lundi 1 août 2016

26 septembre 2014 Roger

Le vingt six septembre deux mil quatorze.
Numéro vingt cinq.

Suite des listes

Jérusalem le vingt six septembre deux mil quatorze à dix heure quarante cinq.
AnneAnne,
Nous avons commencé notre relation épistolaire en sortant peu à peu de l'idée que tu avais proposée, m'aider à maîtriser les manipulations de l'ordinateur, en me demandant des renseignements sur ma courte expérience de l’Algérie, pays où je suis né, dans la très belle ville d'Oran, deuxième ville en importance du pays après Alger.
Je n'ai pas connu toutes les beautés de ce pays, étant parti en mil neuf cent cinquante six à l'âge de quinze ans. Je n'aimais pas les manières que les gens avaient de se comporter. Je n'ai pas connu les arabes qui peuplaient ce pays. Je n'ai vu que les femmes qui travaillaient dans l'appartement de mes parents, ainsi qu’un ouvrier, conducteur de charrette à cheval. Il livrait les casiers de bouteille de vin dans les cafés du village où habitait la sœur de ma mère, Rolande, mariée à Albert K. Albert possédait un ferme et une cave où il fabriquait du vin.
J'aimais beaucoup cet ouvrier, très gentil avec moi, qui me permettait de l'aider à boucher les bouteilles et à mettre les étiquettes. A mon grand bonheur, il m'emmenait avec lui faire les tournées en charrette, durant lesquels il me permettait de tenir les rennes était attachées au mord du cheval. Je l'aidais aussi à entretenir l'écurie qui servait d'appartement à ce cheval. Il y avait au fond de cette cave le bureau de mon oncle qui, après quelques marches en bois, donnait sur une porte s'ouvrant sur une courette. Cette cour donnait à la cuisine de ma tante où elle s'activait avec ma grand-mère, tôt le matin. J avais l'impression dans cette cuisine d'être dans le miracle d'une chaleureuse attention où l'on m'accordait une liberté totale et affectueuse, ce que je ne sentais pas dans la cuisine de ma mère. Ma mère n'aimait pas les travaux ménagers. Elle préférait les conversations téléphoniques du matin avant de descendre après le repas de midi aider mon père dans le magasin. Ce magasin, dont le nom était « Luxia », était rempli de vêtements uniquement féminins, qui, à part les gants, les objets étranges par rapport à la chaleur du pays, les pull-overs, contenait toutes sortes de soutien-gorge, culottes, bas nylon, lingerie érotique mais très correcte, nuisettes et j'en oublie. Ce que j'aimais le plus dans ce magasin était un escalier en bois qui tournait pour arriver à la soupente, caverne d'Ali Baba pour moi, où était la réserve et les mannequins en celluloïd, qui imitait les formes féminines. Le celluloïd avait une odeur que je n'aimais pas. J'aimais aussi la machine à calculer de mon père qui avait un cliquetis particulier.
Ma grand-mère Rosine Sportes était veuve de guerre, mon grand-père Aaron est mort à côté de Verdun où il est enterré dans un cimetière militaire. Ma mère n’a donc pas conne son père, ma grand-mère étant enceinte quand il est mort. Son nom de jeune fille était Rosine Saiman. Le nom Sportes, les six portes de Barcelone, désigne les juifs expulsés d'Espagne par Isabelle la catholique en 1500. Il veut dire « les Six Portes », c’était un de noms de la ville de Barcelone. Je pense, Chicheportiche, Saportas, Sportes, que ces noms ont été pris par les expulsés pour ne pas oublier leur long séjour en Espagne. Venant de Barcelone, ils sont descendus par la côte pour arriver au Maroc, alors Maroc espagnol. Ils sont restés jusqu'à l'ouverture des frontières à la fin de la conquête par les français de l’Algérie. Je ne sais que ces petits renseignements. Je n'ai pas reçu plus de détails de ma généalogie, n'ayant connu que ma grand-mère maternelle, très affectueuse mais ne parlant pas beaucoup. Je n'avais pas de grands-parents paternels, mon père ayant perdu ses parents à l'âge de quatorze ans. Mes parents, aussi, ne parlaient pas beaucoup en général et en particulier pour nous raconter l'histoire des nos ancêtres.
Je suis dans une certaine ignorance. Je n'ai pu avoir que de petits renseignements de la part de mon cousin germain, Claude, fis d'un des frères de mon père.
Je regrette ce silence et de n'avoir pas eu plus d'informations.
AnneAnne,
Mes souhaits toujours sincères,  une amitié simple et chaleureuse, affectueuse et attentive.
Ychaï.


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