Jérusalem le sept octobre deux
mil quatorze à trois heures.
N° trente trois du sept octobre
deux mil quatorze.
Oubli à ajouter à la liste du
blanc.
AnneAnne,
Écrire,
Imaginer, avec tes courriels, la
lecture de ceux-ci, ta vie du temps qui passe, et du temps passé.
Hier, j'ai saisi le blanc –
couleur que je n'avais pas remarquée dans le nom des rues que j'ai habitées
dans les années mil neuf cent soixante quinze. Je ne m'étais pas aperçu qu'il
faisait partie d'un des fils de mes listes.
J'ai habité deux ou trois ans, au
dix neuf, rue des Blancs-Manteaux. J'ai déménagé après que Frédérique soit
venue me rejoindre. Nous avions pris ensuite un appartement, au deux, rue du
Plâtre. Le plâtre aussi est blanc.
Je me souviens du numéro de téléphone
01 42 72 46 84.
J'ai quitté cette rue quand
nous nous sommes séparés.
J'avais habité rue Pavée,
première fois de ma vie à Paris que je vivais dans le quartier du Marais.
Dadou s'était installé dans ce
quartier depuis plusieurs années.
En t'écrivant, je cherche à
vaincre la résistance à ne pas vouloir me rappeler les dates et la succession
des endroits où j'ai vécu.
La rue Pavée, se trouvait à
côté d'une belle synagogue, construite par un architecte connu.
Chronologiquement, j’ai habité
pendant cette période :
(1)-Rue Pavée, (2)- rue
des Blancs Manteaux, (3)-rue du Plâtre, (4)-sept, rue du Pont aux Choux.
Lina la sœur de Dadou a habité
au 22 de cette même rue. Lina m’avait trouvé cette chambre en me
recommandant à son propriétaire, un tailleur juif propriétaire d’un magasin, se
trouvant sur le boulevard Beaumarchais, et de plusieurs immeubles dans le
quartier. L’immeuble rue du Pont-aux-Choux, et l’immeuble rue des Filles
du Calvaire, appartenaient à ce couple de propriétaires. J’ai pu, après être
entré dans la chambre de la rue du Pont-aux-Choux, trouver un studio pour
Dominique J. Après avoir payé une reprise, habitude parisienne de corruption et
d’exploitation, Dominique a pu emménager dans ce studio.
Dominique m'avait demandé de
l'aider à faire des travaux dans cette chambre, occupée auparavant par un homme
solitaire dont le métier était de sculpter les statues de cire du Musée
Grévin. J'ai été aidé pour faire ces travaux par un ami breton, s’occupant
aussi de menuiserie. Cette chambre comprenait une pièce principale et une
petite cuisine, sans électricité, ni gaz.
L'ancien locataire vivait
seul, n'avait pas de famille. Après sa mort, le couple de propriétaires, un peu
charognard, avait vidé la plupart des affaires appartenant au défunt.
Mais pas toutes, car…
En effectuant les travaux,
voulant déplacer une armoire, j'ai trouvé une enveloppe qui contenait une
grande somme d'argent liquide, à peu prés un million d'anciens francs. Sachant
que cet homme était mort sans famille, Dominique a gardé l'argent, m'a
fait cadeau de la somme qui m'a permis de payer la reprise (4) de la chambre de
la rue du Pont-aux-Choux. Je m’aperçois que je ne suis plus aussi sûr. Est – ce
que le studio de Dominique rue des Filles du Calvaire est arrivé avant mon
studio rue du Pont-aux-Choux ?
J'ai pu faire, avec cet argent
qui tombait du Ciel, manière de dire, des travaux plus importants. J'ai dans ma
mémoire, gardé les images de ce lieu.
-- Inclure une liste de mes bricolages et réfections de mes
lieux d'habitation ou de celles de mes amis chez qui j'ai bricolé. --
C'est dans cette rue, rue des
filles du Calvaire, que Dadou a habité quand il a vécu avec Sylvie. Sylvie,
l'amie de Frédérique dont Dadou était tombé amoureux, et avec qui, il a
eu deux enfants, Violette et Daniel.
Après avoir vécu dans cet
appartement dans cette rue, il a acheté un autre appartement dans cette même
rue, à l’angle avec le boulevard Beaumarchais. C'est dans cet appartement qu'il
a vécu jusqu'à sa mort.
Avec cet argent - miracle de la
somme trouvée -, nous avons, Dominique et moi, invité dans un restaurant
tunisien tous nos amis. Cet événement a frappé leurs mémoires, est resté un
sujet de joie pendant des années.
Dominique et son frère étaient
mes élèves quand j'enseignais la guitare au conservatoire du 13ème arrondissement.
Elle habitait avec ses parents, avenue d’Italie, un appartement de fonction, son
père était directeur d'un bureau de poste.
J'ai arpenté cette avenue
pendant des années, l’appartement de mes parents se trouvait dans le
prolongement de cette avenue, au numéro cinquante deux de l'avenue de
Fontainebleau, Kremlin-Bicêtre. Ils avaient acheté cet appartement en mil neuf
cent soixante et un, à peu près, avant la fin de la guerre d'Algérie.
Je raconterai plus tard,
l'histoire de la rue Debeylleme, où Dadou avait repris un appartement dans un
hôtel où Madame de Maintenon, la maîtresse d'un roi dont je ne me
souviens plus le nom, peut – être Louis XIV, un lieu immense, servant de
réserve pour un antiquaire spécialisé dans la location de fournitures pour les décors
de cinéma. Dad a été obligé de quitter ce lieu fantastique, des années
plus tard, après avoir lutté à coup de procès contre des loups. Il avait réussi
à louer cet endroit magnifique, par mon intermédiaire. J’avais fait la
connaissance de cet antiquaire dans la cour de cet hôtel, je faisais à l'époque
des travaux de rénovation pour l’atelier de fabrication des objets de
décoration, un des métiers parmi les nombreuses occupations de Dadou.
Ses occupations n'ont jamais
enlevé sa grande et merveilleuse disponibilité.
Cet atelier se trouvait dans
une aile de cet endroit historique.
J'habitais alors dans la
chambre de la rue Pavée.
La rue Pavée était la continuation
de la rue de Turenne, sortant de la rue Debeylleme et en tournant à droite.
La rue Pavée aboutissait à la
station de métro « Saint Paul » sur la rue de Rivoli, grande rue
qui conduisait en sortant à droite sur le BHV, Bazar de l'Hôtel de Ville. La
Mairie de Paris se trouvait à gauche, à la hauteur du BHV.
J'avais travaillé dans le BHV
pendant un mois dans les années mil neuf cent soixante. J’ai été renvoyé sans
avoir été trop étonné, m'étant endormi dans un grand tiroir, dans le stand où
je devais être vendeur.
La rue Debeylleme rejoignait
d'un côté la rue de Turenne et de l'autre la rue des Archives. La rue des
Archives arrivait à la rue des Blancs-Manteaux à gauche et un peu plus loin à droite
sur la rue du Plâtre.
A droite, quand nous
sortions de l'Hôtel de la rue Debeyllème, nous tombions dans la rue de Turenne,
nous prenions sur la gauche pendant cinquante mètres et le premier coin à
droite était la rue du Pont-au-Choux.
En continuant tout droit dans la
rue de Turenne, la rue des Filles du Calvaire se trouvait à droite.
Rue de Turenne, trottoir de
droite, première à droite rue du Pont-aux-Choux, deuxième à droite une rue où
se trouvait la boulangerie du mari de la sœur de Dad.
Il est évident que j’aurais pu t’envoyer du « Google
Maps ». Je t’aurais évité mes explications topologiques, subjectivement
incompréhensibles.
J'ai travaillé comme chauffeur-livreur
de petits pains pendant un été chez le beau – frère de Dadou, directeur de
cette boulangerie.
Troisième rue à droite la rue
des filles du Calvaire.
Plus haut, dans cette même rue,
le petit appartement où Dadou et Sylvie se sont installés : Violette y est
venue au monde.
En face, le studio de
Dominique, sur le même trottoir, encore un peu plus haut, l'appartement de
Dadou dans les dernières années de sa vie.
Je ne sais pas copier les
cartes, comme je crois mes explications confuses, tu pourrais faire apparaître
sur ton écran et par ta science informatique, visualiser les informations que j'essaye
de te communiquer.
Imagine que nous avons passé
des heures dans tous les cafés de ces rues, avec Dadou, Loulou, Macona…
Ces dernières années, lors de mes
voyages à Paris, le café « Saint Claude », situé au bout de la rue du
Pont-aux-Choux, faisant coin avec le boulevard Beaumarchais, était le lieu de nos
rendez-vous avec Dadou et Macona entre midi et deux heures.
Ma tête tourne, j'espère que tu
pourras suivre jusqu'au bout mes explications et, pour t'éviter le tournis,
regarder sur une carte.
Je ne sais plus où j'en suis…
Je me suis perdu…
Je saute dans le temps à venir.
Mil neuf cent soixante dix neuf, dix rue de Picpus, avec le groupe d’élèves que
j'avais formé musicalement. Nous avions formé une petite communauté, loué un
appartement situé dans un rez-de-chaussée.
Je leur enseignais la guitare
et la musique tous les jours pendant deux heures ou plus.
J'ai quitté cet appartement en
mil neuf cent soixante dix neuf – mil neuf cent quatre vingt.
Claire, Ingrid, Marie-Pia, My
Yong, Bruno et moi étions les locataires fixes.
Marie-Pia venait tous les jours
pour suivre mon enseignement.
Bénédicte venait souvent et
restait dormir quand elle n'avait pas envie de rentrer chez ses parents à
Meudon.
Sidi Lamine passait tous les
jours prendre son bain et se nourrir. Me voir aussi.
-- Écrire sur mon amitié avec Sidi. --
Mon père est mort en mil neuf
cent soixante dix neuf.
Je suis parti dans le sud de la
France, y ai passé presque un an, suis revenu à Paris pour m'exiler à Jérusalem
en septembre mil neuf cent quatre vingt un.
Je fatigue et ma dyslexie
revient.
Dans l'attente de tes
nouvelles, en pensant à toi, m'excusant de mon style décousu allant dans toutes
les directions, une manière d'écrire formée d'associations,
sans constructions, libre de toutes contraintes, se voulant quelque chose
comme style peut-être, mais écrit avec amitié, une amitié simple et franche,
directe et généreuse, naïve et consciente…etc… Sincère et chaleureuse,
attentive et responsable, présente et proche.
Remplissant le blanc avec
l'ignorance du futur prochain où le rythme de mes courriels sera perturbé par
mon voyage.
Mon amitié.
Ychaï.
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