Jérusalem le
quatre octobre deux mil quatorze à quatorze heures cinq.
N° trente deux
du quatre octobre deux mil quatorze.
ESSAI
Sortir de la
procrastination pour écrire sur le projet.
AnneAnne,
Dégager la
structure.
Je ne comprends
pas bien.
Comment est venue
l'idée :
J'ai accumulé
depuis des années des peintures sur papier, de différents médias, huile,
gouache. Je les rangeais, puis les oubliais. Je les retrouvais, puis me
demandais si je devais les laisser séparées ou selon une idée existante quand
je les faisais, les classer par ordre pour en faire des livres (livre de la
mer, livre des cieux, etc…).
Le temps est
passé, ces petites peintures que je pensais être des esquisses, existaient
chacune pour elle –même. Il n'était pas nécessaire de les ranger par sujet
comme je l'avais pensé en les peignant.
Pendant des périodes
de vide et d'angoisse où je réfléchissais sur l'avenir de mes tableaux, j’eus
l'idée de rassembler ces petits formats dans un grand projet dont le titre
m'est apparu comme une évidence :
-Ma Mère,
Visages et Mouvements. Entrée dans le Labyrinthe.
Cette idée de
rassemblement permettait de les conserver sans les séparer.
Eviter la
dispersion et une vente pièce par pièce. Les mettre en valeur les uns par
rapport aux autres. Espérer, vu la dimension du projet, être exposé dans un
musée ou être acheté par un collectionneur.
Je commençais à
imaginer et à construire le labyrinthe. Je réfléchissais et analysais comment
ce titre était venu dans mon esprit, puis je compris peu à peu la symbolique.
Peu à peu les
fils qui m'avaient conduit s’éclaircissaient, je remontais à la source.
D'où venaient
mes difficultés à classer, à jeter, à choisir.
Je cherchais
aussi à démêler les nœuds de ces fils, afin de comprendre les forces qui
avaient porté ma peinture.
Le choix de mes
sujets était pour la grande majorité des figures, des personnages. J'avais
peint très peu de natures mortes et de paysages.
Le labyrinthe
était ce qui me reliait aux peintures des cavernes, à la peinture des figures,
et à la tradition picturale, qui datait de la période ancienne où Marie et les
disciples, en enlevant le voile qui recouvrait la figure de Jésus,
trouvèrent l'image de ce visage imprimée sur le voile.
La tradition de
peinture d’icônes apparut. Les peintres voulant perpétuer cette image, y associèrent
peu à peu la Vierge Marie. La peinture
religieuse garda ce sujet qui se transforma dans les temps modernes en
peinture de nu.
La mère de Jésus,
perdant son caractère sacré, devenait la femme.
La peinture
d’icônes rejoignant ainsi la tradition du nu des statues grecques.
Pour moi,
l'évidence apparaissait.
Sans le savoir,
je n'avais fait que chercher le visage de ma mère dans ces peintures d'un style
figuratif-abstrait. J'avais cherché à peindre, même à travers les modèles qui
avaient posé dans mes années d'atelier, ce visage de mère, ma mère.
Des images et
souvenirs de mon enfance remontaient à la surface. Je voyais, ce que je
considérais comme des défauts, ne pas jeter, venait des ficelles et des fils de
pêche que mon père, avec une patience infinie, démêlait pendant des heures.
Je contemplais
mes peintures et remarquais quelles n'étaient qu'une longue série de
variations. Les visages, les expressions de ma mère, ses mouvements.
Je sentais dans
la continuité de ce fil, tendu depuis toutes ces années, la force inconsciente qui avait conduit ces représentations. Le présent d'un visage, le souvenir du
bébé regardant le visage de sa mère.
L'entrée et la
sortie du labyrinthe. Les impasses symbolisent une quête de la séparation
improbable.
Ne pas jeter, ne
pas se séparer, garder le lien…
Ma vie, ayant
été ce combat contre la souffrance de la séparation, les séparations de toutes
sortes, les disparitions et la mort.
Ce sont tous ces
fils qui sou tendent ce projet.
À corriger,
transformer, ajouter, ordonner…
Ce que je veux
exprimer:
La variation
comme transformation silencieuse.
Qu'une seule
image nous porte et dirige notre inspiration.
La couleur et la
forme.
Le combat entre
la courbe et la droite, symboles du féminin et du masculin.
Les tons des
couleurs, révélant les couches de la sensibilité, palimpseste.
L'
« Entre » du visible et de l'invisible.
Ma manière de peindre
comme apparition et révélation, comme une photo qui dans les temps anciens
était plongée dans un bain, qui, selon la durée de ce bain, se montrait peu à
peu.
…D'autres choses
…
Avec quoi je
pense pouvoir toucher le public :
En général, je
m'en fous. Je me considère comme le peintre d'une recherche. Les arts que j'ai
pratiqués étaient des thérapies exorcisant les conséquences de mes traumatismes
et de la relation avec ma mère.
Je ne cherche
pas particulièrement à toucher le public, tout en sachant que je peins aussi
pour être vu. Mais ce n'est pas mon but.
Les arts que
j'ai pratiqués, en dehors des buts thérapeutiques, m'ont appris que je ne peux
être un artiste qu'en acceptant que ce que je fais est un cadeau que je
reçois gratuitement.
Je ne peux pas
peindre sur commande. J'attends. Je me laisse porter par des forces
inconscientes.
Etc…
Quel est mon
message :
La question sans
réponse.
Ne pas être un
chasseur qui poursuit sa proie, son but.
La gratuité de
l'attente.
Le non-faire
dans le faire de l'art.
Montrer qu'un
tableau n'est pas un objet, qu'il n'y a pas de relation, sujet objet dans les
actes artistiques.
Etc…
Ychaï
VOILA. VOILA.
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