mardi 10 mai 2016

14 avril 2014 Roger

Jérusalem, le treize avril deux mille quatorze.
Veille de la Pâque juive.

Je suis fier d'être né, il y a longtemps, à Oran, uniquement parce que c'est la ville où Albert Camus a choisi de situer son roman « La Peste ».

Fier aussi de ma mère qui était devenue l'amie de sa femme.
Elles s'étaient rencontrées dans un cours de théâtre et avaient jouées sur les mêmes planches.
Je crois que ce sont mes seules fiertés, car mon enfance fut triste.
Je crois aussi que seulement, maintenant, je me tiens en riant.
L'Algérie, un passage rapide de quatorze ans, où il me reste de l'amertume, l'odeur du vent et la brûlure du sable sous mes pieds nus.

Je me suis relu et j'ai honte de toutes les premières versions. 
Tes conseils sont précieux : ils m'émeuvent et m'aident beaucoup. 
Je me sens encore récupérable pour le numérique.
Je rêve d'apprendre l'ordre numérique pour pouvoir me retrouver dans les dossiers et les fichiers.
Entre les « data » et les « copier coller », les flèches bleues et les erreurs 404.
Je voudrais être récupéré pour retrouver mon travail qui part dans tous les petits coins de l'ordinateur.
Les fenêtres s'ouvrent, mais écrivent qu'elles ne me laisseront pas y accéder.
Je m'énerve, cherchant l'espoir dans les trésors de A Ne Pas Rater, auprès des grands maîtres.
Et quand A. m'écrit, je redeviens un enfant, retrouve toute ma force et mon désir d'apprendre.

Comment s'est passé le week-end avec S. ?
As-tu entendu l'opéra de Richard Strauss : « S. » ?



Le mot laitue se traduit en chinois par « Wo Ju ». 
On le traduit aussi par « shēng cài », ce qui en fait un homophone de shēng cái, qui signifie « faire de l’argent ». En effet, très récemment, une nouvelle coutume a fait sa place en chine et plus particulièrement dans les boutiques : accrocher une laitue à la devanture d’une vitrine est censé « faire de l’argent » dans l’année !
Au Moyen Âge, elle était consommée en grande quantité par les moines, car, à l’instar du bromure, elle était considérée comme anaphrodisiaque, vœu de chasteté oblige…
La laitue contient une molécule qui se rapproche de l’opium sans en avoir les défauts et la toxicité. Cela en fait un excellent légume pour lutter contre la nervosité et l’insomnie. C’est un somnifère naturel.

Chère Anne,
Je suis très ému de ton mail, ému par la forme et le fond, ému de ta confiance.
J'ai senti que chaque phrase ouvrait d'autres horizons, que raconter et se raconter par et avec l'écriture ouvre l'infini.
J'ai lu que c'est le récit qui justifie une vie et d'autant plus, après ou avec l'analyse. 
L'oralité pour moi est le brouillon de l'écriture. Dans ce moment…
C'est aussi une des raisons de ma venue dans ce pays.
Je ne suis pas sioniste, je cherchais à comprendre comment vivre le Livre et à sentir le soleil. 
Mes études m'avaient fait sentir le fossé entre culture orale et culture écrite. 
J'ai appris la musique avec des partitions jusqu'à ce que je découvre, dans mes études d’ethnomusicologie, la différence entre apprendre à partir de partitions, généralement seul, et être guidé avec un professeur qui transmet oralement. 

La présence.
En Français on dit « apprendre la partition  par cœur », mais dans les traditions orientales, la transmission passe du professeur à l’élève sans partition. Cela se dit : « apprendre de poitrine à poitrine ». 
Je suis toujours en analyse, ce travail m'aide. Une analyse stricte où mon analyste ne dit pas un mot et une photothérapie qui me donne beaucoup d'énergie et de joie.
J'ai lu ton mail une fois, je t'écris, je médite, je relis encore ton mail avant de partir faire un acte de présence chez mon neveu qui reçoit vingt personnes pour partir symboliquement dans le désert et manger du pain non cuit, parce qu'ils n'ont pas eu le temps de le cuire en partant à l'époque.
Il a insisté pour je passe, j'aurais préféré rester chez moi, comme je l'avais prévu, parce que je voyage en méditant dans mes déserts personnels.
Ecrire « chez moi » me semble drôle. Tu comprendras pourquoi : arriver à écrire chronologiquement me semble très difficile.
Je laisse le « suspense ».
Je lirai, relirai en rentrant encore et encore.

Bonne soirée.

Roger

P.S. :
Je ne voulais pas écrire si longuement, j'ai été entraîné par le mot qui entraîne un autre mot. 
Par ta demande de raconter mes impressions sur l'Algérie.
Ma photo thérapeute réussit aussi à me faire écrire.
La brisure m'a fait écrire des poèmes dans les années mil neuf cent quatre vingt dix neuf et deux mille.






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire