mardi 10 mai 2016

19 avril 2014 Roger

Chère Anne,

Ayant écrit, que je n'étais jamais retourné en Algérie, après mon départ en mil neuf cent cinquante six, je me suis souvenu que ce n'était pas vrai.
Après une année à Strasbourg et une autre année à Paris où j'ai rencontré mon ami, André H. Sur ses conseils, je suis rentré à Oran pour finir mes études. J'avais été obligé de les arrêter, ayant été renvoyé du lycée Lamoricière, l'année où je devais passer le brevet.
Je me suis inscrit dans une école privée l’année mil neuf cent cinquante huit, au Cours Descartes.
Le propriétaire de cette école avait un nom homonyme, Benichou. Je crois que c'était la seule école privée d’Oran.
Le directeur s’appelait Gonzalez ; je l'ai rencontré quelques années plus tard, à Paris, dans un cabaret argentin où je jouais de la guitare.
Je jouais des compositions et des arrangements de Atayualpa Yupanqui qui vivait à Paris.
Monsieur Gonzalez était très sympathique et m'a raconté son histoire. Il était parti de cette école et d'Algérie peu de temps après moi, avec une élève que j'avais connue. Elle faisait tout son possible pour ressembler à Brigitte Bardot.
Il avait quitté femme et enfants pour elle.
Je suis resté un an dans cette école, je n'ai pas passé mon brevet, mais je me suis fait un ami : Monsieur Jacques Ubaud, qui venait de Marseille et enseignait le français.
J'aimais beaucoup sa façon d'enseigner, car il pratiquait les méthodes orales et ne faisait pas écrire. Je me vois et m'entends, debout dans la classe, improvisant une dissertation sur le sujet demandé. 
J’étais très heureux d’être dans sa classe. Je l'ai invité et lui ai fait un repas dans l'appartement de mes parents quand ils n'étaient pas là. Je lui dois la connaissance de quelques auteurs, en particulier les poésies de Federico Garcia Lorca, que j’ai apprises par cœur, et pouvait les réciter en espagnol.
Il me parlait de l'art de la corrida. C'est avec lui que j'ai vu la seule corrida de ma vie. 
Cette amitié a duré un an. Il est rentré chez lui à Marseille et je suis revenu à Paris.
Nous avions entretenu une correspondance pendant quelques temps. Je ne l'ai plus revu, mais j'ai encore son adresse.
J'avais, cette même année, mil neuf cent cinquante huit, retrouvé mon ancien instituteur, rencontré au Conservatoire de Musique.
Il était devenu professeur de piano, après avoir été instituteur, dans une de mes classes préparatoires avant mon entrée en sixième au lycée.
J’étais souvent chez lui, et je lui dois la rencontre avec Mozart, André Gide et d'autres auteurs.
Il s'appelait Pomey, avait été marié et avait des enfants avec qui, il correspondait avec eux non par lettres mais par bandes magnétiques, les premiers magnétophones ayant fait leur apparition. 
Je dois à Monsieur Pomey, l'approche de la musique classique et de la littérature et une manière de voir les rivages des plages des côtes algériennes. 
Nous faisions de longues randonnées dans les dunes à quelques kilomètres d'Oran et nous passions des journées entières sur les plages lisant ou commentant des auteurs.
J'ai oublié les noms des autres écrivains qu'il lisait à voix haute, je me souviens seulement de André Gide.
J'ai retrouvé les impressions de ces journées en lisant Albert Camus.

A bientôt la suite.




Chère Anne,
Merci pour ce long mail.
Il y a quelques jours, une semaine, je voulais te raconter, que, il y a longtemps, Place des Vosges, dans le quartier du Marais, où nous jouions avec mes élèves, notre rencontre avec Paco Ibanez qui s'est arrêté longuement pour nous écouter et est venu me parler à la fin de notre petit concert.
Je l'ai revu quelques petites fois après.
Les fils se tissent sur la trame.
Je n’étais pas très content de mon courriel, j'étais triste et malade. 
Je suis allé m'allonger sur le dos en écoutant « Youtube » sur ma tablette.
Une émission des racines du ciel sur Rudolf Steiner.
Rudolf fait partie de ma vie depuis que mon studio est partagé avec une école de danse qui a pris le nom « Orphéus », danse Eurythmique.
Je ne suis pas en bonne forme parce que je me suis tordu le dos hier en travaillant sur ma fresque.
Court courriel pour ne pas encombrer ta boite et parce que c'est le deuxième aujourd'hui.
Si, dans tes recherches sur l'Algérie, tu trouves des informations sur une tribu berbère, qui s'est convertie au judaïsme, avec pour Reine, la Kahana.
Je descends par mon père de cette tribu et par ma mère de juifs espagnols expulsés de Barcelone en mil cinq cents, par la reine Isabelle « la Catholique ».
Le nom de jeune fille de ma mère est Sportes, Barcelone ayant six portes d'entrées (« Sasportas », « Chicheportiche » désignant les exilés, venant de Barcelone).
Ces juifs ont atterri en Algérie, au moment de la conquête d'Algérie par les français qui avaient ouvert la frontière entre le Maroc et l'Algérie.
Ce qui fait que j'ai mis cinq cents ans pour arriver de Barcelone à Oran.

Excuse-moi mais je voulais faire court.
Bonne soirée.


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