jeudi 11 août 2016

8 octobre 2014 Roger 2

Ouvrant ma boîte en voulant t'envoyant ce numéro trente quatre, je trouve le courriel de Télégramme.

Jérusalem le huit octobre deux mil quatorze à dix heures.

Numéro trente quatre du huit octobre deux mil quatorze.

Du jour au lendemain, j'oublie… mais aussi de minute en minute…

AnneAnne,

Le blanc, le silence, le temps qui passe, le temps passé.
Mais, l'assurance que la rencontre miraculeuse arrête le temps, marque le point qui n'est pas la ligne.
Mais, l'amitié qui pointe le point, le point sur le point.
Je prépare dans ma tête mon voyage, en m'asseyant devant l'écran, en essayant de t'écrire, ne pouvant pas faire autre chose en ce moment, ces derniers jours.
J'ai relu le numéro trois. Je le trouve très éclaté. Miroir du désordre que je vis.
La liste des chambres, appartements que j'ai habités seul ou non, le plus souvent seul, à terminer.
Je ne sors pas beaucoup de mon lieu. Je ne suis pas allé au studio depuis plusieurs jours. Je me cours après, je tourne en rond dans mon salon cuisine salle à manger chambre à coucher, bureau, coin de méditation, bibliothèque.
Essayant de me rassembler, de me ressembler.
Écrire, décrire les ambiances, les bruits et les odeurs, les voisins, les magasins, les circuits, mes emplois du temps liés à ces circuits.
La description des odeurs des différents escaliers en bois, de leurs formes, de leurs couleurs, le nombre des étages:
Les escaliers du petit appartement de la rue des Blancs-Manteaux, escaliers de bois clair sans vernis, le bois usé par les milliers de semelles qui les ont empruntés toutes ces années depuis que cette maison a été construite. Construction assez récente pour ce quartier du Marais, où les beaux hôtels de l’aristocratie voisinaient avec des constructions populaires. Ce quartier a été rénové et a perdu tout son charme.
Populaires. J'écris cela sans aucune nostalgie.
Je ne suis pas un être regardant en arrière comme je l'ai déjà écrit à propos de mon comportement par rapport à mon faire.
La recherche dans mon projet intitulé « Ma mère » n'est pas une recherche nostalgique, ni une réponse à une question. C'est plutôt la question.
L'argent investi dans la restauration ne redonne pas la patine aux vielles pierres que j'ai connues. La mode s'est emparée de ce quartier, envahi par les touristes et les snobs.
Dans les années mil neuf cent soixante cinq, c'était vraiment une atmosphère de village. Les gens se connaissaient et se parlaient sans arrière-pensée d'argent et de profit. Nous aurions pu acheter un hôtel pour une poignée d'argent. Nous étions des innocents sans argent, sans la moindre pensée de s'enraciner en devenant propriétaire. L'exil nous avait marqué, nous ne savions pas où nous irions. Cela nous a pris des années pour s'habituer à être à Paris.
Je ne pense pas, malgré trente années de ma présence à Paris, avoir eu la sensation et le sentiment d'appartenance. Il en est de même ici.
J'ai monté des milliers d'escaliers à Paris, des marches en bois avec ou sans tapis, des étages et des paliers, j'ai tenu des rampes fabriquées de toutes sortes de matériaux : bois, bronze, fer poli par des milliers de paumes, d'escaliers qui, dans chaque maison, avaient leur caractère propre et leurs façons de tourner personnelles.
Je m'étonne de m'en souvenir.
Escaladées quatre à quatre, les marches d'escaliers de la rue Pélissier, à Oran, ont-elles ouvert un espace spécial dans mon cerveau, permettant et facilitant cette mémoire d'escalier ?
L'escalier en colimaçon dans le magasin «  Luxia » de mon père a-t-il formé le sentiment d'appréhension de mon temps et de ma pensée ?
Penser en colimaçon et en spirale. Suis-je pensé par les objets et les autres ou est-ce que ma pensée n'est que la réflexion de ces objets et de ces sujets ?
Ma folie n'est- elle que ma particularité?
Dans mes cahiers de chronologie, je garde le fil d'André comme le fil principal. La période avant André et la période après.
J'ai réussi quand même, dans ce courriel, à raconter de petites histoires et réflexions.
Avec une petite tristesse qui ne m'a pas permis l'humour.

AnneAnne,
J’espère que tout va bien.
Je t'envoie, plus particulièrement des amitiés affectueuses. Un voile remué par une brise.
Ychaï.
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