mardi 10 mai 2016

12 avril 2014 Roger

Jérusalem le onze avril deux mil quatorze 

Je suis né à Oran, il y a longtemps. 
Je me souviens de la couleur blanche de la chambre d'accouchement et de l’infirmière blonde qui prit le beau Bébé que j'étais et qui pesait trois kilos six cents. 
J'ai oublié le nom de la rue où se trouvait cette clinique : clinique du Docteur…

Une petite rue qui donnait sur la rue principale de la ville, la rue Pélissier.
Au numéro dix se trouvait l'entrée de l'immeuble où nous habitions au quatrième étage.
Cette rue principale s'appelait rue d'Arzew et ensuite est devenue avenue du Général Leclerc.

Le magasin de mes parents se trouvait dans le même immeuble, l'entrée se trouvait sur l'avenue.
Un boulevard d'inspiration espagnole. Après dix huit heures, les jeunes y faisaient le « paseo ».
« Luxia » était le nom du magasin qui recevait toutes les femmes de la ville car il y avait la plus belle lingerie fabriquée en France, et les plus beaux gants grenoblois.
J'ai vécu dans cet appartement jusqu'à mon départ d'Algérie pour la France, après une incarcération de trois mois dans une clinique psychiatrique où on a voulu me tuer à coup d'électrochocs et de cures d’insulinothérapie. 
J'y ai survécu grâce à la puissance de mon nom hébreu, « Haïm », qui veut dire « les vies ».
J'ai été enfermé parce que j'étais révolté, résistant à l'ordre familial et à toutes sortes de formes d'éducation. Je le suis encore.
Catégorisé comme « mélancolique dépressif », le nom ancien de la bipolarité.
Cette maladie, mal traitée et mal connue à l'époque, dans ces allées venues de haut et de bas, me faisait braver la mort et avoir de graves problèmes avec ma mère.
Je sais, maintenant, après tant d'années, que j'étais son fils préféré. 
Je suis le deuxième enfant. Après mon frère aîné, mes parents espéraient une fille, et ce fut moi qui arrivai.  
Je suis un enfant de « l'entre ». Ma soeur  est venue trois ans après ma naissance. 
Ma mère aurait voulu seulement un garçon et une fille. Mais je suis le deuxième enfant, à la mauvaise place, la place de « l'entre » et de la déception.
Ma soeur, que j'aimais beaucoup s'est suicidé, il y a dix sept ans. Elle avait trois garçons.
Morte par la bêtise de son mari, dont elle était divorcée, qui a envoyé la police chez elle après qu'elle eut laissé une lettre annonçant son intention de mourir.
Je ne sais pas pourquoi je t'écris tout cela. 
Est-ce que tes questions m'ont ensorcelé ?
Je vais attendre pour me relire et être certain de t'envoyer ce mail ou de le transformer ou de le détruire. 
Tout cela est étrange. Étrange d'écrire pour toi ces histoires si personnelles.
As-tu le don d'ouvrir la parole ?
Je ne regrette absolument pas le pays où je suis né. Je garde présents de beaux souvenirs de plages et de paysages.
Je détestais la mentalité coloniale bourgeoise et j'ai été très content de partir pour la France, qui représentait pour moi une terre d'espoir et de culture. 
Je me sentais un enfant étranger, un fantôme triste dans cette très grande famille et dans cette ville pourtant belle qui possédait un Opéra. 
L'escalier grandiose de l'entrée de cet opéra était gardé par deux lions en bronze dont on nous racontait que, la nuit après les spectacles, ils partaient se promener sur la place pour uriner.

Suite à tout à l'heure ou à demain.
Je viens de rentrer à l'appartement. Je me suis remis à lire et à corriger ce que j'ai écrit.

Samedi, le douze avril deux mil quatorze, le matin. 
Je relis et relis, critique et me critique, doute de je que j'écris…
Je relis et lis ce que tu m'écris, ce que tu m'indiques et ce que je peux imaginer.
Quelques informations, mais surtout l'énergie qui sort de ton écriture, qui me questionne et m'étonne.
L'étonnement de ce mystère, mystère de l'ouverture.

Je suis né à Oran et j'y ai vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans.
Je n'aimais pas les manières de vivre et de penser de ma famille et de la population qui vivait en Algérie.
J'ai été content de partir en dix neuf cent cinquante six en France.
Mon enfance n'a pas été heureuse,  j'étais entouré par ma solitude et un sentiment d’incompréhension qui me faisait rêver et espérer un départ ou plutôt une fuite vers la France.
La France, dans mon rêve, représentait l'esprit, la culture et l'art.  Un rêve d'une autre manière de vivre et de penser.
Mes meilleurs souvenirs de l’Algérie sont les moments passés sur le plages dont les noms étaient des noms de liberté : Cap Falcon, les Andalouses, Ain el Turc…
Des plages immenses de sable fin protégées par des roseaux qui coupaient le vent et l'odeur spéciale de l'eau de cette mer Méditerranée de ce côté de l'Afrique.
Une odeur que je n'ai jamais retrouvée nulle part ailleurs.
J'ai vécu en silence, en ayant l'impression de ne pas pouvoir parler. Mon père ne parlait pas et j'étais aussi entouré de son silence. J'ai été toujours en attente de sa parole jusque sur le lit d'hôpital à Paris où il est mort.



Je ne sais pas ce que je t'envoie.

Qu'est-ce que tu utilises ?
« LIBREOFFICE WRITER ».
Je ne sais pas, c'est un truc qui va avec « Linux ».
Ce soir, je suis en colère contre moi, car en voulant faire de l'ordre dans les fichiers de mon travail, j'ai effacé par erreur beaucoup de choses.
Je suis incapable de faire de l'ordre et de savoir ranger comme il faut les dossiers, donc, je ne m'y retrouve pas et j'abandonne en espérant qu'un vrai ange vienne et m'aide de sa baguette magique.
Comme cela n'arrive pas, je me mets à écouter mes philosophes préférés que A Ne Pas Rater (un autre ange) a descendu, car tout ce que donne A Ne Pas Rater fonctionne pour moi.



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