mardi 10 mai 2016

16 avril 2014 Anne réponse invitation

Roger,

C’est adorable, la délicatesse avec laquelle tu fais cette invitation me touche beaucoup (sans compter que la description de l'appartement est très amusante, parce que ça ressemble effectivement à une annonce d'agence, sauf les radis !).
Mais je ne peux rester assise ou debout plus d'un 1/4 d'heure. Impossible de voyager.
Mon centre de gravité a basculé de 180°, j'y suis tout à fait habituée. J'ai eu une vie très riche, où j'ai fait presque tout ce qui était important pour moi. Mes souvenirs sont très vivaces, et je m'y promène à loisir.
Maintenant je voyage d'une autre façon avec Internet. Ce sont des voyages différents, au coeur d'une œuvre, d'une période historique.
Bien sûr, j'ai des manques, mais comme toute la famille en a, on vit avec, et on a une vie relationnelle d'une densité très forte. Parce qu'on sait.

Il y a une autre raison, que je pourrais éluder, la première étant suffisante.
Mais comme c'est un non-dit, je préfère l'expliciter une fois pour toute.
Je cherche mes mots pour ne pas te blesser, car tu n'as aucune raison de l'être.
Je t'ai dit déjà, qu'à cause de la Shoah, de l'antisémitisme qui gangrène le monde, que je me sens en totale empathie avec ceux qui ont fait le choix de vivre en Israël. C'est une empathie individuelle. Chaque trajectoire m'intéresse et me touche.
D'un autre côté, mes convictions idéologiques soutiennent la lutte du peuple palestinien. Je partageais complètement les analyses de Stéphane Hessel. Et j'espère en une cohabitation pacifique de 2 Etats ayant les mêmes statuts et les même droits.
Mais ça ne m'intéresse pas particulièrement qu'on discute de ça.
Tu vis en Israël. Point. Tu es Roger (j'aimerais bien t'appeler Ychaï, parce j'ai connu d'autres Roger) c'est toi qui m'intéresses parce que je sens que nous avons des liens à découvrir, qu'il y a chez nous des souffrances profondes, et que nous vivons avec, ce qui nous oblige à avoir une vie plus riche que les gens sans histoire.
Mais il me serait impossible, si je le pouvais, de me rendre en Israël. Si je devais faire un voyage là-bas, ce serait en Palestine.

Ceci n'intervient pas dans notre relation. Il y a cette situation politique et historique. Elle est dans un coin chez moi.
Mais je vis coupée des nouvelles du monde.
Pas de télé. Je lis « Libération » parce que L. l'achète, mais souvent c'est une semaine après. Et je zappe beaucoup de choses, les problèmes pour lesquels je suis impuissante à agir, toutes les horreurs des conflits, et même la situation en France, qui est de toute façon pleine de redites ou de choses prévisibles.

Amicalement.

Anne

Ca c'était la réponse au mail parti trop vite.
Alors je continue.
Ton admiration me va droit au coeur.
Moi aussi je me définis comme une écrivaine. Qui n'écris pas, ou plus. Parce que l'écriture à la main m'est devenue impossible, et que l'ordinateur n'a pu la remplacer. J'écris autrement, mais en pensant chaque fois que c'est une autre partie de moi qui parle. J'aime bien aussi, mais ça implique écrire pour être lue. Ce qui n'était pas le cas avant, excepté la correspondance avec mon meilleur ami, mon jumeau adopté, mais c'était comme m'écrire à moi même.
J'ai écrit dans des « blogs », je te ferai lire tout ça un jour.

La science numérique est justement partie de ça, écrire dans un « blog » ça implique maîtriser beaucoup de choses, et j'ai cherché et trouvé.
Ma gentillesse, c'est juste que je ne peux garder pour moi toute seule ce que j'ai acquis, j'aime le partage, et s'il conduit à une amitié c'est merveilleux.
Et j'aime ce que tu écris. Il y a le fond, peu importe que la forme soit moins fluide que la mienne. Je suis pendue à tes mots. Et je te demande de continuer à me raconter tout ce qui est pour toi racontable.
Toi aussi tu as une aura, que j'ai dû percevoir car sinon ce lien ANPR n'aurait pas pris les chemins de traverse qui nous amène vers l'intime que l'on partage. Un territoire qui est ailleurs, où la sincérité la plus profonde est de mise, la confiance aussi. Et mon Dieu que c'est reposant. Il semble aussi que là, on ne souffre plus.


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