mardi 10 mai 2016

17 avril 2014 Roger 11h00

Jérusalem, le dix sept avril deux mil quatorze vers onze heures.

L'émotion de celui qui te lit ne peut s’écrire, ni se dire.
Chaque lecture est un affluent qui ne sait pas qu'il se dirige vers le fleuve.

Ici, il commence à faire chaud.      
Jérusalem est presque vide.
Les israéliens religieux se promènent dans le pays.
Les israéliens non religieux fuient dans d'autres pays.
Le pain non levé de la Pâque provoque une hystérie.
Nettoyage, les rues sont pleines de choses jetées avec lesquelles on pourrait remeubler des appartements entiers.
Avec la chaleur, les femmes se sont dénudées très vite.
Le dos nu, un petit tricot partant un peu au-dessus des seins et s'arrêtant plus bas que le nombril.
Un espace pour voir la peau.
Un petit pantalon court moulant qui commence très bas et s’arrête quelques centimètres après.
Au bout des jambes nues, des semelles en plastic coloré, avec deux petits cordons qui passent pour les tenir entre le gros orteil et l'index des pieds. 
Cette mode commence à partir de trois ans jusqu'à quarante ans.
Les visions  des collants noirs très moulant se font rares à cette époque.
Les pensées qui montent et tourbillonnent dans la tête en marchant, s'oublient devant l'écran. Il faudrait pourvoir écrire en marchant et en dansant.
L'oubli n'est pas triste, mais regrettable. Penser à la réception.
Recevoir cette écriture de l'oubli. Est-ce une nouvelle vie ?
Vie de savoir que cette lecture est et vient de la pensée de l'autre.
Un pantalon indonésien orange pour aller à un mariage anthroposophe, façon Rudolf Steiner.
Dans une belle campagne et avec un buffet sur des nappes rouges.
Pas de regrets d'y avoir assisté.
Pouvoir écrire à la main sur des papiers de soie.
Imagination de la roulotte d'une chanteuse espagnole chantant dans les bois des chansons anti-franquiste.
Voir les verts des arbres de la forêt du Tarn.
Chercher à résoudre le problème de l'ordre, mais savoir  ne pas classer, du chaos peut naître l'imprévisible.
Ne pas prévoir pour se laisser surprendre.
Ne pas prendre mais accueillir.
Chercher un visage à travers l'écriture, lire dans ce visage les rides comme des lignes.
Entre les traits des lèvres et des yeux, un paragraphe, le dernier chapitre, le dernier chapitre n'est que le début d'un autre livre.
Sentir que lire est toujours lire le même livre.
Livre qui est écrit et réécrit et toujours nouveau.
Est-ce que aimer, c'est aimer la même femme ?
Miracle de savoir regarder de nouveau, mais à chaque fois nouveau. 
L'émotion de lire, de te lire.
Lire, dire, écrire.
Rester en silence et écouter la résonance.


Le son de la lettre.
L'être sonne.
Entendre les cloches des églises à Jérusalem, en même temps que l'appel des muezzins, tressés avec le murmure incessant de l'étude du Talmud. 
Un appartement à côté du boulevard allant à Hébron, le balcon qui donne sur un pont blanc, où un jardinier arrose ses fleurs pour la première fois.
Entre, encore entre, le boulevard qui va à la « Maison du Pain ».
Le tombeau de Rachel qui annonce Bethléem. 
Être là, entre, encore entre, une table  pour peintre, un appareil multimédia et deux guitares, deux tambours calices et des huiles essentielles.
S’asseoir pour écrire l'envoi vers.



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