C'est un mail d'hier, j'ai dû l'interrompre pour déjeuner
sans doute, et il est resté dans les brouillons, c'est une suite au texte sur
mon analyse, la manière dont tu en as provoqué l'écriture.
Il s'arrête alors que j'avais certainement autre chose à
ajouter puisque je l'ai mis de côté. Mais je ne m'en souviens plus, cher Ychaï.
Vraiment j'aime t'appeler ainsi. C'est toi, et juste toi.
Et c'est toi vivant en Israël. Je ne sais pas si cela te gêne, te plait,
t'interroge (« inter Roger ») ? Il me semble que c'est la partie de
toi avec laquelle je suis connectée…
Ecrire ne doit pas se faire dans la douleur, ça c'est le
travail qu'on fait en analyse.
Sur la qualité même de l'écriture, elle importe peu.
L'écriture, c'est photographier le regard que l'on
a sur sa vie à un moment précis. La photo peu être floue, mal cadrée,
peu importe. Ce qui compte c'est ce qu'elle évoque.
Ecrire c'est se surprendre. Les mots finissent par avoir
leur vie propre, ils s'échappent. Il faut les laisser filer.
Ce mot que tu as scindé « main tenant »,
c'est la clé de tout.
Tu as fait ressurgir cette image, de moi tenant la mienne.
J'aime lire, pour ce compagnonnage parfois éphémère, mais
qui d'autres fois dure bien après avoir refermé le livre.
ROGER (quand je
t'appelle Roger, c'est que je suis très sérieuse) !
JE NE VEUX PLUS TE
VOIR JUSQUE DEMAIN. JE DOIS TRAVAILLER !
Je comprends que
c'est frustrant, je sens que ça déborde, que tu aimerais un ping-pong de mails.
Mais je veux faire
ce site sur l'Algérie AVANT 15 jours. J'ai des recherches à faire, des trucs à
écouter, à lire. J'ai du matériel vidéo qui peut faire double emploi, il faut
choisir, donc, se taper des heures de vidéos.
Ecris, mais essaye
de tout regrouper sur un mail que je lirai demain.
Et puis reprends
ton souffle. Et continue ton récit.
Anne
Ychaï, j'ai été pianiste. Non pas virtuose mais douée
quand même.
Mon problème fut d'apprendre tard, j'avais 32 ans.
J'avais commencé seule, avec un livre d'exercices de
virtuosité qui ne présentait pas de problème de lecture puisque c'était
toujours les notes de la gamme, avec des # et des bémols.
J'aimais beaucoup ça, c'était agréable à entendre et cela
m'a donné une indépendance des deux mains et une rapidité de jeu importante.
Ma chance fut d'avoir, ensuite, comme professeur, une
concertiste anglaise qui venait faire une formation de clavecin au
Conservatoire.
J'ai appris à jouer dans Bach. Elle a commencé à extraire
des phrases faciles, et puis nous sommes passées aux Petits Préludes, au petit
livre d'Anna Magdalena. Elle me jouait plusieurs morceaux, et je
choisissais celui que je préférais. C'était toujours ceux en mode mineur.
J'adorais vraiment travailler comme ça. Tout se faisait à
l'oreille, je l'enregistrais, je décomposais les mesures pour arriver à jouer
les croches pointées doubles croches, les triolets, les appoggiatures.
J'entendais mes fautes. Je travaillais plusieurs
heures tous les jours.
Au bout d'un an je voulais jouer la Toccata et Fugue
en ré mineur. J'ai passé plusieurs mois enchanteurs, c'était très difficile,
mais j'y arrivais.
Mon problème était que j'étais mauvaise lectrice, car
j'avais refusé de faire du solfège, je voulais jouer. Et c'était beaucoup de par
cœur, en suivant la partition plus ou moins. J'étais incapable de redémarrer en
milieu de phrase. J'ai quand même pu apprendre la moitié de la toccata. Et puis
c'était la fin de ses deux années d'études, elle est rentrée en
Angleterre. Je n'ai pas réussi à trouver d'autre professeur. Celui qu'elle
m'avait conseillé a été nommé dans un conservatoire loin de chez moi et m'a
plantée là.
Je me suis mise au jazz pendant 2 autres années. Là il a
fallu que je travaille tous les accords. Je ne sais pas si tu connais les
partitions de jazz (je crois que pour la guitare c'est pareil), chaque accord
détermine la manière de jouer la mélodie (quand le piano accompagne), et il y a
peu de notes écrites. Je maîtrisais tous les accords mais ça restait une langue
étrangère. Mon prof me fabriquait des partitions, et des improvisations.
Et je jouais les standards que j'aimais.
Et puis avec lui aussi ça a pris fin.
Mais j'avais tout ce répertoire classique, et je n'ai
jamais cessé d'y revenir. Mon piano dans mon bureau... Pièce où j'entre peu,
c'était la pièce de l'écriture, de la musique, le reflet de ma vie secrète.
J'ai acheté un clavier pour jouer allongée, mais c'est
impossible.
Alors tout est dans ma tête.
« L'Offrande Musicale » est une de mes oeuvres
préférées.
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