lundi 22 août 2016

11 octobre 2014 Roger 2

Jérusalem numéro trente six du onze octobre deux mil quatorze.

Voyage et liste de mes culpabilités.

AnneAnne,
 - Je voyage demain matin. Et j'espère que tu vas bien?
J'ai trouvé une nouvelle liste.
Je suis coupable de procrastination. De ne pas finir mes phrases et de répéter « parce que » tous les trois mots comme Modiano, que j'ai écouté avant de t'écrire.
Je suis coupable de ne pas revoir mes textes et de ne pas me retourner en arrière.
Je suis coupable de ne pas savoir être lent. D'écrire beaucoup de « que » dans mes courriels. Je suis coupable de ne pas être clair. De ne pas avoir une peau d'éléphant et de souffrir.
Je suis coupable d'avoir voulu et cherché la vérité, seulement maintenant j’apprends qu'il y a des vérités…
D'être franc. De ne pas savoir dire non.
Je suis coupable de ne pas pouvoir m'intégrer. D'avoir eu des réticences envers le langage.
 - Je voyage demain à neuf heures cinquante cinq.
Je suis coupable de m'être dispersé. D'avoir suivi des chemins qui ont été des impasses.
Je suis coupable d'avoir cherché les « pourquoi » et d'avoir voulu l'impossible. D'avoir voulu l'invisible.
 - Je voyage quand même demain, malgré tout. Du moins j'espère !
Je suis coupable de croire à l'espoir et à la tendresse. Je suis coupable de n'avoir pas voulu la frontalité, mais l'entre.
Je suis coupable d'avoir été toujours dans l' « entre » et dans l' « écart ».
D'avoir eu peur. De n'avoir pas voulu de racines, coupable de ne pas pouvoir me séparer, de couper les liens affectifs.
Je suis coupable d'avoir rêvé ma vie et chercher une autre vie.
Je suis coupable de n'être pas moi. De vouloir réunir et rassembler. 
D'imaginer que je suis un autre et avoir voulu être cet autre.
Coupable de chercher la réalité comme un rêve.
Je ne suis pas coupable de vivre et de vouloir vivre, même dans mon délire.

AnneAnne,
Je dois finir mon sac car je voyage demain. J'attends le numéro de la maison du fada.
Peut-être, si tu ne m'envoie pas le numéro, je ferai le tour et improviserai.
Si je me souviens bien, c'est un très grand bâtiment. J'irai aussi vers les Calanques par la route de la corniche et j'essayerai de deviner.
Je m’assoirai sur la terrasse de Häagen Dasz pour, malgré mon régime, déguster une glace au citron. – Le blanc. -
Je suis aussi coupable de ne pas maigrir.
Du Modiano toute la journée.
 - Avant mon voyage.
Je pense et j'espère que ma tablette fonctionnera.
Je suis coupable de vouloir te faire sourire.
En attendant de savoir si j'ai réussi à te faire sourire, je devinerai et sortirai mes antennes de l'intuition, pour sentir les ondes des fossettes qui entourent les lèvres au moment du sourire.
 - Voilà, voila, je voyage demain.
J'attends la dernière minute pour croire à ce voyage.
Je suis coupable de ne pas croire au futur. Un manque d'imagination ?
Au lieu de ce courriel, je voulais écrire le texte pour « Ma Mère ».
Modiano, Modiano, je ne l'ai jamais lu.
Je suis coupable de n'avoir pas lu Modiano et de ne pas avoir lu les autres auteurs modernes. Ceux qui sont cités et disséqués à France Culture.
Mais j'ai envie de les lire. J’ai envie – en vie - . L’envie, est – ce le désir ? Le vrai désir qui donne la vie. Peut – on dire « j’ai envie de mourir » ? J’ai « en vie » de mourir. N’est – ce pas contradictoire ? Choisir la vie. Ce qui nous est enseigné tout au long du « Livre des Livres ». 
 - Je ne vais pas pouvoir dormir à cause du voyage.

AnneAnne,
Je suis coupable de ne pas savoir m’arrêter, de ne pas finir d'écrire ce courriel et de me séparer. J'ai déjà écrit à propos de la  séparation, dans ce courriel. (Répétition)
Je pense à toi, pensées de beaucoup d'amitiés chaleureuses.
Ychaï.
 - J'ai oublié d'écrire que je voyage demain.


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