lundi 1 août 2016

29 septembre 2014 Anne

Cher Ychaï,

Me voilà à nouveau dans mon rôle de garde chiourme avec en retour de toute l'agressivité de quelqu'un dans le déni complet du problème, et du contexte d'une myopathie où une déchirure musculaire sur toute la jambe est grave. Son interprétation du repos absolu me fait grimper aux rideaux. Il croit en la magie des mots « ça va, c'est rien », et en aucun cas ne compte annuler ce qu'il a décidé de faire. J'ai pu éviter le jardinage mais c'est tout. Ma dépendance me fait culpabiliser, d'où mon silence.

Ne te tracasse pas pour les mails que tu juges ratés ou brouillons. Je ne mets pas des notes !
L'écriture passe par cette étape, ça me permet de voir où ça coince. Je n'interviendrai que sur ta demande, mais tu ne peux faire l'économie du « re travail », jusqu'à ce que (sans tenir compte du style, des fautes que je peux revoir) tu aies exprimé ce qui est important.
Ca ne concerne que ta présentation du projet, pour les listes, les souvenirs, le langage parlé est très bien. Si tu commence à réfléchir au style, tu vas perdre en spontanéité.

La règle que je m'impose pour écrire :
- Premier jet
- Elaguer pour arriver à un texte qui, indépendamment de ce que je veux dire, soit déjà rêvant, donne à voir même si, et c'est le but à atteindre, le lecteur voit autre chose, que ton travail rendra encore plus magique.
Elaguer veut dire enlever toute les formules explicatives (« alors là, il y aura », « c'est pour ça que » etc…). Je fais cet élagage plusieurs fois.
Quand il me semble que ça va, je passe à autre chose, je reviens lire l'esprit vide, comme si ce n'était pas moi qui avais écrit, souvent j'y travaille encore pour changer un mot, intervertir des phrases
- Faire des phrases courtes. Supprimer des verbes. Une phrase sans verbe si l'image est forte, est comme un choc entre les deux yeux. Dans les énumérations au lieu d'une longue phrase avec des virgules des « : ». Une phrase introductive, puis une succession de phrases sans verbes.

Un exemple, écris vite avec les pieds !

1 Hier soir, il y a eu un orage extraordinaire avec des éclairs qui jaillissaient dans tout le ciel, le tonnerre qui éclatait en rafales, et la pluie dont on voyait les trainées de gouttes traverser le paysage.

2 Soirée tranquille, silencieuse. L'orage a éclaté, inatendu ! Lever de rideau. Accrochées à un fil, trainées de pluies ondulant dans les bourrasques. Tonnerre en rafales. Eclairs zébrant le ciel de toute part. Chants et contrechants. Et le calme à nouveau…
D'un côté une description de successions d'évènements.
De l'autre un petit film où les images du lecteur remplissent les vides.

- La ponctuation peut t'aider, te donner un cadre. Supprimer : « ; » et remplacer par des points. Utiliser en fin de séquences… et une fois ! Encore faut-il le placer au bon endroit.

Ensuite, il faut que chaque phrase sonne, là c'est un travail avec le dico des synonymes, http://www.crisco.unicaen.fr/des/synonymes/avoir jusqu'à ce qu’elle chante à l'oreille.
Mais cette partie là, je veux bien m'en charger.

Chaque fois que tu sors une nouvelle liste, tu me fais sourire. Je pourrais suivre tes pistes, mais ça viendra plus tard.

Attention à la taille des polices, certaines ne supportent pas une grande taille et les lignes se chevauchent. Dans ces cas la, clique à n'importe quel endroit du texte, fait CTRL+A, diminue la taille jusqu'à ce que le problème disparaisse.

A plus tard, une poignée de mains, un « abrazo » (tu as remarqué que certaines langues ont un mot « juste », intraduisible, qui exprime exactement ce qu'il faut dire avec plusieurs mots en français).
Les latinos américains sont très physiques dans leurs contacts. « L'abrazo », c'est plus qu'une accolade, c'est quelque chose de chaleureux, on s'empoigne, on s'embrasse, on se tape dans le dos, ça peut durer longtemps, c'est l'affection à l'état pur, toujours sincère, qui dit sans mots tout ce que l'on ressent.

AnneAnne




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