'école de
musique orientale.
Enthousiasmé par la découverte des musiques orientales, j'ai
appris avec lui le Dan Tranh, cithare sur table avec douze cordes que l'on joue
avec des plectres passés dans le pouce et l'index pour la main droite et en
appuyant les deux doigts de la main gauche sur les cordes. La forme de cet
instrument est belle. J'ai donné mon instrument à Hadany, mon ami sculpteur,
pour son anniversaire, il y a deux ans. Ce fut une erreur car au lieu de
l'accrocher comme objet décoratif, il l'a jeté dans un coin. J’en suis blessé.
J'attends toujours de trouver un motif pour le récupérer.
Je dois sortir pour être
« body ». Je continue tout à l'heure.
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