Jérusalem, le treize
avril deux mille quatorze.
Veille
de la Pâque juive.
Je
suis fier d'être né, il y a longtemps, à Oran, uniquement parce que c'est la
ville où Albert Camus a choisi de situer son roman « La Peste ».
Fier aussi de ma mère qui était devenue l'amie de sa femme.
Elles
s'étaient rencontrées dans un cours de théâtre et avaient jouées sur les
mêmes planches.
Je
crois que ce sont mes seules fiertés, car mon enfance fut triste.
Je crois
aussi que seulement, maintenant, je me tiens en riant.
L'Algérie,
un passage rapide de quatorze ans, où il me reste de l'amertume, l'odeur du
vent et la brûlure du sable sous mes pieds nus.
Je
me suis relu et j'ai honte de toutes les premières versions.
Tes
conseils sont précieux : ils m'émeuvent et m'aident beaucoup.
Je
me sens encore récupérable pour le numérique.
Je
rêve d'apprendre l'ordre numérique pour pouvoir me retrouver dans les
dossiers et les fichiers.
Entre
les « data » et les « copier coller »,
les flèches bleues et les erreurs 404.
Je
voudrais être récupéré pour retrouver mon travail qui part dans tous les
petits coins de l'ordinateur.
Les fenêtres s'ouvrent,
mais écrivent qu'elles ne me laisseront pas y accéder.
Je
m'énerve, cherchant l'espoir dans les trésors de A Ne Pas Rater, auprès des
grands maîtres.
Et
quand A. m'écrit, je redeviens un enfant, retrouve toute ma force et mon désir
d'apprendre.
Comment
s'est passé le week-end avec S. ?
As-tu
entendu l'opéra de Richard Strauss : « S. » ?

Le mot laitue se traduit en
chinois par « Wo Ju ».
On le traduit aussi par « shēng cài », ce qui en fait un homophone
de shēng cái, qui signifie « faire de l’argent ». En effet, très
récemment, une nouvelle coutume a fait sa place en chine et plus
particulièrement dans les boutiques : accrocher une laitue à la devanture d’une
vitrine est censé « faire de l’argent » dans l’année !
Au Moyen Âge, elle était consommée en grande
quantité par les moines, car, à l’instar du bromure, elle était considérée
comme anaphrodisiaque, vœu de chasteté oblige…
La laitue contient une molécule qui se
rapproche de l’opium sans en avoir les défauts et la toxicité. Cela en fait un
excellent légume pour lutter contre la nervosité et l’insomnie. C’est un
somnifère naturel.
Chère
Anne,
Je suis très ému de ton
mail, ému par la forme et le fond, ému de ta confiance.
J'ai senti que chaque
phrase ouvrait d'autres horizons, que raconter et se raconter par et avec
l'écriture ouvre l'infini.
J'ai lu que c'est le
récit qui justifie une vie et d'autant plus, après ou avec
l'analyse.
L'oralité pour moi est le
brouillon de l'écriture. Dans ce moment…
C'est aussi une des
raisons de ma venue dans ce pays.
Je ne suis
pas sioniste, je cherchais à comprendre comment vivre le Livre et à sentir
le soleil.
Mes études m'avaient
fait sentir le fossé entre culture orale et culture écrite.
J'ai appris la musique
avec des partitions jusqu'à ce que je découvre, dans mes
études d’ethnomusicologie, la différence entre apprendre à partir de
partitions, généralement seul, et être guidé avec un professeur qui transmet
oralement.
La présence.
En Français on dit « apprendre la
partition par cœur », mais dans les traditions orientales, la
transmission passe du professeur à l’élève sans partition. Cela se dit : «
apprendre de poitrine à poitrine ».
Je suis toujours en
analyse, ce travail m'aide. Une analyse stricte où mon analyste ne
dit pas un mot et une photothérapie qui me donne beaucoup d'énergie et de joie.
J'ai lu ton mail une
fois, je t'écris, je médite, je relis encore ton mail avant de partir faire un
acte de présence chez mon neveu qui reçoit vingt personnes pour partir
symboliquement dans le désert et manger du pain non cuit, parce qu'ils n'ont
pas eu le temps de le cuire en partant à l'époque.
Il a insisté pour je
passe, j'aurais préféré rester chez moi, comme je l'avais prévu, parce que je
voyage en méditant dans mes déserts personnels.
Ecrire « chez
moi » me semble drôle. Tu comprendras pourquoi : arriver à écrire chronologiquement
me semble très difficile.
Je laisse le
« suspense ».
Je lirai, relirai en
rentrant encore et encore.
Bonne soirée.
Roger
P.S. :
Je ne voulais pas écrire si
longuement, j'ai été entraîné par le mot qui entraîne un autre
mot.
Par ta demande de
raconter mes impressions sur l'Algérie.
Ma photo thérapeute réussit aussi
à me faire écrire.
La brisure m'a fait
écrire des poèmes dans les années mil neuf cent quatre vingt dix neuf et deux
mille.
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