Bonjour Roger !
Je suis rentrée hier.
J'ai bien aimé ce petit film, bien que je n'aie pu suivre
les dialogues, les sous-titres étant à moitié masqués.
Cela ne m'a pas gênée, on comprend ce qui se passe.
C'est étrange de voir que l'accès à Tel-Aviv se fasse si
simplement à travers des dunes de sable.
On dit que c'est une très belle ville et que la vie y est
différente parce qu'il y a moins de juifs orthodoxes et que l'ambiance y est
très libre.
J'espère que je ne vais pas te heurter en te disant que vu
d'Europe, il est impossible de regarder de façon neutre des paysages, comme on
pourrait le faire avec d'autres pays.
La première chose que j'ai vue, c'est la barrière
électrifiée.
Tu sais, j'ai beaucoup lu et vu de choses sur la Shoah.
Et j'en ai porté longtemps une culpabilité que mes
parents n'avaient pas.
Quand ils parlaient de leurs jeunesses en pleine guerre,
la déportation, l'extermination semblait n'avoir pas existé. Ni pendant, ni
après.
Et ils ne m'ont rien transmis, si ce n'est profondément
ancré, le sentiment que tous ceux qui n'étaient pas comme eux, (c'est à dire,
blanc, catholique, avec une morale au lieu d'une éthique, plutôt de droite,
parents d'une nombreuse famille, où papa travaille et maman s'occupe de ses enfants),
étaient « moins ».
Ce n'était pas dit ouvertement, mais le message est passé,
insidieusement.
Quand je les ai quittés, j'ai pris le contre-pied. C'était
mai 68, j'ai milité à l'extrême gauche et j'ai toujours gardé une volonté de
m'engager auprès des exclus, même si au fil des années, je ne l'ai plus fait
qu'à travers mon métier d'infirmière.
L'antisémitisme, le racisme me font horreur, et je
vois bien qu'ils font partie intégrante des cultures occidentales.
Il n'y a qu'à voir la montée de l'extrême droite dans tous
les pays européens. Et tous les intégrismes qui ravagent le monde sont aussi dangereux.
Pourtant, quand sans a priori, on compare les religions,
et que l'on met à côté les valeurs que l'on peut avoir en étant athée, ce qui
est mon cas, on retrouve énormément de points communs.
Je me sens en complète empathie avec ce désir d'avoir un
pays où être juif relève de la banalité. Je pense que si j'avais été une
rescapée de la Shoah, ou si mes parents l'avaient été, j'aurais voulu de toutes
mes forces que ce pays existe. Mais je suis tourmentée par la question
palestinienne.
Je ne sais pas ce que c'est que vivre en Israël, je ne
porte pas de jugement. Mais je me dis que les deux pays sont là, et l'on ne peut
rayer l'un d'eux de la carte.
Je suis un peu confuse de me retrouver sur ce terrain de
façon si brutale, au lieu de continuer à discuter « Firefox » et
téléchargements.
Mais c'est ton film qui a amené tout ça, peut-être de ta
part un acte manqué ?
Quand j'ai vu que tu habitais en Israël, j'ai espéré que
tu n'étais pas un juif orthodoxe, ultra sioniste, pour qu'on puisse discuter.
C'est pour moi inespéré de pouvoir le faire.
Le fait que tu aies parlé de Stéphane Hessel, que tu
t'intéresses à JB Pontalis, à la philosophie et la littérature, la musique
aussi me laisse penser que ce sera possible.
Tu peux ne pas répondre si je t'ai mis mal à l'aise. C'est
une parenthèse que j'ai ouverte, cela ne me gêne pas qu'elle se referme, et
qu'on reprenne le dur apprentissage de l'informatique !
Amicalement
Anne
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