mardi 2 août 2016

4 octobre 2014 Roger

Jérusalem le quatre octobre deux mil quatorze à quatorze heures cinq.
N° trente deux du quatre octobre deux mil quatorze.
ESSAI
Sortir de la procrastination pour écrire sur le projet.

AnneAnne,
Dégager la structure.
Je ne comprends pas bien.

Comment est venue l'idée :
J'ai accumulé depuis des années des peintures sur papier, de différents médias, huile, gouache. Je les rangeais, puis les oubliais. Je les retrouvais, puis me demandais si je devais les laisser séparées ou selon une idée existante quand je les faisais, les classer par ordre pour en faire des livres (livre de la mer, livre des cieux, etc…).
Le temps est passé, ces petites peintures que je pensais être des esquisses, existaient chacune pour elle –même. Il n'était pas nécessaire de les ranger par sujet comme je l'avais pensé en les peignant.
Pendant des périodes de vide et d'angoisse où je réfléchissais sur l'avenir de mes tableaux, j’eus l'idée de rassembler ces petits formats dans un grand projet dont le titre m'est apparu comme une évidence :
-Ma Mère, Visages et Mouvements. Entrée dans le Labyrinthe.
Cette idée de rassemblement permettait de les conserver sans les séparer.
Eviter la dispersion et une vente pièce par pièce. Les mettre en valeur les uns par rapport aux autres. Espérer, vu la dimension du projet, être exposé dans un musée ou être acheté par un collectionneur.
Je commençais à imaginer et à construire le labyrinthe. Je réfléchissais et analysais comment ce titre était venu dans mon esprit, puis je compris peu à peu la symbolique.
Peu à peu les fils qui m'avaient conduit s’éclaircissaient, je remontais à la source.
D'où venaient mes difficultés à classer, à jeter, à choisir.
Je cherchais aussi à démêler les nœuds de ces fils, afin de comprendre les forces qui avaient porté ma peinture.
Le choix de mes sujets était pour la grande majorité des figures, des personnages. J'avais peint très peu de natures mortes et de paysages.
Le labyrinthe était ce qui me reliait aux peintures des cavernes, à la peinture des figures, et à la tradition picturale, qui datait de la période ancienne où Marie et les disciples, en enlevant le voile qui recouvrait la figure de Jésus, trouvèrent l'image de ce visage imprimée sur le voile.
La tradition de peinture d’icônes apparut. Les peintres voulant perpétuer cette image, y associèrent peu à  peu la Vierge Marie. La peinture religieuse garda ce sujet qui se transforma dans les temps modernes en peinture de nu.
La mère de Jésus, perdant son caractère sacré, devenait la femme.
La peinture d’icônes rejoignant ainsi la tradition du nu des statues grecques.
Pour moi, l'évidence apparaissait.
Sans le savoir, je n'avais fait que chercher le visage de ma mère dans ces peintures d'un style figuratif-abstrait. J'avais cherché à peindre, même à travers les modèles qui avaient posé dans mes années d'atelier, ce visage de mère, ma mère.
Des images et souvenirs de mon enfance remontaient à la surface. Je voyais, ce que je considérais comme des défauts, ne pas jeter, venait des ficelles et des fils de pêche que mon père, avec une patience infinie, démêlait pendant des heures.
Je contemplais mes peintures et remarquais quelles n'étaient qu'une longue série de variations. Les visages, les expressions de ma mère, ses mouvements.
Je sentais dans la continuité de ce fil, tendu depuis toutes ces années, la force inconsciente qui avait conduit ces représentations. Le présent d'un visage, le souvenir du bébé regardant le visage de sa mère.
L'entrée et la sortie du labyrinthe. Les impasses symbolisent une quête de la séparation improbable.
Ne pas jeter, ne pas se séparer, garder le lien…
Ma vie, ayant été ce combat contre la souffrance de la séparation, les séparations de toutes sortes, les disparitions et la mort.
Ce sont tous ces fils qui sou tendent ce projet.
À corriger, transformer, ajouter, ordonner…

Ce que je veux exprimer:
La variation comme transformation silencieuse.
Qu'une seule image nous porte et dirige notre inspiration.
La couleur et la forme.
Le combat entre la courbe et la droite, symboles du féminin et du masculin.
Les tons des couleurs, révélant les couches de la sensibilité, palimpseste.
L' « Entre » du visible et de l'invisible.
Ma manière de peindre comme apparition et révélation, comme une photo qui dans les temps anciens était plongée dans un bain, qui, selon la durée de ce bain, se montrait peu à peu.

…D'autres choses …

Avec quoi je pense pouvoir toucher le public :
En général, je m'en fous. Je me considère comme le peintre d'une recherche. Les arts que j'ai pratiqués étaient des thérapies exorcisant les conséquences de mes traumatismes et de la relation avec ma mère.
Je ne cherche pas particulièrement à toucher le public, tout en sachant que je peins aussi pour être vu. Mais ce n'est pas mon but.
Les arts que j'ai pratiqués, en dehors des buts thérapeutiques, m'ont appris que je ne peux être un artiste qu'en acceptant que ce que je fais est un cadeau que je reçois gratuitement.
Je ne peux pas peindre sur commande. J'attends. Je me laisse porter par des forces inconscientes.
Etc…

Quel est mon message :
La question sans réponse.
Ne pas être un chasseur qui poursuit sa proie, son but.
La gratuité de l'attente.
Le non-faire dans le faire de l'art.
Montrer qu'un tableau n'est pas un objet, qu'il n'y a pas de relation, sujet objet dans les actes artistiques.
Etc…

Ychaï

VOILA. VOILA.


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