Chère Anne,
Ayant écrit, que je
n'étais jamais retourné en Algérie, après mon départ en mil neuf cent cinquante
six, je me suis souvenu que ce n'était pas vrai.
Après une année à
Strasbourg et une autre année à Paris où j'ai rencontré mon ami, André H. Sur ses
conseils, je suis rentré à Oran
pour finir mes études. J'avais été obligé de les arrêter, ayant été renvoyé du
lycée Lamoricière, l'année où je devais passer le brevet.
Je me suis inscrit dans
une école privée l’année mil neuf cent cinquante huit, au Cours Descartes.
Le propriétaire de cette
école avait un nom homonyme, Benichou. Je crois que c'était la seule école
privée d’Oran.
Le
directeur s’appelait Gonzalez ; je l'ai rencontré quelques
années plus tard, à Paris, dans un cabaret argentin où je jouais de la guitare.
Je jouais des
compositions et des arrangements de Atayualpa Yupanqui qui vivait à
Paris.
Monsieur Gonzalez était
très sympathique et m'a raconté son histoire. Il était parti de cette
école et d'Algérie peu de temps après moi, avec une élève que j'avais
connue. Elle faisait tout son possible pour ressembler
à Brigitte Bardot.
Il avait quitté femme et
enfants pour elle.
Je suis resté un an dans cette
école, je n'ai pas passé mon brevet, mais je me suis fait un ami : Monsieur
Jacques Ubaud, qui venait de Marseille et enseignait le français.
J'aimais beaucoup sa
façon d'enseigner, car il pratiquait les méthodes orales et ne faisait pas
écrire. Je me vois et m'entends, debout dans la classe, improvisant une dissertation
sur le sujet demandé.
J’étais très
heureux d’être dans sa classe. Je l'ai invité et lui ai fait un repas
dans l'appartement de mes parents quand ils n'étaient pas là. Je lui dois la
connaissance de quelques auteurs, en particulier les poésies de Federico Garcia
Lorca, que j’ai apprises par cœur, et pouvait les réciter en
espagnol.
Il me parlait de l'art de
la corrida. C'est avec lui que j'ai vu la seule corrida de ma vie.
Cette amitié a duré un
an. Il est rentré chez lui à Marseille et je suis revenu à Paris.
Nous avions entretenu une
correspondance pendant quelques temps. Je ne l'ai plus revu, mais j'ai encore
son adresse.
J'avais, cette même
année, mil neuf cent cinquante huit, retrouvé mon ancien instituteur, rencontré
au Conservatoire de Musique.
Il était devenu professeur de piano, après avoir été instituteur, dans une de mes classes préparatoires avant mon entrée en sixième au lycée.
Il était devenu professeur de piano, après avoir été instituteur, dans une de mes classes préparatoires avant mon entrée en sixième au lycée.
J’étais souvent chez lui,
et je lui dois la rencontre avec Mozart, André Gide et d'autres auteurs.
Il s'appelait Pomey,
avait été marié et avait des enfants avec qui, il correspondait avec eux non
par lettres mais par bandes magnétiques, les premiers magnétophones ayant
fait leur apparition.
Je dois à Monsieur Pomey,
l'approche de la musique classique et de la littérature et une manière de voir
les rivages des plages des côtes algériennes.
Nous faisions de
longues randonnées dans les dunes à quelques kilomètres d'Oran et
nous passions des journées entières sur les plages lisant ou commentant des
auteurs.
J'ai oublié les noms des
autres écrivains qu'il lisait à voix haute, je me souviens seulement de André
Gide.
J'ai retrouvé les
impressions de ces journées en lisant Albert Camus.
A
bientôt la suite.
Chère Anne,
Merci pour ce long mail.
Il y a quelques jours, une semaine, je
voulais te raconter, que, il y a longtemps, Place des Vosges, dans le quartier
du Marais, où nous jouions avec mes élèves, notre rencontre avec Paco Ibanez
qui s'est arrêté longuement pour nous écouter et est venu me parler à la fin de
notre petit concert.
Je l'ai revu quelques petites fois
après.
Les fils se tissent sur la trame.
Je n’étais pas très content de mon
courriel, j'étais triste et malade.
Je suis allé m'allonger sur le dos en
écoutant « Youtube » sur ma tablette.
Une émission des racines du ciel sur
Rudolf Steiner.
Rudolf fait partie de ma vie depuis
que mon studio est partagé avec une école de danse qui a pris le nom
« Orphéus », danse Eurythmique.
Je ne suis pas en bonne forme parce
que je me suis tordu le dos hier en travaillant sur ma fresque.
Court courriel pour ne pas encombrer
ta boite et parce que c'est le deuxième aujourd'hui.
Si, dans tes recherches sur l'Algérie,
tu trouves des informations sur une tribu berbère, qui s'est convertie au
judaïsme, avec pour Reine, la Kahana.
Je descends par mon père de cette
tribu et par ma mère de juifs espagnols expulsés de Barcelone en mil cinq cents,
par la reine Isabelle « la Catholique ».
Le nom de jeune fille de ma mère est
Sportes, Barcelone ayant six portes d'entrées (« Sasportas », « Chicheportiche »
désignant les exilés, venant de Barcelone).
Ces juifs ont atterri en Algérie, au
moment de la conquête d'Algérie par les français qui avaient ouvert la
frontière entre le Maroc et l'Algérie.
Ce qui fait que j'ai mis cinq cents
ans pour arriver de Barcelone à Oran.
Excuse-moi mais je voulais faire
court.
Bonne soirée.
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