Jérusalem le onze avril deux mil quatorze
Je
suis né à Oran, il y a longtemps.
Je
me souviens de la couleur blanche de la chambre d'accouchement et
de l’infirmière blonde qui prit le beau Bébé que
j'étais et qui pesait trois kilos six cents.
J'ai
oublié le nom de la rue où se trouvait cette clinique : clinique du Docteur…
Une
petite rue qui donnait sur la rue principale de la ville, la rue Pélissier.
Au numéro dix
se trouvait l'entrée de l'immeuble où nous
habitions au quatrième étage.
Cette
rue principale s'appelait rue d'Arzew et ensuite est devenue avenue du Général Leclerc.
Le
magasin de mes parents se trouvait dans le même immeuble, l'entrée se trouvait
sur l'avenue.
Un
boulevard d'inspiration espagnole. Après dix huit heures, les jeunes y
faisaient le « paseo ».
« Luxia »
était le nom du magasin qui recevait toutes les femmes de la ville car il y
avait la plus belle lingerie fabriquée en France, et les plus beaux gants grenoblois.
J'ai vécu
dans cet appartement jusqu'à mon départ d'Algérie pour la France, après
une incarcération de trois mois dans une clinique psychiatrique
où on a voulu me tuer à coup d'électrochocs et de
cures d’insulinothérapie.
J'y
ai survécu grâce à la puissance de mon nom hébreu, « Haïm »,
qui veut dire « les vies ».
J'ai
été enfermé parce que j'étais révolté, résistant à l'ordre familial et à
toutes sortes de formes d'éducation. Je le suis encore.
Catégorisé
comme « mélancolique dépressif », le nom ancien de la bipolarité.
Cette
maladie, mal traitée et mal connue à l'époque, dans ces allées venues de haut
et de bas, me faisait braver la mort et avoir de graves problèmes avec ma mère.
Je
sais, maintenant, après tant d'années, que j'étais son fils préféré.
Je
suis le deuxième enfant. Après mon frère aîné, mes
parents espéraient une fille, et ce fut moi qui arrivai.
Je
suis un enfant de « l'entre ». Ma soeur est venue trois ans
après ma naissance.
Ma
mère aurait voulu seulement un garçon et une fille. Mais je suis le deuxième
enfant, à la mauvaise place, la place de « l'entre » et de
la déception.
Ma
soeur, que j'aimais beaucoup s'est suicidé, il y a dix sept ans. Elle avait
trois garçons.
Morte
par la bêtise de son mari, dont elle était divorcée, qui a envoyé la
police chez elle après qu'elle eut laissé une
lettre annonçant son intention de mourir.
Je ne sais
pas pourquoi je t'écris tout cela.
Est-ce que tes questions
m'ont ensorcelé ?
Je vais attendre pour me
relire et être certain de t'envoyer ce mail ou de le transformer ou de le
détruire.
Tout cela est
étrange. Étrange d'écrire pour toi ces histoires si personnelles.
As-tu le don d'ouvrir la
parole ?
Je ne regrette absolument
pas le pays où je suis né. Je garde présents de beaux souvenirs de plages et de
paysages.
Je détestais la
mentalité coloniale bourgeoise et j'ai été très content de partir pour la
France, qui représentait pour moi une terre d'espoir et de
culture.
Je me sentais un enfant
étranger, un fantôme triste dans cette très grande famille et dans cette ville
pourtant belle qui possédait un Opéra.
L'escalier grandiose de
l'entrée de cet opéra était gardé par deux lions en bronze dont on nous
racontait que, la nuit après les spectacles, ils partaient se promener sur la
place pour uriner.
Suite à tout à l'heure ou
à demain.
Je viens de rentrer à
l'appartement. Je me suis remis à lire et à corriger ce que j'ai écrit.
Samedi, le douze avril deux mil quatorze, le matin.
Je
relis et relis, critique et me critique, doute de je que j'écris…
Je
relis et lis ce que tu m'écris, ce que tu m'indiques et ce que je peux
imaginer.
Quelques
informations, mais surtout l'énergie qui sort de ton écriture, qui me
questionne et m'étonne.
L'étonnement
de ce mystère, mystère de l'ouverture.
Je
suis né à Oran et j'y ai vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans.
Je
n'aimais pas les manières de vivre et de penser de ma famille et de la
population qui vivait en Algérie.
J'ai
été content de partir en dix neuf cent cinquante six en France.
Mon
enfance n'a pas été heureuse, j'étais entouré par ma solitude et un
sentiment d’incompréhension qui me faisait rêver et espérer un départ ou
plutôt une fuite vers la France.
La
France, dans mon rêve, représentait l'esprit, la culture et l'art.
Un rêve d'une autre manière de vivre et de penser.
Mes
meilleurs souvenirs de l’Algérie sont les moments passés sur le plages
dont les noms étaient des noms de liberté : Cap Falcon, les Andalouses, Ain el
Turc…
Des
plages immenses de sable fin protégées par des roseaux qui coupaient le
vent et l'odeur spéciale de l'eau de cette mer Méditerranée de ce
côté de l'Afrique.
Une
odeur que je n'ai jamais retrouvée nulle part ailleurs.
J'ai vécu en
silence, en ayant l'impression de ne pas pouvoir parler. Mon père ne parlait
pas et j'étais aussi entouré de son silence. J'ai été toujours en attente de sa
parole jusque sur le lit d'hôpital à Paris où il est mort.
Je ne sais pas ce
que je t'envoie.
Qu'est-ce que tu utilises ?
« LIBREOFFICE
WRITER ».
Je
ne sais pas, c'est un truc qui va avec « Linux ».
Ce
soir, je suis en colère contre moi, car en voulant faire de l'ordre dans les
fichiers de mon travail, j'ai effacé par erreur beaucoup de choses.
Je
suis incapable de faire de l'ordre et de savoir ranger comme il faut les
dossiers, donc, je ne m'y retrouve pas et j'abandonne en espérant qu'un vrai
ange vienne et m'aide de sa baguette magique.
Comme
cela n'arrive pas, je me mets à écouter mes philosophes préférés que A
Ne Pas Rater (un autre ange) a descendu, car tout ce que donne A Ne Pas Rater fonctionne
pour moi.
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