Le vingt six
septembre deux mil quatorze.
Numéro vingt cinq.
Suite des listes
Jérusalem le vingt
six septembre deux mil quatorze à dix heure quarante cinq.
AnneAnne,
Nous avons commencé
notre relation épistolaire en sortant peu à peu de l'idée que tu avais
proposée, m'aider à maîtriser les manipulations de l'ordinateur, en me
demandant des renseignements sur ma courte expérience de l’Algérie, pays où je
suis né, dans la très belle ville d'Oran, deuxième ville en importance du pays
après Alger.
Je n'ai pas connu
toutes les beautés de ce pays, étant parti en mil neuf cent cinquante six à
l'âge de quinze ans. Je n'aimais pas les manières que les gens avaient de se
comporter. Je n'ai pas connu les arabes qui peuplaient ce pays. Je n'ai vu que
les femmes qui travaillaient dans l'appartement de mes parents, ainsi qu’un
ouvrier, conducteur de charrette à cheval. Il livrait les casiers de bouteille
de vin dans les cafés du village où habitait la sœur de ma mère, Rolande,
mariée à Albert K. Albert possédait un ferme et une cave où il fabriquait du
vin.
J'aimais beaucoup
cet ouvrier, très gentil avec moi, qui me permettait de l'aider à boucher les
bouteilles et à mettre les étiquettes. A mon grand bonheur, il m'emmenait avec
lui faire les tournées en charrette, durant lesquels il me permettait de tenir
les rennes était attachées au mord du cheval. Je l'aidais aussi à entretenir
l'écurie qui servait d'appartement à ce cheval. Il y avait au fond de cette
cave le bureau de mon oncle qui, après quelques marches en bois, donnait sur
une porte s'ouvrant sur une courette. Cette cour donnait à la cuisine de ma
tante où elle s'activait avec ma grand-mère, tôt le matin. J avais l'impression
dans cette cuisine d'être dans le miracle d'une chaleureuse attention où l'on
m'accordait une liberté totale et affectueuse, ce que je ne sentais pas dans la
cuisine de ma mère. Ma mère n'aimait pas les travaux ménagers. Elle préférait
les conversations téléphoniques du matin avant de descendre après le repas de
midi aider mon père dans le magasin. Ce magasin, dont le nom était « Luxia »,
était rempli de vêtements uniquement féminins, qui, à part les gants, les objets
étranges par rapport à la chaleur du pays, les pull-overs, contenait toutes
sortes de soutien-gorge, culottes, bas nylon, lingerie érotique mais très
correcte, nuisettes et j'en oublie. Ce que j'aimais le plus dans ce magasin
était un escalier en bois qui tournait pour arriver à la soupente, caverne
d'Ali Baba pour moi, où était la réserve et les mannequins en celluloïd, qui
imitait les formes féminines. Le celluloïd avait une odeur que je n'aimais pas.
J'aimais aussi la machine à calculer de mon père qui avait un cliquetis
particulier.
Ma grand-mère
Rosine Sportes était veuve de guerre, mon grand-père Aaron est mort à côté de
Verdun où il est enterré dans un cimetière militaire. Ma mère n’a donc pas
conne son père, ma grand-mère étant enceinte quand il est mort. Son nom de
jeune fille était Rosine Saiman. Le nom Sportes, les six portes de Barcelone,
désigne les juifs expulsés d'Espagne par Isabelle la catholique en 1500. Il
veut dire « les Six Portes », c’était un de noms de la ville de
Barcelone. Je pense, Chicheportiche, Saportas, Sportes, que ces noms ont été
pris par les expulsés pour ne pas oublier leur long séjour en Espagne. Venant
de Barcelone, ils sont descendus par la côte pour arriver au Maroc, alors Maroc
espagnol. Ils sont restés jusqu'à l'ouverture des frontières à la fin de la
conquête par les français de l’Algérie. Je ne sais que ces petits
renseignements. Je n'ai pas reçu plus de détails de ma généalogie, n'ayant
connu que ma grand-mère maternelle, très affectueuse mais ne parlant pas
beaucoup. Je n'avais pas de grands-parents paternels, mon père ayant perdu ses
parents à l'âge de quatorze ans. Mes parents, aussi, ne parlaient pas beaucoup
en général et en particulier pour nous raconter l'histoire des nos ancêtres.
Je suis dans une
certaine ignorance. Je n'ai pu avoir que de petits renseignements de la part de
mon cousin germain, Claude, fis d'un des frères de mon père.
Je regrette ce
silence et de n'avoir pas eu plus d'informations.
AnneAnne,
Mes souhaits
toujours sincères, une amitié simple et
chaleureuse, affectueuse et attentive.
Ychaï.
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