lundi 22 août 2016

9 octobre 2014 Roger 2

Le même jour, mais à vingt et une heures.
Le numéro trente cinq du neuf octobre deux mil quatorze.

La corniche.

AnneAnne,
Je reviens, n'étant pas sorti de toute la journée, de la marche pour le cœur et contre le cholestérol.
De vingt heures à vingt et une heures, le tour, rue de la maison du pain tourner à la vieille gare, revenir par la vallée des géants, brisé mon jeune avec une glace au chocolat et à la vanille en me culpabilisant, rejoint la rue de la maison du pain, n'ai pas pu résister à manger une portion de pizza normale, tomate et fromage, nouvelle culpabilisation, mal à l'estomac mais heureux d'avoir transgresser.

J'aimais beaucoup, Alice, notre gouvernante, réfugiée républicaine d'Espagne, triste d'avoir un mari alcoolique, belle et grande comme dans un tableau en pied de la duchesse, maîtresse du peintre Goya.
Elle nous gardait et nous donnait notre goûter vers quatre heures, l'heure de notre rentrée de l'école.
Elle était très gentille avec moi. Ce goûter servi par Alice était une vrai fête de chocolat chaud. Ayant été un jour puni, punition très grave, ma mère ne voulait pas que j’aille au cinéma voir '' Les neiges du Kilimandjaro ''; elle avait déchiré mon billet et m'avait interdit de goûter. Après que ma mère soit descendue au magasin, Alice, me voyant désespéré, m'a donné mon goûter malgré l'interdiction. Elle avait eu beaucoup de courage pour passer outre aux ordres.
Jusqu'à présent je n'ai pas vu '' les neiges du Kilimandjaro ''.
J'ai été voir Alice, il y a cinquante ans, elle habitait sur la route de la corniche, après un petit pont. Elle était venue habiter Marseille à son départ d'Algérie. Au-dessous de ce petit pont, il y a un restaurant, connu et très bon où mon cousin, le seul garçon de ma tante après trois filles, m'avait invité.
J'aime beaucoup cette petite route au bord de la mer, qui va aux Calanques. Chaque fois que je viens à Marseille, j'essaye de me faire accompagner en voiture jusqu'au bout des Calanques. Il faudrait faire à pied la grande ballade dans ces paysages.
Je t'ai envoyé des photos et un test pour essayer ma tablette. Je pourrais m'en servir pour écrire et recevoir les courriels.
J'ai lu plusieurs fois ton long courriel en me concentrant sur le récit, tout en me demandant l'état de ton épaule, inquiet.
Pour le bateau du Corbusier, tu n'a pas envoyé d'adresse. L'ayant vu toujours de loin, j'ai l'impression que ce bâtiment est très grand avec beaucoup d’entrées. J'attends les photos et plus de précisions.
Je me fais une joie de visiter les refuges de ton enfance.
Le long courriel de tes relations, un récit trop court mais intense avec beaucoup d'informations tristes et dramatiques.
Je lis avec souffrance sans vouloir commenter. Devant la douleur, se taire, souffrir dans le silence ou hurler.
Je suis resté souvent dans l'attente d'une parole de mon père. Un peu avant sa mort à l'hôpital, j'attendais qu'il me parle, ne pouvant supporter son départ sans avoir recueilli de lui une parole personnelle. Il est mort asphyxié par sa maladie de reins, ne pouvant dire que: de l'air, de l'air. Il est mort dans l'intervalle où je suis sorti pour avertir au téléphone mon frère de venir vite.
J'ai lu ton courriel, en regardant sur la carte de mon imagination pour installer ces récits dans la trame de ton histoire. Le récit justifiant la vie, en y inscrivant ses particularités et l'unicité de ton histoire. Je suis ému de ta confiance et que, malgré les douleurs, tu trouves la force de raconter.
Ton récit de l'endroit où tu habitais (la corniche) a fait resurgir le souvenir d'Alice, ma gouvernante.

AnneAnne,
Merci, te lire avec un grand accueil et l'ouverture de mon amitié, l'ouverture du cœur.
Ychaï.


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